‹ Histoire de la restauration (volume 4)Chapitre 74 sur 213 · ADIEUX DE NAPOLÉON A MAGDONALD · texte numérisé non relu

ADIEUX DE NAPOLÉON A MAGDONALD

de Napoléon. Quelques moments après, Macdonald parla du traité. Sans faire ni objections, ni résistance. Napoléon demanda un des doubles , prit la plume , le revêtit de sa signature et le remit à Macdonald. Il y eut alors entre l'Empereur et lui une de ces scènes d'effusion que Napoléon savait amener, et dans lesquelles il déployait des séductions in'ésistibles. 11 exprima le regret de ne pouvoir rien faire pour reconnaître les derniers sei'vices du maréchal. Comme celui-ci, avec le désintéressement d'un homme de cœur, se déclarait récompensé au delà de ses services par cette parole de gratitude , Napoléon le pria d'accepter au moins un souvenir de cette dernière entrevue. Alors l'Empereur demanda le sabre qui lui avait été donné en Egypte par Mourad-Bey, et qu'il portait à la bataille du mont Thabor. « Voilà la seule récompense que je puisse ▼ous donner, » dit-il au maréchal , en associant ce trophée de sa gloire passée à ses adversités présentes. — « Sire, répondit celui-ci, je le garderai toute ma vie , et si j'ai jamais un fils, ce sera son plus bel héritage. » Après ces paroles échangées , il y eut une étreinte entre l'Empereur et le loyal guerrier. Dans toutes les grandes catastrophes de notre histoire, il y a quelqu'un qui représente l'honneur français; dans la catastrophe de Fontainebleau, ce rôle échut à Macdonald. L'un des moins engagés envers Napoléon, qui l'avait méconnu dans le temps de sa fortune, il respecta son malheur. n fut le dernier des maréchaux présents à Paris qui se rallia au nouveau gouvernement , et par la rédaction même de sa laconique adhésion, datée du 14 avril 1814 , il constatait qu'il n'avait disposé de sa foi que lorsqu'elle lui avait été rendue , et éritait même d'adhérer au gouvernement provisoire et à ses actes injurieux pour Napoléon :

• Monsieur le général, écrivait-il au général Dupont, commissaire du jfmptmBmÊsa* proT««oire au département de la guerre, maintenant que

206 CHUTE DE L*EMMRB.

je suis délie de mes serments et dégagé de mes deroln envenlV Napoléon, j'ai riionncur de vous annoncer que j*adhère et me réuniiàk majorité du vœu national qui rappelle au trône de France la dynastie fa Bourbons *. «

La signature du traité de Fontaiueblcau donna le signal te derniers idjandons. Napoléon encourageait, il est vrai, toutk monde à envoyer son adhésion au nouveau gouvernement; 1 ne pouvait demander une plus longue fidélité à sa puissaaei abdiquée , mais il aurait voidu des marques plus longues d'it fection poin* sa pei^onne. Il ne les obtint pas de la pliqMl de ses amis et de ses serviteurs : les avait-il méritées? Heniilf avait eu des amis dans toutes ses foilunes, SuUy, Grillon, b baron de Batz et tant d'autres; Louis XYI eut sur les maràa de Téchafaud, de Sèze, Midesherbes, Hue, Clérj', le baron de Ratz, digne de son aïeul. Ils furent aimés pai*ce qii^ils aiiok* rent. Sauf le duc de Bassano et Beilrand , Napoléon n*eri gurre que des iidèles par honneur et des soldats idolAtres de leur général. A ceux qui le voyaient dans Tiiitimité de la nB| il imposait plutôt la crainte et Tadmii^ation que Tamour. Dw la nuit qui précéda son départ, Constant, sou valet de chamhn^ et le mameluk Rou^tan disparurent. Beithier, rhomme de intimité , Tinstrument favori de ses pensées militaires, quand il vouhdt parler, sa main quand il voulait agir, lui qoi TEmpereur avait élevé si haut et auquel il iH3mit le commiBdément de Tarmée, comme major génénd, après sa secodb abdication , vint lui demander la permission de se rendre à Pari^ pour des détails relatifs à ses fonctions, en ajoullÉI qu il reviendndt le lendemain. « Il ne reviendra pas, » & rEmprri'ur au duc di^ Bassano. — « Quoi, sire! seraient-ce 11 les adieux de Bc-rthier? » reprit Maret. — u Oui, vous di&^jfi^ il ne reviendra pas '\ » Napoléon disait vrai : Berthier ne rfr-

I . Moniteur lin I à :i\ril 1 M l t . 3 . Mnnuivrit de 1 H M .

Page 1