‹ Histoire de la RestaurationChapitre 10 sur 325 · NAPOLÉON ARBITRE DE LA SITUATION · texte numérisé non relu

NAPOLÉON ARBITRE DE LA SITUATION

tauration, passagères et réparables, comme ce qui Aient de l’inexpérience des hommes et des difficultés transitoires des circonstances, n’ôtaient rien à l’utilité permanente de son principe , et que la situation européenne qui avait déterminé sa propre abdication durait encore , il avait la magnanimité de ne point compliquer par sa présence une situation déjà troublée, la Restauration pouvait sortir heureusement de cette crise, et conduire la France dans les voies de la liberté politique. Si, au contraire, profitant des fautes inévitables d’un gouvernement nouveau dans une situation si difficile et si nouvelle, préférant à tout sa rentrée sur la scène du monde, il abusait de la sympathique admiration des compagnons de ses grandes guerres et se jetait dans une aventure, cette aventure pouvait réussir, il est vrai , mais pour combien de temps et à quel prix?

Les mêmes raisons qui avaieut déterminé l'Europe à pousser la guerre à outrance jusqu’au renversement du premier Empire, en face duquel elle n’espérait plus de repos, devaient inévitablement lui faire reprendre les armes contre le second, pour ne les déposer qu’après sa chute. La paix, ce bien nécessaire à la France comme à l’Europe, disparaissait à l’instant, la guerre universelle se rallumait , et les mêmes raisons qui avaient déjà fait succomber la France dans ce duel inégal d’une nation contre toutes les nations devaient une fois encore la précipiter dans une catastrophe militaire qui aurait pour elle des suites désastreuses. Il était indiqué en effet que l’Europe irritée et alarmée prendrait ses sûretés et satisferait sa haine contre un peuple devenu le perturbateur du repos du monde. C’étaient là des vérités trop évidentes pour échapper au clairvoyant regard de Napoléon, lorsqu’il pesait les chances favorables ou contraires de cette entreprise. Il connaissait, par une première épreuve, l’épuisement de la France, son invincible lassitude, le besoin de repos qui avait éclaté même parmi

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les généraux compagnons de ses guerres, les forces irrésistibles de l’Europe unie , son inébranlable résolution de conquérir à tout prix une paix sûre et durable, sa conviction profonde que la paix n'aurait pour elle ni sécurité ni durée tant que Napoléon gouvernerait la France. 11 ne pouvait donc y avoir pour l'esprit perspicace de Napoléon aucun doute ni sur les conséquences immédiates de sou entreprise , ni sur l’issue définitive de la lutte dont elle devenait le signal. S’il reparaissait, c’était pour jouer la fortune de la France sur une carte déjà condamnée par la fortune.

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