DÉPART DE M. DE VITROLLES POUR NANCY
^nouera. » En disaat ces paroles, il cacha la lettre dans sa 16 la plus profonde '.
i démarche des maréchaux, qui avait déterminé Taccesde M. de Montesquiou au projet de Constitution du Séretardait donc le départ de M. de Vitrolles, et par suite la 16 du comte d'Artois. Ce ne fut que le lendemain 5 avril, latin, que le baron de Vitrolles put voir le prince de Talind, qui lui raconta Tentretien de la veille, les efforts des ^chaux, le maintien définitif de la résolution des coalisés, cîdent était vidé, M. de Talleyrand n*hésita plus à re- ,re au baron de Vitrolles sa lettre pour Monsieur, et lui dit 5 quittant : « Allez vite, mais n'allez pas trop fort ; méqavous et ménagez-nous ; » paroles sibyllines, qui content un conseil et un avertissement caché de la défiance txcitait M. de Vitrolles et de celle qu'il devait avoir. La e de M. de Talleyrand au comte d'Artois, flatteuse, mais 16, se tenninait ainsi : « Nous avons assez de gloire, Monneur, mais venez, venez nous rendre l'honneur. » A dix res, M. de Vitrolles recevait cette lettre ; à midi sa calèche, plie de numéros du Moniteur ai de proclamations du goulement provisoire, roulait sur la route de Nancy. D nouveau centre d'action va ici apparaître. Le comte ptois est au moment d'entrer en scène. 11 faudra d'abord >nter la transition du gouvernement provisoire au gouverlent de Monsieur, transition difficile, car le gouvernement risoire et le Sénat sont résolus à faire des conditions; il Ira ensuite retracer les actes du gouvernement de Monir. C'était un événement qu'une voiture de poste sur Li te qui va de Paris à Nancy, traversant une contrée dévaspar la guerre. Sur cette route, les passe-ports du général Ikonsky furent plus utiles au baron de Vitrolles que les
Mémoires inédits du baron de Vitrolleif.
254 RÉTABLISSEMENT DE LA MAISON DE BOViIMni.
passe-ports du gouvernement provisoire. L'aspect da (qi était morne et désolé. On travei*sait des villages déseils, I demi incendiés. A dix lieues de Paris personne ne coimaiaÉ les événements, et des voix s'élevaient pour demander si cA ville existait encore. Le fléau de la guerre avait laissé paiM ses traces. C'étaient des arbres renvei*sés, des chariots briiili des cadavres dépouillés et gisant dans des flaques de saqg t de boue, un spectacle de mort et de désolation à navnrk cœur. Lorsque le 6 avril, à la pointe du jour, la calèche II M. de Yitrolles entra h Châlons-sur-Mame, on rentouFaeCoi lui demanda des nouvelles. « La paix ! la paix! mes aim, » dit-il. — « La paix ! » répéta-t-on autour de lui avec une job indicible. Alors il reprit : a Oui, mes amis, la paix et les Boi^ bons. » On ne comprenait plus. La paix, c'était le fSsdt tjm tout le inonde désirait, comme la nécessité évidente de h Éh tuatioii ; les Bourbons, c'était le moyen de la paix, et crfb population, ahurie par ses souffrances, étouitiie par le !► multe des événements, ne s'élevait pas encore à l'idée moyen. Du côté de Bar-le-Duc, les populations entières él dans les bois, et traitaient en ennemis ceux qui passaient M la route. Le 7 aviil, de grand matin, M. de Yitrolles liniijiwj Toul; le môme jour, à neuf heuix^s du matin, il entrait I Nancv.
La fortune du comte d'Artois ayait déjà pris une te nouvelle. Lorsque, dix jours seulement avant, le 26 mars, b baron de Yitrolles avait laissé Monsieur dans cette viDe, m prince, sans situation oflicielle, sans influence, et toléré phM qu'autorisé, habitait la maison d'un simple particufior; M. Mick avait offert au frère du Roi une courageuse hospifr lité, qui, l'exécution récente de M. de Gault Tavait aflk prouvé, pouvait compromettre la vie de ce généreux rojfr licite. Entouré d'un petit nombre seulement d*amis, le cooall François des Cai's, le comte de Bniges, le comte Melcbior
LE COMTB D' ARTOIS A NANXY. "ÎU
» Polîgnac et deux de ses frères arrivés récemuMOi de A»^ eomte de Trogof, le cos^Alsxis de Noailles obligé deeortir I France comme saqpeet d'avoir distribué à Lyon la bulle ^ ^ coQlKe Napoléon , il n'avait apporté de Londres qu'une BBie de cent mille francs, dont quarante mille étaient déjà i^nsés. La population, qui ne souhaitait ardemment qu'une iMe,ia paix, l'attendait des conférences de Ch&tillon. Sonattiide vis^-vis du prince était en général circonspecte. On cnûlait de se commettre sur la foi d'un avenir encore incertain. ft baron de YitroUes retrouva le comte d'Artois établi à l'hôtel â gouvernement, traité en prince par les étrangers, salué nnine un prince français par l'enthousiasme de la foule. De »itte part les personnes dévouées aux Bourbons accouraient à ancy, le chevaleresque Roger de Damas, le chevalier de La ille, le duc de Laval, le comte Mathieu de Montmorency, et mt autres y étaient. On y voyait venir aussi ceux qui avaient lontré plus d'entraînement pour le principe de liberté poliqiie que pour le principe d'autorité : ainsi le beau-frcre du finàral Lafayette, le marquis de Grammont, qui avait à peu rès les mêmes opinions que lui, avait été un des premiers à ; rendre auprès du comte d'Artois. Les Bourbons représenlient à la fois le principe d'autorité et les libertés nationales. Les nouvelles prospérités du comte d'Artois n'avaient poiift Itéré les sentiittents qu'il témoignait naguère h M. de YitroUes, »rsquedix jours auparavant celui-ci partait revêtu de ses pleins ouvoirs. 11 l'avait regretté comme mort, il le reçut avec -cette fusibilité affectueuse qui est à la fois un honneur et un boneur pour ceux h qui les princes la témoignent. M. de YitroUes lit la première place à coté de Monsieur à table , la parole ans le salon , la principale part dans ses conseUs. Dans ce oyage , comme dans le premier , il aurait voulu amener le rmce h arrêter les bases essentîeUes sur lesqueUes il convienrait d'assurer le nouveau gouvernement. Les idées de libertés
KKTABLISSF.MEVT DE LA MAISON DE BOL'IIIM».
locales revenaient surtout dans sa conversation. !Mais le coob d'Artois n'avait point d'opinion arrêtée sur les institutim qui conviendraient à la France: il n'avait guère que des objections contre les partis pris. Les calculs des princes de k maison dt* IJnurl>««n avaient été si souvent trompés par les Mnements. et leur action avait tourné dans tant d^occasioDsi leur détriment, qu'ils semblaient hésiter à mettre du leur te raiivn* providentielle d'une restauration, de peur delagliff ou de l'empOcher.
Au moment où M. de VitroUes apportait au comte d*Arttti Tinvitation de se rendre à Pai*is, M. de BomboUes venait tf» river de Laiigres à Nancy, apportant au prince, de la parte l'Empereur d'Autriche, une cocarde blanche et lïnvitationè so rendre à Lan^u'es. Il v eut un instant d'hésitation dansT» prit de Mraisieur. M. de Bombelles insistait sur les raisons qâ pouvaient motiver le départ dû prince pour Langros. « U aniverait à Paris appuyé par l'Europe entière, et prendrait maturité 1rs déterminations convenables à l'avenir. 11 se tiendrait aiii>i dans une position forte, d'où il veiTait venîrhi hommes et les choses. » É\idemment, la rivalité latente qi avait existé entre TAutriche et la Russie, pendant la guerre,* continuait sur un théâtre nou\eau. M. de Metteruîch efttpié* féré \oir .M. le c(»mte d'Artois h Langres, sous son influeBK directe , que le laisser aller à Paris, où il allait être placé SM l'ascendant d'Alexîindre.
Le l>an)n de Vitr(»lles insista sur les raisons qui mititaienlci faNeur du départ pnur Paris: il ne fallait pas laisser les idéei dans le vague et l'opinion au dépourvu; Bonaparte était Oh core à lM»ntainel>leau, au milieu de son armée; on pouwl toujours craiiuhv im lelour otfensif; dans une situation aofli crititiue, li» tiMups était d'un pri\ inestimable; il fiillaii donc, sans tarder une minute, aller se jeter entre les Français 4K 1rs etrani:iM's, brusquer les événements pour ne pas être di^