‹ Histoire de la restauration (volume 4)Chapitre 75 sur 213 · DERNIÈRES JOURNÉES PASSÉES A FONTAINEBLEAU · texte numérisé non relu

DERNIÈRES JOURNÉES PASSÉES A FONTAINEBLEAU

lint pas. 11 envoyait ses ordres de Paris ; bientôt il devait paraître à la nouvelle cour.

Pendant les sept jours qu'il dut passer encore à Fontainebleau pour attendre la ratification de l'Angleterre au traité du 11 avril, Napoléon qui avait éprouvé, pendant tant d'années, toutes les extrémités de la flatterie, éprouva celles du délaissement et de l'abandon. Les agonies de fortune sont plus tristes que les agonies d'existence, parce qu'elles demeurent sensibles à ce qui se passe autour d'elles, et qu'elles durent plus longtemps. L'expiation qui devait continuer dans l'exil commençait. Non-seulement Napoléon avait beaucoup méprisé les hommes, mais en leur demandant une obéissance aveugle, sans conditions et sans scrupules, en ravalant des êtres moraux au rang d'agents mécaniques , il les avait avilis. Quoi d'étonnant qu'au moment où la force, c'est-à-dire le seul moteur des agents matériels , - s'échappait de ses mains , il retrouvât les hommes de son entourage à la place qu'il leur avait marquée lui-môme, c'est-à-dire au niveau de ses mépris?

Triste et découragé, il vivait retiré dans le coin du palais de Fontainebleau où il s'étiiit caché. S'il quittait quelques instants sa chambre, c'était pour se promener dans le petit jardin renfermé entre l'ancienne galerie des Cerfs et la chapelle. Sa curiosité éteinte ne se ranimait que loi'sque le bruit inaccoutumé des roues , réveillant les échos endonnis de la grande cour, annonçait un dépait ou un retour, moins souvent le second que le premier. Alors, comme un houune qui déjà entré dans les ombres et le silence du passé se retourne pour entendre les bruits du monde , de la vie et du mouvement arrivant jusqu'à lui , il voulait savoir qui venait visiter le royamne de la solitude et de l'abandon. Rarement les réponses étaient de nature à le satisfaire. Ses plus chers conlidents, ceux qui l'avaient seni de plus près, ne vinrent pas. Quelques hommes qui, tenus à distance, avaient gardé le senthnent

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de kl disriiitt' hiimiiut*, fiin'ut les seuls à \isiter Fontainebleau dé?ert; Ma«d«inald, Moncev, Mortier furent avec Bertnuid, r.aul.ûneourt et Maret, qui restèrent jusqu'au dernier moment auprès de lui , les nprésentants exceptionnels de h haute ari?tncratie impériale auprès de TEmpereur, pendant les suprêmes journées qu'il passa à Fontainebleau. Dans les rangs moins élevés de Tarmée , les dévi»uemenls furent plus nombrrux. Lr*s vieux soldats de la garde demandèrent en grand nombre à suivre leur général à Tile d'Elbe; il fallut choisir, parmi ceux qui se présentèrent, les quatre cents hommes que le traité du 1 i avril autorisait Napoléon i emmener avec hii. Le maréchal du palais Bertrand, les généraux Cambronne el Drouot figuraient en tète de la li^te.

Cependant on îipprenait à Fontainebleau que les deruiefs restes de l'organisation impériale achevaient de se dissoudre. La régence fugitive qui sortait de Paris le 30 mai"s était arrifée à Blois le 1" avril et n'avait pu y rester longtemps. Elle a^ envoyé dans les départements avec lesquels on pouvait encore communiqu»'r des proclamations ayant pour objet de foire lever les populations en masse. Ces proclamations, suggérées par l'Empereur qui expédiait émissiûre sur émissaire à h régente, étaient restées sans résultat. Les yeux étaient fixés sur Paris et Fontainebleau; là était le drame, il n*y amt guère sur les divers points de la circonférence que des spectateurs. Marie-Louise elle-même s\''tait trouvée entre les ordres impérieux de son mari, qui hii prescriNait de ne pas perdre OB moment pt)ur agir, et les reeonnnandations secrètes de soi père, qui Tinvitait à laisser marcher les événements. Entre ces deux voix, elle écoutait la seub^ ijui lui fût chère. Marie- LtMiise, il n*» faut pasToublier, était aussi une conquôte militaire (le Napoléon, et il n'avait rien fait pour lui faire oublier TorigiDe de leur union. Les frères de rKmperenr, Joseph et Jérôme, accourus avec elle à Hli»is , la n^gardaient comme un gage

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entre leurs mains; ils voulaient même l'obliger à les suivre, contre son gré , dans les provinces plus lointaines situées derrière la Loire. Marie-Louise poussée à bout résista, et, pour échapper à des obsessions qui prenaient le caractère de la violence, elle dut en appeler à M. de Beausset, préfet du palais. Celui-ci, résol i de la défendre , demanda au général Cafarelli et au comte d Jaussonville , un des chambellans du palais , si la garde de 1 Impératrice souffrirait qu'on la violentât ainsi. Les officiers de cette garde avertis entrèrent aussitôt dans le palais; ils demandèrent à être introduits pour offrir leur épée h l'Impératrice. Dès lors Joseph et Jérôme, et Cambacérès de connivence avec eux, durent renoncer à leurs desseins. Il fut convenu qu'on attendrait les ordres de l'Empereur. Mais on était au 7 avril , et Napoléon , qui avait signé le 6 son abdication absolue, n'avait plus d'ordres à donner, et avait encore moins les moyens de faire exécuter sa volonté. Le 8 avril, Marie-Louise reçut des passe-ports de l'empereur de Russie, pour se rendre à Orléans, où un aide de camp d'Alexandre dut la conduire en la protégeant contre les nombreux pulks de Cosaques qui infestaient la campagne.

Ce fut le signal de la dispersion de la régence. La puissance impériale venait de mourir à Fontainebleau , son effigie disparut à Blois. Chacun suivit l'appel de sa destinée. Cambacérès envoya de Blois son adhésion aux actes du Sénat et du gouvernement provisoire. Les frères , les parents de l'Empereur et quelques grands dignitaires de l'Empire suivirent Marie-Louise jusqu'à Orléans. Dans cette ville elle les congédia, en leur faisant obtenir des passe-ports. Madame mère et son frère le cardinal Fesch partirent pour Rome, l'asile généreux des fortunes tombées comme des grandeurs déchûtes ; Louis Bonaparte, ci-devant roi de Hollande , pour la Suisse; Joseph et Jérôme Bonaparte, ci-devant rois d'Espagne et de Westphalie, l'y suivirent bientôt. Toutes ces puissances d'em-

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SIO CHUTE DE l'empire.

prunt disparaissaient comme des fantômes, a^ec la seule rèi* lité qu'il y eût dans leur famille , le génie et la puissance de TEmpereur. Marie-Louise elle-même, cédant aux iniritatioiii du prince d'Esterhazy, envoyé auprès d'elle par son père, m rendait avec lui h Rambouillet, et y conduisait son fils à rempereur d'Autriche, qui les attendait.

Napoléon avait prolongé autant qu'il avait pu sa correspoidance avec Marie-Louise. Ses émissaires, ses lettres vinrent la chercher à Blois , à Orléans, à Rambouillet même. Il compi^ nait qu'elle était mîdntenant le dernier lien qui le rattachai aux familles souveraines. Tant que la question n'avait pas élé tranchée contre la légence , il Tavait pressée d'intervenir auprès de son père pour que celui-ci défendit les intérêts de petit-fils. Mais l'empereur d'Autriche, après avoir sacrifié première fois sa iille aux intérêts d'existence de son emjân, la sacrifiait une seconde fois à l'intérêt de la paix du mondai C'était pour la décider à retourner à Vienne qu il Tattendaità Rambouillet. Il la faisait descendre du trône de France paru motif analogue à celui qui l'avait décidé à l'y laisser monter; et c'était encore une fois la poUtique qui allait régler la deitinéo de Marie-Louise, ^'apoléon craignait cette entrevue. D comprenait que Marie-Louise, réunie à son père, lui échappait; dans sa défaite, c'était un gage , une décoration de ses at versités, et s'il pressentait déjà un retour, c'était une foite, car Marie-Louise roliait son infortune présente à sa fortuM passée. Il n'avait rien omis, même lorsque l'Impératrice fat il Rambouillet, pour la décider à le suivre à l'Ue d'Elbe, hê seul chemin qui restât ouvert devant Fontainebleau élvl celui de Rambouillet, et le général Flahaut, le colonel Monter quiou et le baron de Ueausset allaient et venaient portant kl messages de l'Empereur à Tlmpératrice et les réponses de celle-ci à l'Empereur. Il affectait dans ses correspondances da regarder comme une chose naturelle et hors de doute sa réu-

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nion avec Tlmpératrice à Tîle d'Elbe, comme si c'eût été une affaire de famille dans laquelle la diplomatie n'avait point à entrer ; ses lettres peignaient Tlle d'Elbe à Marie-Louise comme on peint un lieu qu'on doit habiter en commun. Il oubliait ou plutôt il affectait d'oublier que la politique délie ce qu'eUe noue. Il n'avait pas su rendre le trône de France aimable à Marie-Louise , quand il avait fallu le partager avec lui ; comment se serait-elle décidée à aller partager avec lui un exil ? Il avait fait d'elle la compagne de sa puissance, non de son cœur et de sa destinée. Aussi, tandis qu'une autre archiduchesse d'Autriche, Marie- Antoinette, suivait sans faibUr Louis XVI de Versailles aux Tuileries devenues une prison, des Tuileries au Temple , du Temple sur l'échafaud , Marie-Louise abandonnait Napoléon à la descente du trône , et , comme une captive affranchie du joug d'un maître, elle reprenait le chemin de cette patiîe allemande qu'elle n'avait jamais oubliée.

Les nouvelles qui vinrent à Napoléon de Rambouillet à Fontainebleau, furent celles-ci : Marie-Louise avait reçu la visite de son père ; celui-ci n'avait pu retenir ses larmes en embrassant cette fille chérie ; il avait vu pour la première fois son petit-fils et il avait reconnu avec émotion, dans cette figure enfantine, les traits distinctifs de la famille impériale d'Autriche. Dès cette première entrevue, l'empereur d'Autriche avait fait entendre à sa fille qu'elle devait se considérer comme séparée, au moins pour un temps, d'avec son mari ; qu'eUe ferait bien de se distraire en faisant avec son fils un voyage à Vienne, où elle trouverait quelque repos et des consolations dans le sein de sa famille. Le lendemain, l'empereur d'Autriche était revenu avec l'empereur de Russie, qui avait désiré faire une visite à l'Impératrice. Chaque nouveau message de Rambouillet apportait ainsi à Napoléon une crainte et un regret. Il comprenait que la coaUtion victorieuse lui enlevait ce que lui avait

cédé la coalition vaincue, et que Marie-Louise faisait pai des reprises do l'Europe. Enfin \1nrent les dernières nouvel] plus précises et plus catégoriques encore que les premièn rinipératrice quitterait Rambouillet pour se rendre à ^ei le jour où TEniporeur quitterait Fontainebleau pour se reni à nie d'Elbe : elle emmènerait son fils avec elle et sersdt acco pairnéo de mesdames de Montebello, de Montesquiou etdel {rnolel, du général Cafarelli et de MM. de Beausset et Mennei Ces deux destinées qui s'étaient un moment touchées se s^ raient ainsi pour ne plus se rencontrer. Les consolations à famille devaient manquer à celui qui avait brisé les liens tant de familles.

Les seules consolations qui vinrent à Napoléon, dans derniers jours, partaient des rangs de son armée. C'est ai que le colonel Montholon arrivant des bords de la Haute-Loi où il avait été chargé de faire une reconnaissance militaire, proposa de lallier les troupes du Midi aux populations q représentait comme faciles à soulever. Napoléon sourit tris mt»nt à ce zèle qui prenait ses espérances pour des possibilité »< H est trop tard, » dit-il. Les vieux soldats de sa garde : piaient, dans ses rares sorties, pour saluer leur général i derniers témoignages de leur dévouement et de leur respc Tous les jours, il consacrait quelque temps à la lecture i journaux, et les sentiments qu'il avait refoulés tant d'ann au fond des cœurs , s'échappant comme une vapeur brûk longtemps comprimée, jaillissaient jusqu'à lui sous la for d'outrages. Son règne n'avait laissé aucune liberté à la pena sa chute avait à en subir la Ucence,

Enfin le terme de ces pénibles jours amva. La ratificai dt^ l'Angleterre au traité du H avril fut remise à Paris le avril par lord Castlereagh. L'Angleterre ne consentait à pn dre que la position de puissance accédante au traité, et n'éti dait son accession qu'aux arrangements territoriaux stipu

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