‹ Histoire de la restauration (volume 4)Chapitre 76 sur 213 · ADIEUX DE FONTAINEBLEAU · texte numérisé non relu

ADIEUX DE FONTAINEBLEAU

dans ses diverses clauses '. N'ayant pas reconnu TEmpire au temps de sa grandeur, elle ne voulait pas le reconnaître à rinstant de sa chute. Lord Castlereagh avait élevé des objections contre la position de Tlle d'Elbe, mais il avait retiré ses observations en entendant M. de Caulaincourt assurer que Bonaparte avait plusieurs fois parlé de demander un asile en Angleterre, et poser l'alternative entre ces deux résidences. L'acte d'adhésion de l'Angleterre était donc ainsi conçu : <c S. A. R. le prince Régent, ayant une pleine connaissance du contenu dudit traité (du 11 avril), y accède au nom et pour S. M. pour autant que la chose regarde les stipulations à la possession en souveraineté de File d'Elbe et des duchés de Parme, de Plaisance et de Guastalla ; mais S. A. R. ne doit pas être considérée comme étant partie inter\enante aux autres conditions et stipulations y contenues. »

Le 18 avril, les quatre commissaires désignés par les puissances coaUsées pour accompagner Napoléon jusqu'au port d'embai'quement arrivèrent à Fontainebleau : c'étaient le général SchouwalofF pour la Russie, le général Kolher pour FAutriche, le colonel Campbell pour l'Angleterre, le général Waldbourg-Truchsess pour la Prusse. Le départ fut fixé au 20 avril; Napoléon, sur l'invitation des commissaires, en indiqua l'heure lui-même. A midi, les voitures de voyage vinrent se ranger dans la cour du Cheval-Blanc , au bas de l'escalier du fer-à-cheval. Le maréchal Bertrand entra dans les appartements de l'Empereur pour lui annoncer que tout était prêt. Sa garde, faible reste de tant de guerres, était sous les armes. Les quatre commissaires étrangers étaient présents, et le petit nombre de serviteurs demeurés à Fontainebleau pour être témoins de la dernière scène de l'Empire se tenaient rangés

I • Tous ces détailii sont empruntés à une lettre écrite par lord Castlereagh à lord Bathurst sous cette date : Paris, 13 avril 1814.

121 i cm TE DE L*EMPIRE.

sur fleiix files dans le salon sur lequel s'omTait le cabinet impérial. Le duc de Bassano, le général Bertrand, le colonel de Bussy, le colonel Anatole de Montesquiou, le comte de Turenne, le général Fouler, le baron Mesgrigny, le colonel Gourgaud, le baron Fain, historiographe de ces funérailles de l'Empire, le lieutenant-colonel Athalin, le baron de la Place, le ban» Le Lorgne d'Ideville, le chevalier Jouane, le général Kon-. kowski, et le colonel Vonsowitch, ces deux derniers Polonais: le duc de Vicence et le général Flahaut étaient en mission. Napoléon traverse d'un pas rapide, et en serrant çà et là quelques mains étendues, les rangs peu pressés de cette coor si réduite, dernière épave de sa cour impériale. Il descend If grand escalier, les tambours battent aux champs ; c'est le seul bruit qui trouble le silence, aucun cri ne sort des poitrines oppressées de ces vieux soldats, muets et sombres comme! des funérailles. Il a dépassé la ligne des voitures, il fait signe qu'il veut parler, les tambours se taisent, les respirations sont suspendues. Le grandiose théâtral de cette scène, jetée ento le passé qui s'achève et un nouvel avenir qui va commencer, rend les cœurs émus et les mémoires attentives ; chacun sent instinctivement qu'il aura à témoigner devant l'histoire. L'épopée de l'Empire est arrivée à son terme, ce qui reste de l'Empereur et ce qui reste de tant d'armées impériales qui ont vaincu sur tous les champs de bataille se rencontrent dans h cour (le Fontainebleau pour un dernier adieu. Pour que tons les acteurs de ces journées héroïques soient représentés, TElh rope a envoyé ses témoins.

Napoléon adressa ces paroles aux vieux compagnons de 9»

gueiTCS :

a Généraux, officiers, sous-officiers et soldats de ma vieiOe gai'de, je vous fais mes adieux. Depuis vingt ans je suis CMtent de vous; je vous ai toujours trouvés sur le chemin delà pluire. Dans ces derniers temps, comme dans ceux de notre

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