‹ Histoire de la restauration (volume 4)Chapitre 98 sur 213 · L0I51S XVIII, SES IDÉES, SON CARACTÈRE · texte numérisé non relu

L0I51S XVIII, SES IDÉES, SON CARACTÈRE

membre du parlement de Paris , qui s'était fait conar quelques écrits politiques au début de l'émigration, lus tard, appelé auprès du prince de Condé, avait été le chef de ses conseils durant la période militante de condéenne. Rentré plus tard en France, M. Ferrand y mposé pour l'éducation de son fils, que bientôt après , un livre placé dans l'opinion au-dessus de son mêlait Y Esprit de f histoire, qui avait bénéficié de la sym- B estime acquise à l'attitude noble et indépendante de . Parmi les pei*sonnes que le Roi accréditait auprès des trangères, le comte de Saint-Priest , le marquis de , le marquis d'Osmond, tenaient le premier mng dans ince.

ivait toujours eu , entre le Roi et son frère, peu d'enr la ligne politique à suivre. Le comte d'Artois avait 3ns avec des hommes d'ardeur et de main , toujours ; h se jeter dans les entreprises hardies, quelquefois pes, et qui avaient pris plus d'une fois leurs impatiences 8 chances, et leurs illusions pour des probabilités. La ce d'attitude et de tendance qui s'était manifestée au B la révolution entre les deux frères s'était continuée, t entre eux divergence de points de départ, de routes, semblance de relations et d'action, sans qu'il y eût jai rupture. Monsieur avait un profond respect pour le frère, avec la déférence qu'inspire la supériorité reconicceptée. Se vivacité naturelle s"'incUnait devant cette ravité. Du reste, pendant l'émigration, il vivait à Louant le mouvement lui convenait mieux, ainsi qu'au duc jr, son second fils, que la régularité monotone de la vie ell, où le duc et la duchesse d'Angoulême s'éti^ient étarès de Louis XVIII.

aotif particulier rendait le séjour de ce château peu ? aux prinrcs de la famille royale. Le Roi, avec de rares

qualités d'esprit, avait un grave défaut de caraetère, c*étail e goût, le besoin d'avoii* un favori. Ses infinnités précoces et a constitution physique impropre au mouvement, et qui loi avaient rendu de bonne heure T exercice du cheval impossible tf la marche elle-même pénible, contribuaient-elles à lui impoav lit nécessité d'avoir un autre lui-même pour voir et pour agji^ connue il arrive souvent aux hoimnes d'un tempérameut nl^ f udinaire? 11 est vraisemblable que ces deux causes, agissanli la fois sur son moral et sur son physique , contribuèrent k M créer cette liabitudr. qui devint pour lui une nécessité. 0 rail tendrement aimé M. d'Avarav et en avait fait Tarbitre de m petite cour. Depuis que celui-ci était allé mourir de la psfrtrine à Madère, M. de Blacas, introduit dansla familiarilédi Roi par M. d'Avaray hii-même, exerçait une îiiflueuce pépondérante sur la cour d'IIai-twell.

Louis XYHI menait dans ce château la vie d'un gentilhonas dans s(*s terres , avec; une apparence de royauté , consolatiM de iVxil, vi qui maintPUiiit en même temps la candidature di droit devant la ioilune du fait. 11 avait des capitaines des gaiéei, les ducs de (iranunont et d'Havre, des premiers gentilshooMMi de la chambre, les ducs de Fleury et d* Aumont. Le duc de Ht» ras venait quelquefois de Paris pour prendre son année di service. Ca comtesse, depuis duchesse de Narboune, étaitFt^ uement de cette petite cour par les grâces de son esprit etk pureté élégante de sa diction : sa convei'sation avait un atlBÉ particulier pour \r Hoi, esprit lettré et disert, qui exi»hk dans la causerie. Pendant les dernières années de FEnj^m, arrivé à son ap(»gée de prospérité et de grandeur, on piiU peu h Hailwell des intérêts et des événements politiques; h convei-sation roulait sur la Uttérature, sur l'histoire, sur kl souvenirs d'autrefois.

Depuis que la fortune de Napoléon avait été ébranlée ptf Hésastnnise expédition de Knssie, les espérances de

LK Dél*UTAT10.\ UORD£LAISË A UARTWELL. 395

ration de la petite cour d'Uailwell , très-afEaiblies après le mariage du conquérant avec une archiduchesse d'Autriche, s'étaient ravivées. La suite des événements militaires, qui portaient de jour en jour des coups plus décisifs à cet édifice gigantesque mais peu solide, avaient justifié cette persévérance d'espoir et cette patience invincible d'attente qui sont I(; génie de l'adversité. Louis XYIII n'avait point négligé les occasions de rappeler son nom et ses droits à la France. Il Taviût fait d'une manière touchante, en écrivant, après la retraite de Moscou, à l'empereur de Ruisie, pour lui recommander les prisonniers français*. Depuis que la campagne de France était commencée, il attendait avec anxiété des nouvelles du comte d'Artois et des ducs d'Angoulême et de Berry, qui s'étaient embarqués au mois de janvier pour tâcher de pénétrer en France : le comte d'Artois , revêtu du titre de lieutenant généi'al du royaume, par la Suisse ; son fils aîné par le Midi ; son second fils par la Bretagne, qu'il regardait de Jersey, où il était venu s'étabUr. La première nouveUe favorable qui vint réjouir la petite cour d'Uailwell fut celle de l'entrée du duc d'Angoulême à Bordeaux. Le gouvernement anglais la fit communiquer à Louis XYIll, mais sans détails. Dans la matinée du 25 mars, le télégraphe de Falmouth signala l'arrivée d'unt^ députation bordelaise. Le Roi et la duchesse d'Angoulémr assistaient à la messe dans la petite chapelle d'ilailweU, lorsque^ la princesse aperçut par une croisée une voiture dont les postillons et les chevaux étaient couverts de cocardes blanches.

I • « Le H)rt des ariues a Tait tomber daiiâ leé mains du Voire Majesté plus do cinquante mille prisonniers; ils sont pour la plupart Franyais: peu importe sous quel drapeau ils ont scrxi , ils sont uiullieureux, je ne vois parmi eux «pie men enfants. Je les recommande ;i la bonté de Voirc Majesté Impériale. Qu'elle daigne considérer combien un grand nombre d'entre eux a déjà souffert, et adoucir la rigueur de leur sort. Puissent-ils apprendre (|ue leur vainqueur est Taml de leur père. Votre Majesté Impériale ne peut me donner une preuve plus iMKluinto de tes «entiments pour moi. »

296 hÉTABI.iSSFMFlNT DR I. \ M %1S0X DE BOVIIM9I.

A ris-iK- f\f la mv?-»-. \r comte de Blacas avertit le Roi que M. d*' Tiiiizia. :iriji>int .'i I.i mairie de Bordeaux, député parle c<iii>*-il inuiiii-ipal d»* ^rttê ville, et M. le baron de Labarte, rh.iri:»'' de? dfpOih»-- dr M. le due dWiigoul^me, attendaient M'> ordres pniir ^iitri-r. L(•ui^ XVIII était assis dans son saloa; l;t lill«- d«.- Li'iiis XVI -»• tenait debmit ^is-ii-\is de son oncle. Le \<'iii r;il»le a^^•h^'^rqlu• de Reim^. les ducs de Lorge, d'Hanê, (h- SfTfiil. <lr r.astrie. !»• vicomte d'Agout, le comte de Pradd, U' clit-xaruT df Ri^i»■^•.^Uuopairi^ dont le dévouement est écrit dans l'iiistoiii'. la duchesse de SL-ivut, la comtessi* l^tiellae de I)ama>, madame de Choisy, compagnes inséparables de madame la duchrsse d'Angoub^me, entouraient leur nudtie dans cf* momeut solcimel : noble cour, dont Chateaubriand a dit : « (!(*s compagnons du malheur des Bourbons, ceux qn uiit dornji dans Tt^xil la tête appuyée sur les fleurs de Ke, presque effacées par le sang et les larmes ; ceux qui se consolaient en entourant de leurs respects et de leurs commuMi misères le roi de l'adversité. »

M. de Tauzia s'avança vers le Roi et lui remit une lettre de \\. Lynch, niairi^ de Rordeaux, qui lui exprimait les sentimetfi * df cette ville et son désir impatient de voir entrer le petit-fib de Louis Xi V dans si>s nnn*s, où le drapeau blanc venait d*ètn arhoré. Louis XVIII garda quelque temps le silence, rémotÎQB Tempéchait de parler; puis il tendit la main h M. de Taïuii; eelui-ci voulait la porter à ses lèxres, mais le roi Tattinidne ses bras et serra sur son cieur ce premier messager de bonheur.

Quand le calme fut un peu rétabli dans le s(don d'Hartwd, Louis XVIII présenta M. d«' Tau/ia à la fille de Louis XVI. Ij prin«'esse \i)uhit entendre de sa bouche le récit de ces événements longtemps inespérés.

IKuis ce moment, Louis XVIII simgea à se rendre à Boi^ deaux, bur le premier point du territoire où le drapeau blaor

LA DBPUTATION BORDKLAISK A HARTWELL. ^7

#ftt été arboré. Il écrivait même d'Hartwell au comte de Lynch, ^.k la date du 31 mars 1814, pour lui annoncer cette réso- .r.lstion. Mais les événements de cette journée du 31 mars, où iir^JLoiiis XVIII écrivait pour annoncer son arrivée à Bordeaux,

devaient changer tous ses plans. Quand l'entrée des coalisés ; k Paris, leur déclaration, les manifestations royalistes qui '--mitàeni eu lieu dans la capitale et les actes qui suivirent ^ ftirent connus à Ilartwell, Louis XVIII comprit qu'au lieu

- ë*aller à Bordeaux il fallait aller droit à Paris, la ville des

- «?én('ments comme des déchéances. Mais alors la môme dif-

- flcuUé avec laquelle avait eu à compter le comte d'Ai-tois se r- dressa devant lui. Quelle attitude prendrait-il en face du Sénat? ^ Vîendi*ait-il au nom du droit traditionnel de la France ou de ^ Fappel sénatorial ? Dans quelles conditions le nouveau gouver- =^ nement serait-il institué ?

r Depuis l'entrée du comte d'Artois à Paris, la discussion ^ Air la Constitution sénatoriale était devenue plus vive que 1^ jamais, et Louis XVIII était naturellement assiégé à Hartwell ^ par les échos contradictoires des opinions contraires. Ces opi- ^ liions, avec des nuances de détail, pouvaient être ramenées h i trois thèmes principaux. Il y avait deux opinions absolues : S cdle des écrivains et des correspondants, qui voulaient qu'on ^' revint purement et simplement à l'ancienne Constitution fran- ^ (aise, tout en convenant qu'elle pouvait être réformée et - modifiée, afin de satisfaire les besoins nouveaux ; celle des r défenseurs exclusifs de l'acte constiljitionnel du Sénat, qui ÎDsistâient pour son adoption pure et simple par Louis XVIII. ■ Entre ces deux opinions absolues il y avait une opinion intermédiaire , c'était celle d'une transaction ; mais elle se décomposait en diverses nuances qui, suivant la pente des esprits ou des intérêts, présentaient des expédients, les uns dans le sens monarchique, les autres dans le sens sénatorial. i>u\ qui demandaient le retour à l'ancienne Cinistilution,

BKTABLISSRMK.NT OR LA MAISON DE MlVBBOSI.

entre mitres Rergassc et Tabbé Barniel, aUéguaieiit qm Louis XVIII était roi, non en veitu de Uappel du Sénat, béé en vertu d'un droit imprescriptible qu'on avait pu ¥Îoler pouvoir jamais le détniire. Il était donc roi avant d'^ Constitution sénatoriale ; son droit de régner n'était pas donné à cette acceptation. D'un autre côté, le S^at tfi aucune qualité pour faire une Constitution, le Roi n'avût pas à se prononcer sur Tacte constitutionnel avant qui: nation eût émis son vœu ; c'était à eUe qu'il fiedlait îm appel. D'autres achevaient de préciser cette pensée ea posant de prendre les cahiers des bailliages, rédigés en 1! pour base de la réforme des abus et de l'accomplissement 4il volonté générale. La Constitution française existait, diaaiiil ] ils, il sufiira de la remettre en exercice, en la Gonciliant les besoins du présent. On entrait même dans l'exposé moyens à adopter pour convoquer les représentants de nation ; chaque département, au lieu de quatre ou cinq pûtes, n'eu (Mîverrait cette fois que deux ; leurs pouvoirs! limités à un temps très-court, à trois mois, par exemple, cin^'iiscrits evclusivement à la rédaction de la Charte tutionnelle. Quelques-uns voulaient que des comi ri>v.ui\ coucou lussent avec eux à cette rédaction. Le Roi tiouiieniit cet acte délinitif, qui seniit accepté par

Il y avait des puhlicistes de la même nuance d'opiniM recommandaient <réviter la convocation d'une assemblée.1 rappelaient les souvenj^rs suspects de la- Constituante. devait pailir <le Tinitiative royale; c'était au Roi à vwrAl pourvoir. Il ne fallait pas oublier la chute successive da de Constitutions échafaudées par les assemblées. Las connue les autres ne s'explicpiaient pas sur une question taie, celle des ordres : le clergé, la noblesse, le tiers.

Les partisans de la Constitution sénatoriale objectaient raneienuf' constitution française, s'il y en avait eu jamais

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