ADIEUX DE FONTAINEBLEAU
prospérité, vous n'avez cessé d'être des modèles de bravoure et de fidélité. Les puissances alliées ont armé toute l'Europe eontre moi ; une partie de l'armée a trahi ses devoirs et la France elle-même a voulu d'autres destinées. Avec vous et les braves qui me sont restés fldèles, j'aurais pu entretenir la guerre civile pendant trois ans ; mais la France eût été malheureuse, ce qui était contraire au but que je me suis proposé. Soyez fldèles au nouveau roi que la France s'est choisi; n'abandonnez pas notre chère patrie, trop longtemps malheureuse. Aimez-la toujours, aimez-la bien, cette chère patrie. Ne plaignez pas mon sort; je serai toujoui's heureux lorsque je saurai que vous l'êtes. J'aurais pu mourir, rien ne m'eût été ^us facile ; mais je suivrai sans cesse le chemin de l'honneur. J'ai encore à cœur ce que nous avons fait. Je ne puis vous embrasser tous, mais j'embrasserai votre général. Venez, général!... » (// serre le général Petit dans ses bras.) « Qu'on m'apporte l'aigle!... » (// la baise.) « Chère aigle! que ces baisers retentissent dans les cœurs de tous les braves. Adieu, mes enfants!... Mes vœux vous accompagneront toujours; conservez mon souvenir' ! »
1 . Nous adoptons la version de ce discours donnée par M. de Chateaubriand dana ses Mémoires d' outre-tombe , tome III, page 270. Cest celle qui nous a paru la plus vraisemblable , par le désordre même des idées , et par ce qu'elle dite d'entrecoupé dans l'accent. Sans doute M. de Chateaubriand n'était pas à Fontainebleau, mais il était parfaitement en mesure de savoir ce que l'Kmpereur avait dit, et il n'est pas douteux qu'il ait fait tous ses efforts pour rétablir l'exactitude textuelle des paroles de l' Empereur. Pour qu'on puisse comparer les deux versions les plus opposées, noua donnons ici celle du baron Fain. C'est la version du bonapartisme mililanl et hostile, celle où toutes les paroles qui pouvaient sembler favorables aux Bourbons ont disparu, et où le désordre des Idées a fait place à une composition plus étudiée. C'est le même discours, si l'on ▼eut, mais avec des corrections, des retranchements et des retouches. Voici ee discours transcrit 'd'après le Manuscrit de 1814 : « Soldats de ma vieille garde , Je vous fais mes adieux. Depuis vingt ans je vous ai Trouvés constant naent sur le chemin de l'honneur et de la gloire. Dans ces derniers temps , comme dans ceux de notre prospérité , vous n'avex cessé d'être des modèles de bravoure et de fidélité. Avec des hommes tels que vous, notre cause n'était
Un long et sourd gémissement répondit seul à ces paroles. C'était comme le déchirement d'une vie qui se brise ; TEmpereur quittant sa garde, c'était l'âme se séparant du corps qu*db a longtemps animé. On entendit pendant quelques minnla comme un bruit étouffé de sanglots contenus, de sourdes remeurs, de cris rauques et inailiculés, et l'on vît de \ieux grenadiei's essuyer furtivement du revers de leurs mains les groan larmes qui coulaient sur leurs \isages mâles et bronzés. L'enporeur lui-même était visiblement ému. Il releva sa tête pochée, niffermit sa voix, jeta encore une fois ces paroi»: « Adieu, mes amis, adieu! » et, se couvrant la figure de stt mains, s'élança dans la voiture, où le général Bertrand étiit déjà monté. Les voitures s'ébranlèrent aussitôt et roulèreol vers la première étape de l'exil ; les troupes conunandées àed effet les escortaient. Le premier Empire était fini ; son com suivait la route de Lvon.
Cette marche fut triste. A Fontainebleau, Napoléon s*é(ait séparé de cette partie du peuple qui, enlevée à ses foyers, amt vécu de la vie de l'Empereur, dans les camps, sur les chanq» de bataille; nation militaire pour laqueUe l'Empereur était k droit et le devoir, le drapeau, la patrie; pour laquelle la glcHie, les hasards continuels et les émotions de la lutte étaient le seid mobile de rexisteiice. La scène de leurs adieux avait été patli^ tiijue et grande. Au sortir de son dernier embrassement afee cette France glorieuse, il trouva la France mutilée, douloureuse, épuisée de sang et de larmes, appauvrie par les con-
|)a« perdue; mais la guerre eût été interininablo; c'eût é\é la guerre eirUt,cl la France n'en serait devenue (pic plus niallieureui^î. J'ai donc «airriOé II nos intérêts à ceux de la |ialrii>. Je pars. Vous, mes amis, continuel de Mr la France : son Lonlieur était mon unique penstV. il sera toi^oun l'ol^ct mes vu'ux. Ne plaignez pas mon sort; bi j'ai consenti encore à me sacrifler, e'i pour servir encore à votre gloire. Je veux écrire les grandes choses que m a\oM8 faites ensemble. Adieu, mes enfants, Je voudrais vous presser tous suri ciLMirj que j'embrasse au moins votre draix'au. •
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