‹ Histoire de la restauration (volume 4)Chapitre 95 sur 213 · DIFFICULTÉS D£ LA SITUATION · texte numérisé non relu

DIFFICULTÉS D£ LA SITUATION

Sénat n'avait qu*un pouvoir nominal, sans aucune force térielle pour l'appuyer ; la présence de Monsieur dans Paris lirait pour mettre en mouvement les éléments royalistes 5 contenait cette grande ville, et, la force étrangère demeuit neutre, le Sénat serait contraint d'accepter, comme lieuteit général, Monsieur acclamé par la population. [1 y avait dans ce calcul des probabilités politiques un élént inexact : c'était la neutralité de la force étrangère. La eur déclarée d'Alexandre pour M. de Talleyrand et sa sjthhie pour le Sénat mettaient la force étrangère aux ordi'es du lat, qui s'appuyait sur la coalition contre les Bourbons, nme il s'était appuyé sur elle contre Bonaparte, r/est une curieuse étude pour le moraliste que de voir com- !U la forte discipline de l'Empire a\ait peu changé la nature ohitionnaire de ces hommes, issus presque tous de la Ré\oion. Ils avaient pu préférer leurs intérêts à leurs idées, et er, pendant la bonne fortune de Napoléon, sout le joug de > volontés, niids leur orgueil avait survécu à leur dignité, et 5 que la pression cessait, il se relevait a\ec toutes se^ prétenns. Le Séïiat impérial, croyant personnifier en lui la s^iii\eiieté du peuple et s'appuyant pour la faire rcsp-cler sui 1*. •. ïonilettes des Russes et de^ Piiissiens, se montrait !♦; ;:ardieu sceptible de sa Constitution, même \i.--à-vis du gouvernemt provisoire, et celui-ci n'était pits fâché de ces sU:r''eptibiljU;B lerelleu^es qui le fortifiaient contre les B^>urbonr. U; ;:oumement provisoire ayant donné au uoummu roi ]<' nom de •uis XVIII dans le Moniteur^ il y rut un»* motion ttiU: au St':t pour exiger la rectification d'une dénoniiiiiition \ii*.Xiit'U: inconstitutionnelle. En effet, disait-on, le prince en qii«'-tir,n ivait jusque-là qu'un titre légal , d'après Viu:Ut -éiwUiiiil , lui de frère du dernier roi. On pitssi à Toi-dre du jour, «m l«; >tîvant sur ce que le prince appelé au tr^ne n'éUiit, ju-.qu';i rcept;ition de la Constitution, qu'un j^iinpl. j^irtiruliirr. D'à-

près les mêmes principes, le Sénat refusait au comte d^Aitoii le titre de Monsieur, et celui de lieutenant général du royaume. Il déclarait enfin qu'il n'irait point au-devant de lui et ne kd rendrait aucun honneur. Le prince de Talleyrand affectait de ne pas s'inquiéter de ces difficultés : elles se résoudraient, disaiiil, d'elles-mêmes. Au fond, ces obstacles étaient pour luiltt moyens avec lesquels il comptait dominer les résistances Ai fomte d'Artois et celle^ de Louis XYIII.

Cependant le comt^ d'Artois, précédé de quelques heure par le baron de VitroUes, était arrivé à Meaux, où il trouva OB accueil glacial qui contrastait avec l'enthousiasme qu'il a^ rencontré sur le reste de la route. On entrait dans la sphèn (finiluence du gouvernement provisoire. M. de Vitrolles, pleâ d'anxiété, voulait partir iaunédiatement pour Paris. Monsieur, plus calme, exigea qu il restât jusqu'au lendemain. « Ilnooi viendra des nouvelles cette nuit, » lui dit-il. Les uouveflei vinrent en effet. Les dispositions mdveillantes du Sénat, Tifpui que lui prétait l'empereur Alexandre , toujours sous k charme, Tinertie du gou^ernement provisoire sans volonii c(jmme sans puissance , l'instinct pubhc contraire^à la Conelitution, t(tus les détails de la situation furent apportés par dtf amis ou des émissaires. Le lendemain, M. de Vitrolles paitil avec le? iu^truetioiis les plus larges. Elles se réduisaient à cif trois mots : « Allez, voyez, faites. »

A son arrivée à Paris , il alla droit à l'hôtel de M. de TaDejrand. 11 s'attendait à une discussion ; il fut sui'pris d'être ie(i a\ec le même sourire calme et bienveillant, comme si ronélfll (faceurd sur toute chose. Les premiers mots du prince forenl pour ra\ertir qu'on avait fait préparer à LiviT la maison de campagne du comte Charles de Damas pour recevoir MonsieuTt et que Ou\rard avait été chaï'gé des magnificences de la réception. « Monsieui' fera demain son entrée solennelle à Paris?» ilit îdors le baron de Yitnillesavpcun accent entre TaflirmatioB

LE COMTE D'aRTOIS A LIVRY KT M. DE YITROLLES A PARIS. MS

•t rinterrogalîon. — a Ouï, » répliqua M. de Talleyrand avee un signe d*assentiment. — « Vous voyez mon uniforme, » veprit M. de Yitrolles , qui portait un habit de garde national , « c*est celui de Monsieur. » Il n'appuya point sur la couleur de la cocarde, mais il tenait sous les yeux de son interlocuteur la cocarde blanche qui était à son chapeau. Le prince de Talleyrand fit un nouveau signe d'approbation. — « Monsieur se rendra à Notre-Dame, où il trouvera toutes les autorités réunies? » continua le baron de Yitrolles. — « Certainement. » •— « Vous porterez les lettres du lieutenant général au Sénat? » — a C'est convenu. »

M. de Yitrolles n'en croyait pas ses oreilles. Qui trompait-on? La conversation en était là, lorsque MM. Barthélémy, Barbé-Marbois et le baron Louis entrèrent. M. de Talleyrand répéta la phrase sur les lettres patentes à M. Barbé-Marbois, dont la figure sévère et magistrale se rembrunit encore. « Mon prince, vous n'y pensez pas, interrompit-il brusquement, le Sénat ne peut enregistrer des lettres patentes du Roi avant qu'il ait juré la Constitution. » — M. de Talleyrand se retourna impassible et indifférent vers M. de Yitrolles, et lui répéta mot pour mot la phrase de M. Barbé-Marbois avec autant de flegme qu'il en avait mis à répéter un moment auparavant la phrase de M. de Yitrolles à M. Barbé-Marbois. — « Yous voyez bien que les lettres patentes de Monsieur sauraient être enregistrées, » ajouta-t-il. Puis, quand . Barbé-Marbois fut sorti, il reprit: « Soyez tranquille, tout 8*arrangera au mieux. »

C'était là de l'habileté, non pas cette grande habileté qui fait les affaires de l'État, mais cette petite habileté qui fait les aRûres particulières. M. de Talleyrand abandonnait à l'empereur Alexandre le premier rôle, au Sénat les fonctions constituantes, cette action offensive contre la royauté qui, une fois Louis XYIII établi, pouvait avoir des ^ H

26i RETABIJSSKMF.NT DE LV MAISO.N DE BOL'RBON.

cfnicûdait à M. de Yitrolles les principes, et, se mcnagesot airid avec tout le niôiide. il se laissait aller au courant, sauf k clioisir. selon les eircuii.-tances de la mer et du vent, le floi qui ptirtejait le plus sûrement sa bai^que personnelle au port.

M. df Vitrolles était loin d'rtre tnuiquille. LVmpereur de Russie, chez leiju»! il avait dîné avec M. de Tîdleyrand, \m a\ait dit d'un tmi j^ia\e. presque sévère, auquel il ne Tavél pas lialiilué . qu'il voulait Tentretenir avant son départi Alevandre aborda, dès le> premiers mots, la difficulté. Uditi M. de Vitrnlles qu'il était dans la position la plus favorable pov ser^ir smi p;,ys et ses princes, u II fallait faire compiondreai comte d'Aitois la nécessité de siicrifier aux idées du temps. La ron>titutiMU décrétée parle Sénat était aujourd'hui la rè^ à laijuellr nu devait se soumettre franchement. Elle était d'l^ coi'd avec W< besoins de la France. L'autorité royale trouvMl sa foret* dans les concessions qu'elle ferait à la liberté publique. H n'y a\ait de sûreté pour les Bourbons que dans la directîoi' tracée par la Constitution. C'était à ces conditions qu'ils trofverait'Ut l'appui et le concours de ce qu'il y avait do plus écfaai en France et de plus puissant en Europe. »

M. de Yitrolles demanda vivement à l'empereur AlexandR ccmiment il p(»uvait se faire que l'Europe renversât les blM d(î la monarchie au nuanent où elle semblait vouloir coopéiff à son rétablissement. D'une couronne béi'éditaire, on fiûsÉ une couronne électi^e. S'il s'agissait d'élire un président à république, c</ n'était pas au Sénat, résidu de toutes les hUr scsses, ([u'il appadenait de le nommer, c'était à la Frantt* L'empereur de Russie ne voudrait pas ternir sa gloire en pi** tant les mains à cette éîrauiie combinaison.

Ces vi^es paroli^s blessèrent d'autant plus rempeiW Alexandre que la réponse était difficile. Il laissa tomber la eot' versation sans la résumer, selon son usage, car ce tout-pol^ sant aimait à plaire et à obtenir la seule chose qu'on pAt M

NOTE DU GOUVERNEMENT PROVISOIRE A MONSIEUR. 2tô

dfuser. Devenu plus froid et plus réservé, il allégua la nécessité es temps, et mit bientôt terme à l'entretien.

Il était neuf heures du soir, M. de Yitrolles, de plus en plus réoccupé, retourna au salon et entreprit de nouveau de faire xpliquer M. de Talleyrand sur la réception qui serait faite à [onsieur, qui devait entrer à Paris le lendemain, et sur la oanière dont il serait investi de Tautorité souveraine. Il n'y avait as un moment à perdre ; on n'avait plus que la soirée pour 'expliquer, le lendemain il faudi^ait agir. « Allons en causer, » épondit M. de TaUeyrand avec sa nonchalance ordinaire, t il entraîna M. de Yitrolles dans sa chambre à coucher, [uf était le sanctuaire du gouvernement provisoire. On requit W. Dalberg et de Jaucourt, qui se trouvaient à l'hôtel; »ii recruta M. Barthélémy, qui, par aventure, était venu faire me visite, et la conférence s'ouvrit. M. de Talleyrand exposa A difficulté : Monsieur ne pouvait être reconnu par le Sénat, A il ne pouvait cependant entrer à Paris qu'avec le pouvoir.

Personne ne trouvait la solution de ce difficile problème, et *on faisait entrer tout le monde, dans l'espoir que quelqu'un uiirait par apporter une idée. Enfin M. Beugnot, ministre de 'intérieur, arriva, f/était un esprit ingénieux, mais circonspect, mpressé à servir pourvu qu'il fût sûr de ne pas se nuire, et lont la pente inclinait si naturellement à la raillerie, que lorsju'il ne pouvait pas la jeter sur autrui, il ne s'épargnait pas oujours lui-même. Il parla longuement, examina la question W)us toutes ses faces, et enfin, après bien des circonlocutions, 1 proposa de sortir ainsi de la difficulté: M. de Tîdleyrand lonnemit sa démission en faveur de M. le comte d'Artois, qui ieiiendrait le chef du gouvernement provisoire. Surl'obsermtion de M. de Yitrolles, qu'il y aurait peu de convenance à investir Monsieur du pouvoir par une démission de M. de Talleyrand, M. Beugnot changea sa rédaction déjà arrêtée, et, jans parler du prince de Tîdleyrand, dit purement et simple-

meut que Monsieur serait le chef du gouvernement proiiwiW'

Le H avril au soir, M. de Choiseul-Gouffier partît fMk château du comte Charles de Damas, où le comte d'Aitoiiélit descendu ; il était porteur d'une note du gouvememeiit pni soire rédigée par M. Beugnot, et ainsi conçue : <

« Le gouvernement pro\isoire reconnaît qu'il est néeeMi que S. A. R. Monsieur soit, dès son entrée à Paris, le cbrfÉ; gouvernement.

« On ne peut admettre que S. A. R. partage le nement avec la commission nommée par le Sénat, on S. A. R. gouverne concurremment avec elle. Chacun de deux partis, outre qu'il blesse la dignité de Monsieur, être une source de divisions dans un moment où il s'agit tout réunir.

(( L'exercice pur et simple de l'autorité de lieutenant rai a pam dangereux.

« Il faut que Monsieur exerce l'autorité provisoire, qu'elle lui soit transmise dans des formes douces et coi triées qui n'effarouchent point les esprits, qui les contraire à sa personne. Tout deviendra facile sur cette

« Et pour cela, le gouvernement provisoire propose S. A. R. Monsieur soit nommé par un acte du Sénat cbfll gouvernement provisoire; avec cette qualité fort 8impk|iij| est (l'accord avec ce qui a été fait jusqu'alors. Monsieur Tautorité sans aucune difficulté, et S. A. R. l'exerce diBll sagesse avec une facilité que peut-être elle ne trouverait pMl elle s'appuyait d'un autre titre.

« Le gouvernement provisoire ose espérer que S, A.I trouvera le parti qu'on lui soumet d'autant moins susoqpâH de difficiUtéi?, que les principes de la Constitution (du 6 vni^ sont conformes à ceux que S. A. R. annonce comme mi0 admis par son auguste frère. »

C'était une transaction. La forme était douce, respeetuMV

lUSTREE OU COMTE D ÀITOIS A PAB18.

, mais au fond le gouYernemeot proviscHre, au liea de la place à Monsieur, offirait de Tabsorber dans son sdn lui faire conférer par le Sén^t, reconnu comme raiixtre situation, les fonctions de lieutenant général qu'il teoail i frère le roi Louis XVllI.

sque le lendemain 12 avril, dans la matinée, M. de Vi- ;, parti à la pointe du jour de Paris, arriva à Livrjr/il trouva tous ceux qui avaient pu approcher le comte d'Artois sentiment d'enthousiasme. Les gardes nationaux, ravis bienveillante courtoisie de son accueil, ont suspendu des s blancs à leur boutonnière ; c'est l'origine de la décoraie la fleur de Lis. Partout des tables dressées où tout le e s'assoit; le vin de Champagne coule avec profusion : sonnait à ces magnificences l'ordonnateur suprême de 'été, Ouvrard. Le comte d'Artois n'avait point accepté la ction offerte la veille au soir par le gouvernement provicependaiit il avait moins d'inquiétude que son cooseiDer, YitroUes. 11 comptait sur le bonheur, cet h6te nouveau er des Bourbons, et sur la Providence, qui l'y avait eo- U comptait aussi sur le sentiment public qui avait parti^t ce le gouvernement provisoire dans ses manifestations 5tes. Ce n'était pas du reste le moment de prov^jquer ^libération. Il était tout à ses impressions. Enivré de ces Mitions qui s'élevaient à sa vue, il respirait avec amour e France et il embrassait cette patrie bieu-aimée qui lui dt son sein après tant d'années, et où il semblait qu'il ne js trouver que des félicités.

12 avril 1814, le soleil s'était levé radieux, et tout présaine belle journée. A onze heures, le comte d'Artois mont-i irai avec les nombreuses personnes accourues pour lui ortége. Les deux côtés de la route étaient couverts des itions des campagnes voisines; le milieu, de cavaliers t de brillants uniformes; c'étaient les personnages les

plus mm'quants parmi les étrangers, généraux, officiers sq rieurs, ministres, qui, pour faire honneur au prince, état venus au-devant de lui. Le. comte d'Artois était suivi de |i sieurs compagnies de la garde nationale à cheval ; il poil leur uniforme avec le cordon bleu.

Le gouvernement provisoire, ne voulant pas le recci comme lieutenant général et ne pouvant pas lui fermer portes de la capitale, prit le parti de TaccueiDir comme un prii de la maison de Bourbon et de lui faire , à ce titre , une lée tion brillante. Le Sénat, restant sur une défensive phnc niâtrc, avait décLiré qu'il n'irait pas au-devant du prii M. de Talleyrand s'y rendit à la tête du gouvernement pn soire. Les maréchaux Ney, Marmont, Moncey, Serrurier,! lermann et un grand nombre d'officiers généraux avaiaU] les devante; ils conservaient la cocarde tricolore. Le inaréi Ney, portant la parole au nom de ses compagnons d*an prononça quelques paroles saccadées qui lui revenaient m la mémoire. Son visage semblait contracté par la eolèn; physionomie des chefs militaires qui l'entouraient était son! La réponse du comte d'Artois fut pleine de cette grAoe bi veillante qui coulait de ses lèvres en paroles cordiales et ai hles : (( Tout ce qui a été fait pour la France n'a jamû étranger au Roi, leur dit-il; vous avez porté, messieurs, i toute l'Europe la gloire du nom français; à ce titre, le Roi vendique tous vos exploits. » En achevant cette répooM, yeux du comte d'Ailois se portèrent sur la cocarde tricQ des maréchaux; il ne put s'empêcher d'ajouter que dc| Vesoul jusqu'à Paris, il avait cheminé entre deux haies de cardes blanches. Ce n'était ni im ordre, ni un reproche, e\ un regret et une espérance exprimés avec une cordialité de et une affabilité de visage qui leur fttaient tout caractère t sant. Monsieur se remit bientôt en marche avec son ooil bariolé de cocardes blanches et de cocardes tricolores, i

ENTRÉE Dt COMTE D*ARTOIS A PARIS. 269

de la confusion du moment. A la barrière de Bondy, U rencontra le gouvernement pro\'isoire a\ec M. de'Talleyrand, qui lui adressa une harangue respectueuse, mais vague : « Monseigneur, lui dit-il, le bonheur que nous éprouvons en ce jour de régénération sera à son comble si Monsieur reçoit avec la bonté divine qui distingue son auguste maison Thomraage de notre religieuse tendresse? » Le comte d'Artois répondit par quelques mots poUs, mais froids. Sa réponse se ressentait de la difficulté de la situation et de la banalité du discoure; elle devait être remaniée le lendemain et appropriée aux vues du gouvernement provisoire. Le conseil municipal, qui avait pris l'initiative courageuse du rappel des Bourbons, vint à son tour, conduit par M. de Chabrol, pour présenter les clefs de la ville au prince. L'émotion du comte d'Artois, en recevant ces hommages et en dépassant la barrière de Bondy pour entrer dans Paris qu'il avait quitté depuis 1789 et qu'il revoyait en 1814, vingt-cinq an^ accompUs depuis son départ, fut extrême. Les paroles lui manquîiient, à lui dont l'élocution était ordinairement facile et l'inspiration heureuse, tant les souvenirs et les sentiments lui refluaient au cœur!

Rien cependant ne dépassa le mouvement ordinaire des jours de fête et l'empressement de la foule le jour des entrées solennelles dans le parcours de la courte- pailie du faubourg Saint- Mailin qu'on avait à traverser et dans la première partie du faubourg Saint-Denis. Mais à mesure qu'on approcha du boulevard, l'enthousiasme se leva et les cris de Vite le Roi! Vive lecotitte (F Artois! qui devaient itccomp^igner le prince jusqu'à Notre-Dame et de Xotr^-Dam*- aux Tuilerie-, commencèrent avec une vivacité qui remuait Wt fibrr* 1*^ p!u.^ intimeî^ d»* f^on cœur. Ce vituix ^entimf'nt d^ r<a:ii'/rjr 4^ B..tjrti-.a:i. »1e r.mour du Hoi , qui avait si louj^mp* ^ ^'>, ,^ r*^.* ji^iû i^ntier dans les âmes pour sAm '-i •'•;••- .^n^^nt f!<» ('.i^:^*,^.

race qui, à ses ^"^ . -,,^^f ^^ lirviti^ le

S70 RETABLISSEMENT DE LA MAISON DB BOUUOli.

sceau de Tadversité et qui , du fond du plus lointain exfl, m les lits de mort les plus abandonnés, dans les prisons, m les échafauds, a toujoui*s aimé la France d*un iniincBli amour.

Ceux qui , enfants encore , iissistaient , conduits par km pères, à cette journée du 12 avril 1814, dans laquelle lasU^ nité du ciel semblait sourire à la joie de la terre, et où toukl dissentiments se fondaient dans une allégresse et un attend» sèment uYiivcrsels, n'oublieront jamais les émotions <iu*ikiÉk rapportèrent ^ . Il semblait que tous les maux fussent finis, à que la Pnmce et la maison de Bourbon, se rencontrant li sortir de leui^s longues épreuves, retrouvassent dans un éini embrassement la paix, ce trésor depuis longtemps perdu, k sécurité, le bien-otre, la sûreté du présent, la certitude deFavenir. Les hommes as<oz Agés pour avoir connu en 1 789 le GCOll (l'Artois le reconnaissaient avec ivresse, changé par les anniÉ et les épreuves, mais toujours gracieux, toujours affable, toijours Fraudais. Les nouveaux venus dans la vie et dans les Ofh nions monarchiques égalaient Tenthousiasme de leurs denttciei's. Napoléon avait fatigué IVtonnemcnt et lassé Ta

on était heureux de pouvoir ahner. L'amour du prince pourk peuple, Tamour (lu peuple pourk» prince; voilà le sentimeril (le cette journée. Pendant quinze ans, on avait eu un maMn»; le père de famille repiiraissait.

Le coi'tége, qui avait fait son entrée par le faubourg SaiÉt^ Mailin , inclina presque aussitiM sur la droite, et descendit Itf^ (aul)(nirg Saiul-Deiiis. A chaque instant un flot dépeuple

1 . « Moii.<«icur nous rc'vut a\(H.' granJc bienveillance^ cl le charme de i nit'rcd eul un «uccèâ universel, l^a |K)pulatiuu entière de Paris et dea ei éluit dans les rue:*, bur 1l'6 l)uiile\ard8, aux tenClresdes luoiMDS. Jamala p(»rls de joie ne furent \i\u» éncrgiqucd et plus unanimes. M y avait dhroKse dans les esprits. Ces laits ne seront i*ontredits i>ar aucune di! bonne foi avant été présente ù ce atpeolacle. » (Mémoiru du dttc de loii.i* Vil, pa»:.* 12.)

ENTRÉE DU COMTE D*ART01S A PARIS. ft74

rangs de la garde nationale formant la haie, il se préeiilail jusque sous les pieds du cheval du prinoe, dans le cortège luquel la fusion de Tancienne noblesse et de la nouvelle et érolque noblesse dé TEmpire s'était accomplie^ Ce désordre oAme donnait à la fête quelque chose de plus spontané et runiversel. On avançait lentement au milieu d*une foule à la-^ pielle les rues latérales, devant lesquelles on passait, apport Rient de minute en minute de nouveaux flots. Aux abords de % porte Saint-Denis TafQuence de la multitude était immense. ies boulevards , les rues adjacentes , regorgeaient de spectaeurs; les feni^tres des maisons, pavoisées de drapeaux blancs leurdelisés, servaient de cadre à des femmes élégamment paée«, dont les veux et les oreilles étaient tournés vers le même MHiit; les toits méjnes avaient été envahis par des curieux inrépides. Il semblait que tout Paris, déterminé à assister à cette Mfwnière entrevue, voulût voir le prince et en être aperçu. Se n*était pomt, comme pour les souverains étrangers, la cu- "iosité d'une scène historique à laquelle chacun tenait à asâsler pour en garder le souvenir. Quand le chœur de musique pii précédait le prince faisait entendre cet air de : Vive Wenri /K, depuis longtemps oublié, mais qu'à ses vives alures chacun reconnaissait pour être français, on sentait que ]oelque chose de nouveau et à la fois d'ancien approchait, que ]uelque chose de grand et de solennel allait s'accompUr : c'était le passé de la France devenu son avenir, c'était la maison de Bourbon, c'était la monarchie. Tous les yeux étaient fixés sur le même point, tous les bras étendus, les poitrines haletantes, les cœurs batUiient, bien des yeux se mouillèrent de larmes, les pères élevaient leurs enfants dans leurs bras pour qu'ils Fussent témoins de cette journée, et qu'ils la racontiissent un jour à leurs iils. Mille voix s'écriaient : Le voilà ! c'est lui ! Aloi*s on voyait un cavaUer sur lequel les années et les nudheui's ivalent passé, sans plier sa taille droite et flexible, sans rien

»872 HÉTABLISSEMËNT DE LA MAISON DE BOUABOII.

ôter à Tattrait bienveillant de son sourire, à la noUesse Am mante de son geste, et dont le visage rayonnait de bonlMiri d'émotion, répondre aux cris, aux témoignages d^aiEediQBi d'enthousiasme par des gestes pleins de grâce. U siloift droRe, à gauche, aux fenêtres, aux toits, dans la directioiié boulevards, dans celle des rues. Son i*egard pénétrait partoril il remerciait de la main, de la tête , et, chacun le sentaiti |k encore du cœur, la foule qui lui adressait les cris mille Eoiill pétés de : Vive le Roi I Vivent les Bourbons! Vive Mamkà Puis, de moment en moment, on voyait quelques vieux ck valieis de Saint-Louis, restes du temps et de la RévotaiMi travei'ser la haie de la garde nationale, se jeter sur la mûti petit-iils de Henri lY et la couvrir de baisers; Siméooil la cause monarchique, qui remerciaient Dieu de les mi fait vivre jusqu'à ce jour béni qu'ils avaient désespéré de fak Telles furent les scènes qui se reproduisirent sur todtel ligne du parcours, de lu porte Saint-Denis, à travers k n Saint-Denis, cette rue si marchande, toute ruisselante ftf foule on habits de fête, toute pavoisée d'étendards fletfl lises , toute retentissante d'acclamations , jusqu*à NèM Dame, la vieille basilique. Le chapitre attendait le comte dUl tois aux portes de l'Kglise' ; pour le clergé aussi la choto^ TEuipire éUiit une délivrance. Le comte d'Artois répoaAl discours chaleuieux que lui adre;^sa le vicaire capitidM « C\:st la miséricorde de Dieu qui a mis un terme aux ■ heurs des Français, allons lui eu rendre gi'àce. Le Roi ! peut tHre heureux qu'autant que son peuple sera heuiML On chanta le Te Deum et le Domine salvum fac Itegem^ d

1. 1.C 9 avril Ifî chapitre, c\traon1inairotncnt assenibl^ sont 1m prMdnN M. Sincliolo d'Kspinadsc, clianoine titulaire et vicaire général capitoUirt, v rcvoqué tous les pouvoirs préfédeinment iloiiiiés au cardinal Maurjr, ptmrmk nistrer TarchevtVlK^ de Paris an nom du chapitre. I.e chapitre n'mTalt |M àm canoniqucment ces pouvoirs au cardinal Maury, arclievAque désigné. Il aunll4 dû proclamer purement et «iiiiploniont la nullité de m précédente déUbéntf

ClCTRÊe DU COMTE D* ARTOIS A PARIS. ^3

ittitude qui, écartant tous les obstacles, avait envahi la nef, i 1ms côtés, les plus obscures chapelles, répéta en choeur, avec! } dix mille voix, la prière du psaume de David. C'était une inière respectueuse de crier encore vive le Roi dans Téglise. t maréchal Ney, qui était debout derrière le fauteuil de MonrtUP, à c6té du baron de Vitrolles, ne put contenir Texpresm de sa surprise : « Comprenez-vous un pareil enthouisme, lui dit-il ; qui aurait pu le croire? » En sortant de Notreime , les maréchaux , gagnés à l'irrésistible ascendant des Qtiments publics, se placèrent en évidence en avant de Monîur. La foule, qui l'attendait aux portes, le reconduisit avec } mêmes acclamations au château des Tuileries, sur le faite iquel le drapeau blanc se déploya au moment où M. le comte Artois y entrait. 11 y entra brisé de fatigue, d'émotions, de re- HDnaissance, de joie, car le cœur humain est moins fort iDtre le bonheur que contre la douleur. En mettant le pied irle premier degré de l'escalier, il éprouva une défaillance, fut obligé de s'appuyer sur le bras des maréchaux ponr onter. Cette ivresse lui était commune avec la population dr iris. Souvenirs du passé, doutes sur l'avenir, affections, re- •ets, appréhensions, intéré^ts particuliers , tout avait disparu vas cet entraînement général qui ne laissait place dans les Burs que pour la joie, l'espérance et l'amour. Heures d'etfuoas, de félicité et d'émotions inexprimables, si rares dans la e des nations, que souvent tout un siècle s'écoule sans en mtenir de pareilles, et que cependant le temps emporte sur m aile comme toutes les heures, pesantes ou légères, mais ui laissent dans le cœur un baume sur les souffrances dn Eissé, et mt^me contre celles de l'avenir!

Hi»l. de la Rcttaur. I.

S74 RÉTABLISSKMËNT OK LA MAISON DE BODHBON.

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