Voir ce décret au Moniteur du 3 mars
)• Pour 86 faire une idée de ce qu'étaient ces prisons d*Élat . il suffira de lire une pétition présentée à la Chambre de 1814 par dix-neuf oinciers , dana la séance du 24 décembre de cette année. « Ces dix-neuf pétitionnaires , parmi lesquels se trouve le maréchal de camp de Sol de Grisolles, disait le rapporteur, M. Sarleton , exposent à la Chambre qu'ils ont été détenus dans diverses priions d'Ëtat pendant un espace de temps considérable. La détention de quelques-uns a été de dix, onie , douze et treiie ans consécutifs; celle d'un d'entre eux a duré quinie ans. Les pétitionnaires ont été pour la plupart détenus en commençant au ch&teau de Vincennes ; mais les huit châteaux forts désignés n'ayant pas suffi pour contenir la nombre immense de prisonniers de leur classe, plusieurs ont été répartis dans diverses prisons ordinaires. Les pétitionnaires ont été dirigés sur Sain te- Pélagie et Bicètre. Là, ils ont été réduite au pain des prisons et à la paille. Plusieurs de leurs infortunés camarades sont morti de misère, etc., etc. » (Voir le Moniteur du 24 décembre 1814.)
léon l'y avait accoutumée. Les victoires avaient cessé de venir ; elle s'en était étonnée d'abord, puis inquiétée ; enfin, déshabituée d'agir, elle s'en était encore remise du soin de la défendre à celui qui l'avait réduite au rôle d'instrument, et qui l'avait jetée dans une situation si critique. Dès le commencement de l'année 1813, le mécontentement public se manifestait à Paris enjprésence de l'Empereur lui-même *. Un jour qu'il était allé visiter à cheval le faubourg Saint-Antoine, un jeune homme, atteint par la conscription, se plaça sur ses pas, et lui tint le langage le plus offensant. Des gens de police ayant voulu l'arrêter, la foule ameutée s'y opposa. Il arriva plusieurs fois que des jeunes gens, saisis par la police, ayant crié qu'ils étaient des conscrits qu'on emmenait de force, quoiqu'ils fussent en réalité des malfaiteurs, furent déUvrés par le peuple. Les propos tenus sur Napoléon* allaient au delà de ce qu'on peut imaginer. Le mécontentement des populations rurales était plus profond encore que celui des populations urbaines*. C'était sous ces auspices que Napoléon devait ouvrir la campagne de 1814. Déjà des signes avant-coureurs de sa chute avaient entr'ouvert devant les regards clairvoyants le rideau qui cachait l'avenir. La conspiration de Mallet, par son succès d'un instant et l'oubli où les serviteurs les plus dévoués de Napoléon, en apprenant la fausse nouvelle de sa mort, avaient laissé son fils, annonçait déjà, à la fin de 1812, que l'Empire, viager et précaire, pouvait périr par un accident, et tenait à la personne de l'Empereur. En revenant de la cam-
1 . « Peindre le découragement elle mécontentement des esprits dans l'armée et dans toute la France , à la vue de tant de maux , dire le triste avenir que chacun entrevoyait, ce me serait impossible. » (Mémoires du duc de Ragutc tome VI , page S.)
2. Nous empruntons ces détails au quiniième volume de VHittoire de l'Empire par M. Thiers. 11 ajoute, en les donnant, page ?42 : « Je ne fais pas des tableaux de fkntaisie , Je ne rapporte que ce que J'ai lu dans les bulletins de la police impériale adressés à Napoléon. »