DISCUSSION DU PROJET DE CONSTITUTION
proclamé qu'après avoir juré l'observation de la Constitution. C'était l'élection républicaine substituée au principe de l'hérédité monarchique.
La discussion fut aussitôt engagée par M. de Montesquiou. n fit remarquer la lacune qui existait dans la Constitution sur une question préalable à toutes les autres questions, le retour . de Louis XVIII. Comme le prince de Talleyrand paraissait approuver cette observation, M. Lambrechts proposa immédiatement un arrêté ainsi conçu : « Le peuple français appelle librement au trône Louis-Stanislas-Xavier, frère du dernier Roi. » M. de Montesquiou s'éleva contre cette rédaction. Cette formule était la négation du droit monarchique. Elle substituait l'élection à l'hérédité. Louis XVIII arrivait au trône en vertu du droit héréditaire, non comme frère de Louis XVI, qui n'était pas le dernier roi de France, mais comme oncle de Louis XVII, martyr de fait, roi de droit. Est-ce que par hasard on tenterait de contester au nouveau monarque le nom de Louis XVIII? M. de Tracy répliqua en demandant si l'on ne tenait nul compte des faits intermédiaires. Ne s'est-il donc rien passé depuis 1789 ? répétait-il.
Sous ces questions de mots , se remuaient des questions de principes. Le sénateur Lambrechts et M. de Tracy voulaient que le Sénat fît un Roi , M. de Montesquiou demandait qu'on rappelât le Roi. La raison était de son côté, car la valeur de Louis XyiII, le motif de son rappel, c'était son principe, sans lequel personne n'eût songé à lui. On reconnaissait la valeur de ce principe en rappelant son représentant , pourquoi dès lors vouloir l'infirmer dans la formule du rappel? Comme la discussion se prolongeait sans conclusion possible entre des hommes qui partaient de principes opposés, le prince de Talleyrand proposa de remettre au lendemain tout ce déba dans lequel il ne voyait qu'une simple affaire de rédaction, et de passer à la discussion des articles organiques.
L^article sur rhêrêdité des sénateurs passa sans oppositia 11 u'aviùt rien de contraire à la nature du gouvernement m narehique. c'était assez pour que M. de Montesquieu Tacc^ il faxitrisiiit les intêrêt;> de vanité et d'ambition des sénatem leur suffrage lui ét;ût donc acquis. Mais quand il iallut R|) le nuKie dv la nomination des sénateurs et le chiflfre numériq de cette iissemblée. les objections de M. de Montesquioa renouvelcrcnt aussi \ives et aussi motivées. <c La nominiti des membres de la Ch;unbre haute doit appartenir excfauh ment au H^i, » sVcria-t-il. — « Dans ce cas, la positirai sénateurs actuels cesse d*étre garantie, » répliqua un i membres de la commission , en laissant paraître la quesli d'intérêt personnel cachée au fond du débat. — « Je pi principes, s;uis me préoccuper des personnes, » interroo M. de Moutesquiou. — u Les personnes sont pourtant II quelque chose, reprit le sénateur, et vous ne vouki | sans doute nous chasser comme des manants ?» — « Je veux chiisser pei'sonne, je veux au contraire qu*ou vous coml répondit M. de Muntesquiuu, mais par des an*angemenls pi ticidiei*s qui ne compromettent pas les principes essentids Tautorité royale. Vous n'admettez que cent sénateurs; pourq! cent ? Vous ne tiendrez contre le Corps législatif que par fo nombre et par Tespoir laissé aux ambitieux d^arriver di \oti'e sein. La pairie anglaise compte plus de trois cent ci quante membres. Le nombre des membres du Sénat doité illimité. » — u Mais le Rc^i sera le maître de la Gonstitutk s'il ptHit auf^'inenter indéliniment le nombre des sénateuni repartit aussitôt M. Lambrechts. — « Ne faut-il pas qi puisse récompenser tous les f^Tands services? répliqua M. Montescpiiou. Comptez-vous donc pour rien d'ailleurs le Qh législatif, issu de rélection et dépositaire des mandats peuple ? » — « Eh bien ! on vous donnera cent cinquai membres, »> dit Lambrechts, qui voulait au moins assurer