LES ÉTRANGERS, LE SÉNAT ET LES ROYALISTES. S
mal appropriés à Tœuvre. Il était à craindre que rancien Sénat de TEmpire, choisi par Napoléon pour sanctionner les décrets de sa dictature, et dont la plupart des membres avaient un passé révolutionnaire, se trouvant appelé par le chef de la coalition étrangère à donner à la France un gouvernement monarchique et libre, échouât doublement dans cette œuvre, et, se laissant entraîner à faire prévaloir ses intérêts de domination et de fortune, se ménageât à lui-même des places de sûi'eté contre la monarchie plutôt qu'en faveur de la liberté.
La commodité de se servir d'un instrument existant et d'arriver par une pente douce de l'Empire à la Restauration remporta sur tout. Les transitions qui tiennent à la fois de ce qui précède et de ce qui suit ont une grande puissance en politique. 11 est en outre à présumer que l'empereur de Russie ne fut point insensible aux louanges dont l'enivrait le Sénat. C'était comme un hosanna perpétuel que la fortune transférait de Napoléon à Alexandre, à la fois victorieux et populaire. Les plus révolutionnaires d'entre les sénateurs lui payaient en adulations le pouvoir qu'ils tenaient de ses mains, et le plaçaient au-dessus des Trajan et des Antonin. Garât, cet ancien ministre de la Convention , chargé vingt et un ans plus tôt d'aller au Temple lire à Louis XVI son arrêt de mort, proclamait la sainteté de l'alliance européenne ^ et déclarait qu'on pouvait à peine appeler étrangers, et moins encore ennemis, Alexandre et Wellington, qui versaient le sang de leurs
1 . « Après le 3 1 mars, est-ce trop exiger pour deux ou trois grandes âmes dont aucune politique flatteuse n'altéra jamais la magnanime franciiise, que de demander qu'on croie à la sainteté de leur alliance, lorsque le salut de Paris et
delà France en est déjà un premier résultat Interrogez le |{«'am et les
Baïques, ils auront peine à nommer ennemi ce Wellington qui , «'avançant du midi tandis qu'Alexandre s'avançait du nord, s'applicjuait avec la même généroelié à consoler les campagnes désolées, et versait le soiig anglais pour mettre es eùreté le sang Arançals hors de» batailles. • [De Moreau, dédié à V empereur AUsmidre, par Garât , sénateur.)
i^28 BÉTABLISSEMENT HE LA MAISO.N DE BOL'RBON.
peuples pour ménager le <ang français. Alexandre était Tj de la situation, on le savait, et ou n'omettait rien pour se concilier son appui. Son ancien précepteur, le colonel Lahaipe, qui professait toutes les idées du dix-huitième siècle, était TiiH termédiaire naturel des rapports du parti philosophique arec lui, et ces rappoils étaient ;issez satisfaisants pour que le sénar teur Garât piit dire au Czar dans la dédicace d'un de ses écrite: « Une philosophie fondée sur la connaissance la plus profonde et la plus claire de Tesprit humain a présidé à yoIr éducation ; elle a ensemencé votre berceau, elle respire dans toutes vos paroles et dans toutes vos actions, elle est coaune votre génie et votre ame, et c'est d'elle que les nations aUcndent aujourd'hui de plus heureuses destinées. »
C'était un assez singulier spectacle que celui des réyolutioDnaires du Sénat s'appuyant sur l'omnipotence militaire de l'autocrate de toutes les llussies, pour proclamer que a la sooveraiueté du peuple était le principe fondamental de tous lei intérêts légitimes. »
La commission sénatoriale que le gouvernement proTisoiit s'était adjointe pour rédiger la nouvelle Constitution se composait des sénateurs Lambrechts, Destutt de Tracy, Baifaé- Marbois,EmmeiT et Lebrun (duc de Plaisance), architrésoriflr. Il fallait y ajouter les membres du gouvernement provisoiRf r'est-à-dire le priuct» de Talleyrand, le duc de Dalberg, le g^ uéral Beuriionville, le comte de Jaucourt et l'abbé de MonlM^ quiou. Le comte de Nesselrode, ministre des affaires étrangèfV de la Russie, assistait aux conférences. M. de Talleyrand afÉ invité les membres du Sénat h appoiler au comité de la Constitution le concours de leurs lumières; aussi, le 4 avril, daDI laséance où la commission sénatoriale des Cinq, chargée de k rédaction de Tarte constitutionnel, présenta son travail, 3 J avait vingt -cinq personnes présentes. Les rapports connus de *'abbé de Montesquiou avec Louis XVIII , dont il avait été le