BORDEAUX I>1 20 MARS AU 3 AVRIL
avait encore sous son drapeau les troupes de la onzième division militaire, était en outre vivement appuyée par les sympathies des populations. Cependant le général Clnusel continuait à s’avancer avec une pleine continuée, qui était de nature à alarmer le gouvernement royaliste encore établi à Bordeaux. Cette confiance était justifiée. Qu’avait-il besoin d’amener avec lui des troupes ? Il devait trouver à Blaye, à Bordeaux même celles dont il aurait besoin. Sans doute la population était contraire à Bonaparte, sympathique aux Bourbons 5 mais la question n’était plus là ; il s’agissait de savoir si la population voulait et pouvait faire prévaloir par les armes son opinion sans la troupe, malgré ellè et contre elle. Dans cette circonstance critique, on avait cherché à prendre les mesures propres à arrêter la marche du général Clausel. Il avait à passer le cours de la Dordogne et celui de la Garonne. Les forces qu’il avait ralliées en marchant étaient peu nombreuses, il n’avait que trois cents hommes environ. Mais on hésitait à faire sortir la garde nationale contre lui, dans la crainte que le départ de la garde nationale ne devint le signal d'une révolte ouverte dans la garnison. Au fond, les troupes de Bordeaux, au lieu de défendre la cause royale, tenaient en échec ses défenseurs. Il y avait eu , il est vrai, un banquet en plein air auquel la garde nationale et l’armée avaient assisté , et de chaleureux toasts avaient été portés au devoir et à la fidélité par le général Decaen , et contre la trahison , par le général Douadieu, qui arrivait de Tours, où il n’avait pu maintenir ses troupes dans le devoir. Des acclamations les avaient accueillis. Mais comment distinguer, dans une réunion si nombreuse, de quelles bouches elles partaient? Le bruit fait par les approbations pouvait avoir couvert le silence de l’indifférence ou les murmures de la défection. Gomment, en outre, fonder une espérance sur de vaines clameurs excitées par la chaleur d'un banquet, provoquées parles manifestations populaires? Ne fallait-il pas tenir compte aussi de
HETOr II DE 1.’|LE D'ELBE.
l'hypocrisie des adversaires les plus décidés, cpii, craignant que le silence ne les dénonçât, acclamaient plus haut que leurs camarades la cause qu’ils étaient résolus à trahir?
Cependant on se hasarda à faire sortir de Bordeaux cinq cents volontaires. Ils allèrent occuper, avec quelques pièces de canon, sur la Dordogne et sur la Garonne, les points sur lesquels il était le plus facile de passer ces deux rivières : Gubzac Saint-André sur la rive droite de la Dordogne , le bourg situé de l'autre côté sur la rive gauche, à six lieues nord-est de Bordeaux. La réserve de ce petit corps prit position à Gai bon-le- Blanc, à deux lieues nord-est de celte ville, sur la rive droite de la Garonne. 11 y eut un premier engagement à Gubzac, dans lequel le général Glausel eut l’avantage et lit quelques prisonniers. Les volontaires royaux se replièrent alors sur la rive gauche. Le pont volant de la Dordogne, malgré les ordres donnés, caron n’est jamais pressé d’obéir aux gouvernements qui tombent, n’avait pas été ramené sur la rive gauche, mais il fut mis hors de service. 11 y eut à cette occasion un nouvel engagement. Les soldats et les volontaires royaux se rencontrèrent sur le pont volant, où le drapeau tricolore avait été arboré. 11 y eut plusieurs hommes mis hors de combat, mais le pavillon tricolore planté sur le pont volant fut abattu et l’avantage resta aux volontaires royaux, qui demeurèrent maîtres de la rive gauche. Le lendemain, la garnison de la citadelle de Blave, à laquelle le général Glausel avait envoyé un de ses aides de camp, entrait en pleine révolte et arborait le drapeau tricolore. Cette défection était un précédent pour la garnison de Bordeaux , un échec grave et la menace d’uue ruine définitive pour la cause royale. Néanmoins les volontaires de la garde nationale de Bordeaux demeuraient maîtres de la rive gauche de la Dordogne. Le général Clausel, qui s’était établi sur la rive droite, dans la petite ville de Saint-André de Gubzac, demanda qu’on lui envoyât un officier auquel il remet-