‹ Histoire de la RestaurationChapitre 9 sur 325 · ENSEMBLE UES PRECAUTIONS PRISES · texte numérisé non relu

ENSEMBLE UES PRECAUTIONS PRISES

devait toujours avoir l’œil ouvert sur tous les mouvements de l’ile d’Elbe.

Ces précautions paraissaient suffisantes aux ministres, et ils repoussaient comme de vaines alarmes les avertissements qu’on leur adressait. 11 faut dire que les rapports qui arrivaient de tous côtés avaient cette incohérence naturelle aux observations individuelles, et ce mélange de vrai et de faux, de sérieux et de ridicule, de grave et de puéril, qui est le caractère de ces mille rumeurs qui bourdonnent à l’oreille des gouvernements dans les circonstances troublées et à la veille des catastrophes. Le ministère, par une tendance naturelle à l’esprit humain, s’autorisait du faux pour ne pas croire au vrai, et du ridicule pour repousser le sérieux. En outre, la police impériale, dont il avait hérité, le servait mal. Fouché avait été, on peut le dire, le fondateur de la police moderne; et de même que l’armée appartenait avant tout à Napoléon, la police appartenait avant tout à Fouché, au pouvoir ou dans la disgrâce. 11 n’y a pas de région où, l’on ne saurait dire la fidélité des subordonnés au chef, le mot serait trop beau pour, la chose, mais la ténacité des rapports une fois liés soit plus grande que dans ce monde souterrain et plein de pièges et d’embûches. Par sa nature même, la police, cette institution équivoque, a besoin de lier partout des relations, et il est rare qu’elle procède par des trahisons simples ; elle agit d’une manière plus compliquée : elle achète les secrets qu’elle veut livrer avec des secrets qu’elle livre, et se ménage par des perfidies le moyen d’étre perfide. Enfin, dans les temps de révolution, tout en servant le pouvoir du jour, elle se met en mesure de faire agréer ses services au pouvoir du lendemain. Or elle se souvenait de ce qu’avait été Fouché dans le passé; elle prévoyait ce qu’il pouvait être dans l’avenir, et le sentiment qu’elle avait de la force et de la capacité de ce personnage donnait à celui-ci une influence très-supérieure h celle de

nEToni oe l’ile d’eliie.

M. Dandré, homme tout nouveau dans une administration où il était inconnu et qu’il connaissait mal.

Cependant, malgré les obstacles et les périls qui environnaient le gouvernement roy;d, malgré l’insuffisance du ministère et de ses agents, et l’inexpérience de la nation qui s’essayait au .gouvernement représentatif, malgré même les deux conspirations ourdies contre la royauté, la Restauration pouvait encore sortir heureusement des difficultés qui assiégeaient les premières années de son existence. Ses adversaires étaient nombreux, mais s’entendaient mal, et, Napoléon absent, il n’y avait dans les deux conspirations aucun homme de premier plan qui pût entraîner les volontés et les faire converger vers le même but. Les intérêts généraux satisfaits par le rétablissement de la paix militaient en faveur de la monarchie sur tous les puints de la France. Les provinces de l’Ouest et du Midi contenaient une population qui lui était ardemment dévouée. L’action de la presse hostile était circonscrite et s’arrêtait à la surface. Les classes moyennes lui étaient sympathiques, et l’on n’eût pas trouvé dans toute la garde nationale de Paris un noyau d’upposition contre elle. La portion la plus modérée et la plus sage du parti constitutionnel, dont madame de Staël était l’âme, comprenait que l’avenir de la liberté politique était attaché au maintien de la famille des Bourbons sur le frêne. Malgré les fautes de ses amis, les torts de ses adversaires, les difficulté» du temps, les chances étaient donc encore en sa faveur, tant que ce mouvement d’intérêts et d’opinion qui se dessinait contre elle ne recevrait pas, d’une main puissante, l’impulsion, l’unité et la force. Cette main ne pouvait être que celle de Napoléon.

Napoléon se trouvait donc encore une fois, sur son rocher de l’île d’Elbe, l’arbitre de la situation. 11 avait à juger tout à • la fois sa position, celle de la Restauration, et par-dessus tout celle de la France. Si, comprenant que les fautes de la Res-

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