‹ Histoire de la RestaurationChapitre 11 sur 325 · PROCLAMATIONS · texte numérisé non relu

PROCLAMATIONS

La première impression de Napoléon , en arrivant à l’ile d’Elbe, avait été triste. En gravissant un morne qui domine Porto-Fer raj o, il avait été frappé des bornes étroites de son nouveau domaine, et s’était écrié à la vue de la mer dont les vagues déferlent de tous côtés sur les falaises : « Il faut l’avouer, mon île est très-petite. » Quelques heures lui suffirent pour la visiter. Il voulut y ajouter un rocher appelé Pianozza: « L’Europe, dit-il en souriant, va m’accuser d’avoir déjà fait une conquête. » A peine installé, il s’empressa de régler l’étiquette de sa petite cour, car il attachait un grand prix au cérémonial de la puissance; il composa sa maison de quatre Chambellans, de trois officiers d’ordonnance, de deux fourriers du palais, déclara qu’il recevrait les dames à huit heures du soir, et donna un bal. Puis il descendit dans les carrières de fer cristallisé et d’aimant qui sont la richesse de l’île, fit

NAPOLÉON A L’iLE D’ELBE. f9

un traité de commerce avec Livourne , parla d’en signer un a\ec Gènes, entreprit quelques toises de chemin, traça l’emplacement de quatre grandes villes , et arma, soi-disant pour protéger son commerce contre les Barbaresques, des bâtiments qui pouvaient lui servir à un autre usage. Ces sourires n’étaient qu’à la surface, ces occupations, d’ailleurs bientôt épuisées, n’étaient destinées qu’à donner le change à l’Europe sur ses véritables projets : sa pensée et son regard étaient demeurés attachés sur la France.

Quelques historiens ont dit qu’il avait contre le gouvernement royal un grief légitime. Le revenu annuel de 2 millions, que lui assurait l’article 3 du traité du 11 avril 1814 sur le grand-livre de France, ne lui avait pas été payé. L’article 6 du nu nie tiaité, qui réservait 2,300,000 livres aux princes et aux princesses de sa famille, soit en domaines dans les pays auxquels Napoléon renonçait, soit en rentes sur le grand-livre de I* rance, n avait reçu aucuue exécution.

11 importe de se souvenir que la France n’était pas partie contractante au traité du 11 avril 1814, sorte de capitulation signée entre Napoléon vaincu et les princes coalisés devenus les i nai ti es de la situation. M. de Talleyrand, il est vrai, comme chef du gouvernement provisoire, avait dû, sur l’insistance de 1 empereur Alexandre , se trouver avec les représentants de Napoléon et les ministres des puissances alliées dans une réunion commune, où les clauses pécuniaires de ce traité furent discutées; et, saus adhérer au traité, il avait garanti l’exécution des conditions qui concernaient la France. Mais rien n indiquait dans la stipulation relative au revenu de 2 millions alloués à l’Empereur, et à celui de 2,300,000 francs alloués à sa famille, par qui cette somme serait payée. Le capital serait-il constitué en partie par l'Europe sur le grand-livre de France, en compensation des possessions européennes auxquelles Napoléon renonçait, ou bien la France devait-elle supporter

RETOUR DE 1,’ll.E d'eI.BE.

seule cette double dépense? Rien n’avait été fixé d’n ne manière précise et par écrit sur ce point ; mais il avait été verbalement convenu que l’Europe apporterait sa part dans cette liste civile faite à l’exil de l’Empereur, qui lui cédait tant et de si vastes territoires1. C’était justice. Dans l’ordre logique, il n’était pas naturel que les souverains étrangers eussent eu la pensée d’imposer entièrement au Roi et à la France les clauses onéreuses d’un traité dans lequel ni Louis XVIII ni notre pays n’étaient partie contractante, et dont les principaux avantages étaient recueillis par ces souverains. Dans l’ordre diplomatique, les cours alliées n’avaient point réglé l’exécution de ces clauses pécuniaires dans les trjdtés subséquents. Cependant l’occasion de faire ce règlement n’avait point manqué , soit dans la convention de l’armistice , soit dans le traité de Paris du 3t mai, soit dans les conférences de Vienne. La réponse du gouvernement provisoire à la communication de ce traité ne précisait pas davantage la mesure des engagements de la France. Ces stipulations n’avaient donc pas le caractère immédiatement exécutoire qui peut donner la valeur d’une infidélité dirimante au défaut d’accomplissement d’une convention diplomatique. Il y avait un principe posé, mais il restait à fixer par un arrangement ultérieur le mode , les termes, les moyens d’exécution par les puissances européennes ou par la France. Le gouvernement français n’avait pas été mis en demeure; on ne pouvait donc pas arguer de son refus. Enfin il n’y avait pas une année révolue depuis la signature

I . M. Thicrs, si bien renseigné pour loul ee qui lient à l’Empire, le «lit d’une manière formelle : « On s'était occupé ensuite des arrangements pécuniaires. On avait consenti à un traitement annuel de 2 millions pour Napoléon et à pareille somme à partager entre «es frères et ses soeurs. Ces sommes devaient être prises tant sur le trésor français que sur le revenu des immenses pays cédés par la France. » [lliitoirc du Consulut et de l'Empire , par M. Tliiers , tome XVII , page 191.)

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