‹ Histoire de la RestaurationChapitre 100 sur 325 · I.F. GÉNÉRAI. CI.AISKI. A CI B/AC · texte numérisé non relu

I.F. GÉNÉRAI. CI.AISKI. A CI B/AC

trait les prisonniers qu’il avait faits dans l’attaque de la ville. C’était un prétexte pour entrer en relation ; il agissait sur ces prisonniers en cherchant à leur démontrer que la duchesse d’Angoulèine devait désigner un parlementaire avec lequel il traiterait, pour éviter une effusion de sang inutile. 11 promettait une amnistie générale, mais il en exceptait M. Lynch, maire de la cité. Bordeaux était à lui , disait-il , il y entrerait, s’il le voulait, dès le lendemain. M. de Martignac, alors avocat dans cette ville, et que l’avenir devait appeler à une haute fortune politique, fut accrédité par M. de l'ontac, chef des volontaires royaux, dans les rangs desquels il servait, pour recevoir les prisonniers royalistes. Après une longue conférence, dans laquelle le général Clausel chercha à le convaincre que toute résistance était impossible , il accepta, sur ses instances pressantes, la mission de porter ses dépêches à Bordeaux, sommé de reconnaître dès le lendemain l’autorité de l’Em- •pereur. M. de Martignac y mit la condition expresse qu’elles seraient remises aux autorités en présence de la princesse. Le géuénd lui parla comme si Bordeaux eût été déjà à lui. 11 avait voulu, ajouta-t-il, différer son entrée dans cette v Ule, pour laisser à la princesse le temps de s’éloigner. Le général Clausel n’avait aucun motifd’animosité personnelle contre la Restauration, qui l’avait nommé grand’croix de la Légion d'honneur, chevalier de Saint-Louis et inspecteur d’infanterie; il s’exprima donc en termes pleins de respect sur madame la duchesse d’Angoulême et sur le prince sou mari, qu’il avait reçu l'année précédente à Toulouse; mais eu même temps il regardait la cause de la Restauration comme irrévocablement perdue, celle de l’Empereur comme détinitivement gagnée. Quant à lui, il parlait, il agissait comme s’il avait déjà été établi dans son gouvernement de Bordeaux. Cette assurance qui contrastait avec la position du géuénd Clausel, séparé de la métropole de la tiuyenne par deux cours d’eau militairement gardés, ne pou-

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vait s’expliquer que par les intelligences secrètes qui lui répondaient de la connivence de la garnison.

M. de Martiguac, en se rendant à Bordeaux, s’aperçut qu’ou avait rempli le bateau de proclamations et d’ordres du jour destinés à appeler les troupes à la révolte. 11 les lit lacérer et jeter à l’eau, mais la mission qu’il avait acceptée suffisait pour donner un nouvel ébranlement à la cause royale, déjà si compromise. Si l’on voulait tenter la lutte , il fallait l’engager de prime abord, sans hésiter. De même que la confiance du général Clausel jetait le trouble dans le camp royaliste , l’hésitation qu'on laissait paraître dans ce camp redoublait la confiance de ce général et de ceux qui étaient d’intelligence avec lui , en détruisant les dernières espérances des royalistes les plus énergiques, qui voyaient qu’on négociait au moment de combattre.

La duchesse d’Angoulême eut l’intelligence de cette situation. Elle voulait que, sans même répondre au message du* général, on marchât contre lui. 11 n’y avait en effet que ce parti à prendre, si l'on voulait tenter la défense de Bordeaux.

On en jugea autrement dans le conseil politique dont la princesse était entourée; on pensa qu’il y avait intérêt à tenir la négociation ouverte, ne fût-ce que pour savoir quelles défections on avait à craindre dans la ville, en surprenant, à travers les réticences du général Clausel, l’indication des appuis sur lesquels il comptait. Des voix nombreuses s’élevèrent pour proposer de traiter, avant tout, la question de la sûreté personnelle de la princesse. Elle s’y opposa formellement.

« Il ne s’agit pas de moi, dit-elle, mais de Bordeaux. Est-il possible ou non de conserver cette ville à l’autorité royale, sans vouer ses habitants à la ruine, voilà la seule question? Je reste si Bordeaux se défend, je pare s’il capitule. »

Elle voulut que cette question fût résolue par Bordeaux même. On rassembla, par ses ordres, le conseil municipal de

PERPLEXITES DES BORDELAIS.

cette ville, les conseils d'arrondissement et le conseil général du département à l’hôtel de la Préfecture, et M. de Murtignac fut invité à communiquer à cette assemblée les dépêches du général Clausel. Ces conseils réunis ne prirent aucune détermination; ils alléguaient qu’il fallait, avant tout, s’assurer des moyens de défense que réunissait la garde nationale, et ils renvoyèrent à Madame et auv autorités supérieures la décision à prendre sur la conduite et le sort de Bordeaux.

Comme il arrive dans les circonstances extrêmes, personne ne voulait accepter l’initiative et la responsabilité. Il y avait au fond un sentiment qui pesait sur les meilleures intentions et qui détendait les ressorts des volontés, le sentiment instinctif de l'impossibilité delà défense de Bordeaux devant l’Empereur déjà maître de Paris , avec la présence d’une garnison ralliée de coeur au drapeau tricolore. Les esprits les plus froids commençaient à se l’avouer, les cœurs les plus chauds se le dissimulaient encore; ils parlaient de vaincre ou de mourir, mais combien peu de gens sont résolus à mourir pour une cause, quand ils ont entièrement perdu l’espoir de vaincre! 11 n’y a pas de sentiment plus puissant sur la nature humaine que celui de l’impossible, qui dénoue l’étreinte désespérée avec laquelle le naufragé serre l’épave qui le soutient encore audessus de la vague prête à l’engloutir.

La question de la défense de Bordeaux s’engagea donc devant la duchesse d’Augouiéme. Elle répéta qu’elle 11e permettait pas que la question de sa sûreté personnelle fût posée. Croyait-on sa présence utile, elle restait avec joie pour encourager les efforts et partager le périls des Bordelais. Eallait-il , pour éviter à cette ville une destruction imminente, s’éloigner de ses murs; ce serait pour elle une profonde douleur que de quitter sans combattre la France et une cité française où elle avait reçu, où elle recevait encore journellement des marques si touchantes de dévouement et d’affection , mais elle ferait

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au salut de Bordeaux ce douloureux sacriiice. M. Laiué, profitant de l’émotion excitée par les fières paroles et l’énergique accent de la princesse, interpella vivement le général Decaen sur les moyens de défense de Bordeaux. Sur quoi pouvait-on compter? Qui devait-on craindre? Le général Decaen répondit sans détour que Bordeaux n’avait à compter pour sa défense que sur sa garde nationale. Les soldats ne marcheraient pas contre leurs frères d’armes. Le général n’osait pas même répondre tpie, si la lutte s’engageait entre les volontaires royaux et les troupes du général Clan sel , la garnison ne vint pas en aide à ces derniers.

Eu vain M. Lalné, dont l’ârac ardente et courageuse ne pouvait pas plus que celle de Madame s’accoutumer à la pensée d’une retraite saus combat , pressait le général Decaen de ses vives interpellations, eu le sommant, lui et le général Harispe, d’engager par écrit leur parole que si la garde nationale livrait bataille aux troupes du général Clausel, la garnison observerait au moins la neutralité : le général Decaen baissait tristement la tête, et opposait à ces sommations d’inflexibles refus. Il lui était interdit, disait-il, d’engager sa parole, qu’il n’était point sûr de pouvoir faire tenir par ses soldats. Cette scène se prolongeait d’une manière pénible : c’était la lutte de volontés généreuses qui se raidissaient contre l’inévitable force des choses. Personne ne pouvait résoudre ce problème qui pesait sur tout le monde, ni les magistrats de Bordeaux, partagés entre la douleur d’avouer à la princesse leur impuissance pour la cause royale, et la crainte d’engager leur ville daus une lutte qui ne présentait aucune chance de succès ; ni la princesse, qui ne pouvait prendre l’initiative de cette lutte funeste pour Bordeaux sans être avantageuse pour la cause royale, et qui ne devait point cependant donner le signal de déserter le combat et de quitter le poste du péril tant que quelqu’un y resterait ; ni le représentant de 'la force militaire, à qui il était

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impossible d’apporter l’assurance d’un concours ou même d’une neutralité que, dans sa conviction intime, on n’obtiendrait pas des soldats.

Il était minuit, et l’on n’avait encore rien décidé. Madame la duchesse d’Angoulême demanda à M. de Martignac s’il était sûr que le passage de la Dordogne serait défendu. M. de Martignac, témoin le matin même des bonnes dispositions des volontaires, répondit affirmativement. Alors la princesse lui ordonna de partir immédiatement à franc étrier pour les avant-postes , et de se borner à faire dire au général Clausel que les autorités de Bordeaux n’avaient encore fuit aucune réponse. On gagnait ainsi un jour, et la duchesse d’Augoulême se promettait de l’employer pour juger par elle-même du concours qu’on pourrait obtenir de la garde nationale, et surtout des dispositions de l’armée.

Pendant ces négociations, la situation respective des deux partis, restés en présence sur la rive droite et sur la rive gauche de la Dordogne, avait éprouvé de graves changements. Quand une cause l’emporte et quand une autre succombe, tout vent qui souffle apporte aux partisans de la première l’initiative, la confiance et l’audace, et aux partisans de la seconde l’hésitation, les alarmes et la désorganisation. De fausses alertes, de sourdes rumeurs propagées sur les derrières de la petite troupe royaliste, le retard dans l’envoi des munitions promises, ce cri proféré par les émissaires du général Clausel sur la rive gauche de la Dordogne, et bientôt répété par les hommes les plus faibles de la garde nationale : « Tout est perdu! nous sommes coupés ! » amenèrent, dans la nuit du 30 au 31 mars, l’évacuation de la rive gauche de la Dordogne à Saint-Vincent, puis bientôt après l’évacuation, de la rive droite de la Garonne au Carbon-Blanc, à deux lieues N.-E. de Bordeaux. C'était une panique, un sauve-qui-peut général, la déroute militaire amenée au fond par le sentiment de la déroule politique du parti.

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Quand la duchesse d’Angouléme apprit par les gardes nationaux eux-mêmes , qui revenaient en désordre du dernier poste qu’ils avaient occupé, que le drapeau tricolore paraissait sur la rive droite de la Garonne, elle voulut faire marcher à l’instant la garde nationale pour l’attaquer. Le général Decaen, à qui elle adressa cet ordre, répondit qu’il était impossible de l’exécuter, et comme la princesse lui demandait le motif de cette impossibilité : « Madame, reprit le général, nous serions infailliblement pris entre deux feux, celui de la troupe du général Clausel et celui de la garnison. »>

La princesse releva vivement la tête. L’obstacle qu’elle avait si souvent rencontré depuis le commencement de la lutte se dressait encore une fois devant elle. Elle était résolue d’aller cette fois aujond de l’objection et de juger la disposition des troupes par ses propres yeux. « Monsieur, dit-elle au général Decaen, je désire que les troupes soient immédiatement réunies dans leurs casernes ; j’irai les voir. — Madame, répliqua le général Decaen, je demande à Votre Altesse Royale la permission de ne pas lui obéir. Elle n’a pas songé aux conséquences possibles d’une pareille visite dans un pareil moment. — Général, je le veux. S’il y a des conséquences fâcheuses, j’en prends la responsabilité. — Mais Madame ignore sans doute, ajouta un général présent à cet entretien, qu’il y a eu ce matin une distribution de cartouches faite sans l’ordre du gouvernement. » La princesse tourna vers lui ses yeux où perçait , à travers une inaltérable sérénité, une nuance de dédain. « Je ne force personne à me suivre, lui dit-elle. C’est assez. J’ai donné un ordre ; je veux être obéie. »

A deux heures , elle partit en calèche découverte pour se rendre à la caserne de Saint-Raphaél. Le général Decaen était il cheval à la portière de droite. Un état-major assez nombreux l’entourait. Un piquet de gardes nationaux à cheval formait l’escorte. Arrivée devant la caserne, la princesse mit pied à

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terre et y eatra. La troupe se tenait en bataille sur deux rangs qui se faisaient face. La princesse passa lentement devant chaque ligne, sans qu’un seul cri se fit entendre. La troupe immobile gardait un silence glacial. Alors elle se plaça sur le front de bataille et fit signe qu’elle voulait parler. Les ofliciers s’avancèrent et formèrent le cercle autour d’elle : « Messieurs, dit-elle, vous n’ignorez pas les événements qui se passent. Un étranger vient s’emparer du trône de votre roi légitime; Bordeaux est menacé par une poignée de révoltés; la garde nationale est déterminée à défendre la ville. Voici le moment de montrer que vous êtes lidèles à vos serments. Je viens vous les rappeler et juger par moi-même des sentiments de chacun pour le Roi. Parlez. Etes- vous disposés à seconder la garde; nationale? Je veux une réponse franche et catégorique. Je l’attends. »

Les ofliciers baissaient la tête sans répondre ; leur attit ude t rahissait leur trouble, et leur silence parlait pour eux. La princesse, élevant de nouveau la voix : « Auriez-vous donc déjà oublié le serment que vous avez renouvelé, il y a si peu de temps, entre mes mains? » s’écria-t-elle. Puis, comme le même silence continuait à régner : « S’il y a encore parmi vous quelques hommes qui se souviennent de leurs serments, et qui restent fidèles à la cause du Roi, qu’ils sortent du rang, qu’ils se montrent. » On vit alors sortir du rang un petit nombre d’officiers, et quelques mains courageuses agitèrent leur épée. « Vous êtes en bien petit nombre, reprit la princesse avec un accent profond. N’importe ; on sait au moins sur qui l’on peut compter. »

Dans ce moment, plusieurs officiers entburèrènt la duchesse d’Angoulême, et, comme pour réhabiliter leur conduite à leurs propres yeux , ils l’assurèrent qu’elle pouvait compter sur eux pour la défense de sa personne. « Il ne s’agit pas de moi, reprit-elle avec calme, mais du service du Roi. Voulez-vous le

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servir? » Un de ces officiers prit alors la parole, et dit qu’ils obéiraient à leurs chefs dans tout ce qui leur serait commandé pour le service de la patrie. « Nous ne voulons pas de guerre civile, ajoutaient d’autres officiers; jamais nous ne nous battrons contre nos frères. — Vos frères! répliqua la princesse avec sévérité, vous oubliez que ce sont des rebelles! » et, les couvrant d’un regard de reproche, elle se retira.

C'était la première épreuve. Elle avait été longue et cruelle, mais elle n’avait pas épuisé le courage de la fille de Louis XVI. Elle remonta en voiture, et, malgré les représentations de ceux qui l’entouraient, elle déclara qu’elle voulait être conduite à la seconde caserne. Les soldats, plus mal disposés encore que dans celle de Saint-Raphaël, la reçurent avec un sourd frémissement. Dès qu’elle éleva la voix, ses paroles furent couvertes par des cris frénétiques de vive l'Empereur. Elle tint, pendant plusieurs minutes, tête à l’orage, et si elle ne put ramener à l’obéissunce cette soldatesque mutinée, elle la força au respect.

Restait une dernière caserne à visiter, c’était le château Trompette, forteresse de la ville. La princesse déclara au général Decaen qu’elle entendait y être immédiatement condidte. Le général la supplia instamment de renoncer à ce projet. Tous les autres généraux unirent leurs instances aux siennes. Elle avait fait tout, ce qu’elle devait, plus qu’elle ne devait. Elle venait de juger par ses propres yeux des dispositions des troupes. Que voulait-elle de plus? Celles des soldats casemés au château Trompette étaient plus mauvaises que celles de tous les autres corps. Elle courait donc inutilement au-devant d’un péril manifeste. La princesse fut inflexible. Elle avait résolu dans son cœur que l’épreuve serait complète; il fallait qu’elle le fût. Le péril imminent dont on lui parlait n’était pas pour elle une objection contre ('accomplissement, d’un devoir. Ou se mit en marche. Les sentinelles arrêtèrent la voi-

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turc à la première enceinte de la forteresse. Le commandant averti n’osa point en refuser l’entrée à Madame; mais il lui lit notitier qu’elle devait laisser son escorte sur le glacis extérieur, et qu’elle ne serait admise qu’avec deux généraux et son écuyer, M. de Lnr Saluces. La duchesse d’Angoulême n’hésita pas à poursuivre sa route; elle accepta ce duel offert au courage d’une femme contre toute une garnison. Cette forteresse où elle entrait seule pouvait devenir pour elle une prison, un tombeau peut-être. Cette idée ne la lit ni reculer, ni pâlir. La princesse s’engagea sous de sombres voûtes, et trouva, sous la dernière, le commandant du château Trompette, qui l’attendait. On voyait dans La cour la garnison rangée en bataille; son attitude était sombre et menaçante. La duchesse, isolée des siens, ne pouvait compter que sur elle-même. Sa fermeté ne fléchit pas. « Pourquoi, dit-elle sévèrement au commandant, vous êtes-vous permis de refuser l’entrée de cette forteresse aux personnes qui me conviennent et à mon escorte? — Je tiens mon commandement du Roi, balbutia l’oflicier, qui avait déjà livré sa forteresse au lieutenant de T Empereur \ et je ne dois prendre d’ordres, pour tout ce qui y est relatif, que du Roi. — Vous êtes un insolent, .reprit avec fierté la princesse, je vous ferai casser. » Elle passa outre, et se présenta devant le front des troupes rangées en bataille. Leur aspect était hostile, et il courait dans les rangs un sourd frémissement. Mais Madame était comme électrisée parla lutte morale qu’elle soutenait depuis le matin. Ces soldats appartenaient pour la plupart au régiment d’Àngoulême; cette circonstance lui fournit un mouvement d’éloquence. Elle marche vers eux;

I . « Un oflieicr d’ordonnance de l'Empereur, chargé des ordres de Napoléon cl du ministre de la guerre pour les principaux chefs de 1» place cl do la garnison, s'élait mis en rapport avec ces derniers , et il se trouvait dans l'enceinte du château Trompette . lorsque la duchesse d'Angoulème y était encore. » (Histoire do-la Restauration, par A. de Vaulabelle, tome II. page 2GC.)

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et sans être arrêtée par leurs murmures : « Eh quoi ! s’écriat-elle, ne me reconnaissez-vous pas? Je vous reconnais, moi, vous êtes le régiment d’Angoulêmc ! Avez-vous oublié les serments si récemment prêtés entre mes mains? Ne vous souvenezvous plus de celui que vous nommiez votre prince? Et moi, ne m'appeliez-vous pas votre princesse? » Elle parlait au milieu d’un silence profond, et les fronts obstinés se détournaient d’elle. Des larmes d’indignation jaillirent de ses yeux. Puis, comme elle crut voir quelques officiers ébranlés : « Eh bien ! dit-elle, me reconnaissez-vous? » Tous se turent. Il y avait un parti pris. Cette parole ardente les torturait comme un reproche, mais sans changer leur résolution. La fdle de Louis XYI, arrivée au plus haut degré de l’exaltation de la douleur et au paroxysme de cette indignation courageuse qu’excite, dans une Ame décidée à lutter jusqu’au bout, la conviction acquise que les derniers éléments de la résistance lui échappent, se livra à son désespoir, et éclatant eu sanglots, dans lesquels on entendait comme les brisements de son cœur : « Mon Dieu! s’écriat-elle , en prenant publiquement à témoin de la plus grande douleur de sa vio le témoin secret qu’elle avait eu au Temple, après \ingt ans de malheurs et d’exil, il est bien cruel de s’expatrier encore! Je n’ai pourtant jamais cessé de faire des vœux pour la France, j’en fais toujours moi, car je suis Française ; mais vous , vous n’étes plus Français, retirez-vous ! »

Des murmures éclatèrent, des menaces retentirent, des injures s’y mêlaient. Les soldats, hors d’eux-mêmes, brandissaient leurs armes et juraient de faire feu sur la garde’ nationale. La princesse, ne pouvant les toucher, avait voulu les punir, elle y avait réussi; sa parole, aiguë comme la pointe d’une épée, était enfin arrivée jusqu’à ces cœurs qui s’étaient promis de rester impassibles. Les murmures grossissaient de moment en moment, la colère s’exaltait, le péril devenait imminent, et le général Decaen suppliait h» princesse de s’éloigner pendant

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