‹ Histoire de la restauration (volume 4)Chapitre 96 sur 213 · LE COMTE D'ARTOIS A PARIS · texte numérisé non relu

LE COMTE D'ARTOIS A PARIS

Le comte d'Artois , encore sous le coup des émotions de k journée du 12 avril, disait, le soir, à quelques confidents i» times : « J'ai été reçu comme Tenfant de la maison. >» CétaU le mot do la journée, la parole soitie du cœur du prince. Li gouvernement provisoire chercha le lendemain une aiitR expression de nature à donner à cette journée une portée c» forme à ses intérêts et à ses vues. On devait insérer daosk Moniteur les discours adressés au comte d'Artois et ses répoiMl dans la journée du 12 avril. M. de Talley'rand chargea M. fet gnot d'imaginer un mot à effet qui put satisfaire le Sénifttf donner à croire au public que Monsieur euti'ait complétenMÉt dans ses vues, et de placer ce mot dans la réponse du printt au discours de M. de Talleyrand. Après avoir bien chm^. M. Beugnot composa tout un discours dans lequel se iromril une de ces paroles qui réussissent toujours en Frauce, pM ([u'elles semblent insinuer beaucoup plus qu'elles ne diaoL Le prince de Talleyrand biffa la plus grande partie de la om" position de M. Beugnot, et ne laissa subsister que laphiM suivante : Voici à peu près ce qu'on a retenu de la réponse A Monsieur au prince de Tidleyrand : k Messieurs les mendMI du gouvernement provisoire, je vous remercie de toutœftt vous avez fait pour notre patrie. J'éprouve une émotion fî m'empêche d'exprimer tout ce que je ressens. Plus de dilh i sions : la paix et la France ; je la revois, et rien n'y est chaqgjL fci ce n'est qu'il s'y trouve un Français de plus. »

Il était diilicile d'exprimer, sous une forme plus ingénî une idée plus contraire à la situation vraie des choses.

JLUTTE ENTRB LE SÉNAT ET MONSIEUR. S75

lie d* Artois , en France, c'était iM)n<«eiilement un le plus, mais c'était la paix au lieu de ht guerre, un nent modéré au lieu d'un gouvernement absolu , la litique au lieu de l'arbitraire, la tradition nationale e ia souveraineté du peuple ou de celle de la force. ioQC beaucoup de choses de changées en France, (portait au Sénat, aux personnes en place qu'il n'y e changé dans les dotations, les traitements, les penlà le succès du mot dans tout le monde officiel , et en ne réussit comme le succès , on pai*vint à faire moi auprès de Monsieur par son succès même, et à ii'il ne reniât pas la paternité d'une parole qui prosi heureux effets. t< Rien n'est changé, il n' y a en .'un Français de plus , » répétaient à l'envi les séna- Is attendaient que le comte d'Artois, mettant sa concord avec cette parole , se soumit aux faits existants. te d'Artois n'attachait point à un mot, si ingénjeuunié qu'il fut, cette valeur poUtique, et il paraissait se à céder aux vues du Sénat. Le problème qui édé l'entrée du frère du Roi à Paris reparaissait donc uWe. Ce fut la seule force organisée qu'il y eût dans n, la force étrangère, qui se chargea de le résoudre. it au second jour de l'arrivée du comte d'Artois ien ne se décidait. Monsieur, salué par la population ; cûuunele représentant légitime de l'autorité royale, sans aucune autorité légale, une des ailes du château ries. Les heures s'écoulaient en réceptions; tout le rtait ravi de ses audiences, en comparant la courapathique de son accueil à la froideur hautaine des s impériales. 11 y avait comme un courant irrésistible jents et d'idées qui portait vers lui tous les cœurs : lêmes que leurs précède its semblaient mettre à l'abri ttraction n'y ràmÊâmi^mr -f \p général La Fayette

a raconté daus ses Mémoires comment, au mois d*aTril, il ne put rencontrer Monsieur dans la rue sans se sentir viTemotf ému * . Heureux de ces succès , le comte d'Artois ouUi&il ee que sa position avait d' indéfini. A Tautre aile du châten, le gouvernement provisoire continuait à détenir le poufoir légal dépouillé de tout prestige et de toute influence.

M. de VitroUes fit une démarche pour mettre un terme à cet état de choses. Il alla proposer aux membres de ce gouio^ nement de résigner leurs pouvoirs dans les mains de M» sieur ; on en insérerait la nouvelle au Moniteur^ et tout M trouverait terminé. Fouché, qui était arrivé la veille d*IByrie, attiré par une situation difiicileet troublée, comme ces oisnn que Todeur de la proie aifriande, intervint dans la discusM et dit vivement à M. de Vitrolles : (c Ce que vous dites tt signifie rien, c'est le Sénat qui doit déléguer le pouvoir a comte d'Artois. » Al(^rs il se mit à l'œuvre et rédigea uu pnj4 de réponse pour le prince. M. de Talleyrandy changea qoBt qu(*s mots, et M. le baron de VitroUes se chargea de le Mh mettre à Monsieur. De deux choses Tune, ou il fallait accefler cet expédient fâcheux, ou prendre le pouvoir piir un eiMf d'autoiîté, en faisant publier ses lettres patentes de lieutenol général, dissoudre le Sénat s'il résistait, et agir de même à l'égard du Corps législatif.

Pour agir ainsi, il aurait fafiu se sentir de force à résistera l'empennu' d(» Russie. Les chefs les plus influents du Séni

1. «• Je me serais fait ^Tupiile d'appeler les ItourbonK , iliHt, et tclh* eët lu force dc;» premières finpre&sioni, que je les relrouvai avec plaUr,^ la Mie du cuiiite dWrtuis daiii» la rue inVinut \hemeDt. • La Fayelle Ma ir.èiiie, à la date du 15 a\ril , la lettre suivante : u Monseigneur, il n'j a dVpoipie daiii» ma vie (|ui ne eoncourrait à me rendre heureux de voir retour de\enir un signal el un page de bonheur et de liUerté pablique. P dément uni à eette ^aiis^actiun nationale, j'ai besoin d'ufTiirà Monaleur 1 ma!;e de mon attachement personnel. » (Mémoires du yénéral Lu Fa^etU, pdges 30: et :t08.)

SOLtTlON IMPOSÉE PAR ALEXANDRE. 277

l'avaient de uouveau entouré, et Alexandre leur avait promis son concours personnel pour avoir raison de la résistance du comte d'Artois.

Dans la soirée du 13 awil, il se rendit aux Tuileries, et eut lin entretien de trois quarts d'heure avec le prince *. Il idlégua la part qu'avait prise le Sénat au renversement de Napoléon» l'invitation faite par les puissances au peuple français de se donner un gouveniement et une Constitution, et admettant, par une fiction hardie, que le Sénat, cet instrument docile du pouvoir absolu de Napoléon au temps de ses prospérités , était Tinterprète naturel des vœux de Uberté du peuple français, il déclara que les souverains coalisés avaient solennellement promis de reconnaître et de garantir la Constitution qu'ils avaient appelé les Français à se donner, et que cette paiole, ses alliés et lui étaient décidés à la tenir.

Les allégations d'Alexandre étaient contestables, mais la mise en demeure par laquelle se termhiait sa déclaration devait être prise en sérieuse considération. Le malheur des temps avait voulu que les Bourbons rentriissent dans le royaume de leurs aïeux au milieu d'une invasion; le comte d'Artois trouvait le corps constitué qui avait été l'instrument, sinon légal, au moins otliciel de la chute de Napoléon, appuyé sur la force étrangère, la seule qui fût debout ; il n'avait aucun moyen de lutter contre cette coalition impi'évue, d'autant plus que l'acte qu'on lui demandait était l'expression fausse d'une nécessité vraie, car il était indispensable qu'après une si longue absence la rovauté rassurât à la fois les idées et les intérêts sur ses intentions. Monsieur se vit dès lors contraint à transiger. Le baron de Yitrolles passa une partie de la nuit avec MM. do Bruges et de la Maisonfort à revoir le projet de Fouché et à en modifier quelques expressions. Le lendemain , le comte

I . OMe entrerue est mentionnée dans le Journal des Débats du l k avril 1814.

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M i\i- Vftrolli'-^. |Mit ri'|ioridre que Fouché avait acquieaeèl

tout, II* i|iii fii^-'-iii'it un |)<'ii M. de Nesselrode. CesdétaikM

Miiit |ioiMt iiiiliHii<'"<l*' l'IiiMtoin?; ils révèlent combien la ptttil

l'tiiit Ini'triin'iit iiiiiin< l'Util* rt*nipereur de Russie et les chA

lu K<*tivi'iiii'Uiitul |»rfi\i'«iiin' (*t du Séuat. Pour que la sohiiiol

MOXSieCR, CHEF DU GOl'VERNEMENT PROVISOIRE.

gatisflt rempereiir de Russie, il fallait qiie Fouché se trouvât satisfait.

Dans la soirée du 14 avrit, le Sénat alla constater sa victoire en portant son décret à Monsieur, qui répondit par le discours convenu :

« Messieurs, dît-il, j'ai pris connaissance de Tacte constitutionnel qui rappelle au trftne de France le Roi mon auguste ftère. Je n'ai point reçu de lui le pouvoir d'accepter la constîttition, mais je connais ses sentiments et ses principes et je ne crains pas d'être désavoué en assurant , en son nom , qu'il en admetîm les bases. Le Roi, en déclarant qu'il maintiendrait la forme actuelle du gouvernement, a donc reconnu que la monarchie devait être pondérée par un gouvernement représen- *tatif divisé en deux Chambres, qui sont le Sénat et la Chambre des députés des départements; que l'impôt sera librement consenti par les représentants de la nation ; la liberté individuelle et publique assurée; la liberté de la presse respectée, sauf les restrictions nécessaires à l'ordre et à la tranquillité publique; la liberté des cultes garantie ; que les propriétés seront inviolables et sacrées; les ministres responsables et pouvant être poursui>is par les représentants de la nation ; que les juges seront inamovibles; le pouvoir judiciaire indépendant, nul ne pouvant être distrait de ses juges naturels ; que la dette publique sera garantie ; les pensions, grades, honneurs militaires seront conser\'és, ainsi que l'ancienne et la nouvelle noblesse ; la Légion d'honneur maintenue , le Roi en déterminera la décoration ; que tout Français sera admissible aux emplois civils et militaires; qu'aucun individu ne pourra être inquiété pour ses opinions et pour ses votes, et que la vente des biens nationaux sera irrévocable. Voilà, ce me semble. Messieurs, les bases essentielles et nécessaires pour consacrer tous les droits, tracer tous les devoirs, assurer toutes les existences et garantir notre avenir. »

C'était, sauf uii petit uonibre de modifications introduites par le prince ^ le discours que Fouché, Tétrange coUaboFBteur de Talle\Tand , avait imposé au comte d'Artois par Tinterwitiou de l'empereur Alexandre. Monsieur ajouta ce qui suit de son propre fonds : « Je vous remercie au nom du Roi nm frère de la part que \ous avez eue au retour de notre souvenui légitime, et de ce que vous avez assuré par là le bonheur de k France jiuur lequel le Roi et sa famille sont prêts à donner leur sang. Il ne doit plus y avoir qu'un sentiment; il ne IhI plus se rappeler le passé ; nous ne devons plus former qu*iB peuple de Irères. I*endant le temps que j'aurai enti'e lesmaiM le pouvoir, temps qui, je Tespère, sera très-court, j'emploieni mes moyens à tra\ailler au bonheur pubUc. »

Sans doute , parmi les principes que le comte d'Artois »copiait , il y en avmt d'incontestables et d'incontestés codhbb le droit et la justice même; d'autres exprimaient les transit tions nécessitées par les temps pour fermer de longues querelles ; mais il était regrettable que la royauté , à son reUMT, acceptât ces principes comme des conditions imposées par k Sénat impérial, débris du régime tombé, agissant sans misfiioi aucune et révolutionnairement. En outre, aux principes il^ contestables et nécessaires, le Sénat avait mêlé des principci contestables et des stipulations qui trouvaient leur raison d'élit

1. Voici li'« |»lu« iiii|K)i'laiilcd de ces iiiodifications. Dans U première Talh'xraiHt et Kouclu^ a\ aient itmiji le» iiiot£ : Le Roi^ inlroduttfl par a\ant ceux-ci : tmm uuijusic frère. \U avaient aindi rédigé la phrtee tui • Je n'ai point n^u de lui Ai mission d'accepter la Constitution ; eiie e$t wêêÈ^ tniant wits sts uvua . mai», comme jo connaii^ ik>s sentiments et ses prlndpMt Jt ne crains i^a» d't^tre d(^M\oui^ m jurant en son nom d'observer et d'en fnr9 9^ uner les ba^e^ principales i/ai sont cttU « i/<- tout corps libre. • Us avalent écrits « Ji' rtcitNH.its i:ii nom i/.i Hoi , iiue la nionan*hie française doit t^lre d<^ré«\ etc. • iMuii loin ils avaient trahclit^ la question de l'hérédllé du i^Tivanl ces mots : Deux Chaiulires, dont /'une' Héréditaire. l\à n'avalent pria cune prtVaution ivntro le principe ali$i»lu de la liberté de la preste ; la qui suit la rec\mnaissance de cette lilKTté ftit ajoutée par Ict conteilltrs éi comte d'Artois.

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