EMBARQUEMENT DE MADAME
la triste scène des adieux. Le capitaine du Wanderer, qui attendait la duchesse d’Angoulême dans sa chaloupe, insistait sur la nécessité de ne pas mettre de retard h l’embarquement. Les Français qui l’avaient suivie l’arrêtèrent quelques moments avec leurs démonstrations : ils ne pouvaient se résoudre à la quitter. Elle monta enfin dans la chaloupe, et ils se portèrent en même temps dans des embarcations pour l’accompagner, malgré le mauvais temps, vers le sloop qui l’attendait. Au moment de mettre le pied sur l’échelle, Marie-Thérèse, profondément émue de ces derniers témoignages d’affection qui s’adressaient à sa personne et non à sa fortune alors désespérée, se retourna vivement , et arracha au milieu des cris et des gémissements le panache blanc et les rubans dont se composait sa coiffure, elle les jeta à ces Français fidèles comme un souvenir d’adieu, comme une promesse de retour : « Adieu ! adieu encore! leur cria-t-elle. Rapportez-moi ces souvenirs dans des temps meilleurs. Je vous reconnaîtrai tous. » Le sloop mit alors à la voile, et commença à s’éloigner. 11 y avait un an vingt-deux jours que, dans le même mois d’avril, la fille de Louis XVI débarquait à Calais au milieu des acclamations d’un peuple enivré du bonheur de la revoir.
Le 2 avril au soir, le Wanderer jetait l’ancre au bas de la rivière de la Gironde. Le mauvais temps, qui avait commencé dans la soirée du i" avril, continua pendant toute la semaine, et le Wanderer , qui avait pris la mer, courait des bordées en vue de la côte d’Espagne, sans pouvoir en approcher. Pendant cette longue tempête, il éprouva des avaries, et ne parvint à entrer dans le port du Passage que le samedi 8 avril. A peine débarquée, Madame reçut une lettre du roi Ferdinand, qui lui offrait un asile; mais les détails que lui donnèrent les généraux espagnols sur l’état de leur armée et sur son impuissance à se mettre en mouvement, lui ayant ôté l’espoir qui l’avait amenée en Espagne, celui de venir en aide, avec une force
RETOUR DE I.’ll.K d'EI.BE.
ils
espagnole, aux opérations militaires du duc d’Agoulême, elle se rembarqua le 1 1 avril pour se rendre en Angleterre, et, contrariée par la direction du vent et les circonstances de la mer, elle n’arriva à Plymouth que le 19 avril.
Le comte de Lynch, excepté de l’armistice, le général Donnadieu et le duc et la duchesse de Lévis, embarqués sur un autre bâtiment, l’y avaient précédée. M. Lainé était resté en France, et, avant de quitter bordeaux, il avait fait publier la protestation suivante, datée du 28 mars.
« Au nom «le lu nation française et comme président de la Chambre de ses représentants, je déclare protester contre tous les décrets par lesquels l'op; resseur de la France prétend prononcer la dissolution des Chambres. En conséquence, je déclare que tous les propriétaires sont dispensés de payer des contributions aux agents de Napoléon Bonaparïe, et que toutes les familles devront se garder de fournir par voie de conscription ou de recrutement quelconque des hommes pour sa force armée. Puisqu’on attente d’une manière aussi outrageante aux droits et à la liberté des Français, il est de leurdcvoirdc maintenir individuellement leurs droits. Depuis longtemps dégagés de tout serment envers Napoléon Bonaparte et liés par leurs vœux et leurs serments à la patrie et au Boi, ils se couvriraient d'opprobre aux yeux des nations et de la postérité s'ils n'usaient pas des moyens qui sont au pouvoir des individus. Chaque histoire, en consacrant une reconnaissance éternelle pour les hommes qui, dans tous les pays libres , ont refusé tout secours à la tyrannie, couvre de son mépris les citoyens qui oublient assez leur dignité d’homme pour se soumettre à ses méprisahlesagcnts. C’est dans la persuasion que les Français sont assez convaincus de leurs droits pour m'imposer un devoir sacré, que je fais publier la présente proclamation , qui , au nom îles honorables collègues que je préside et de la France qu’ils représentent, sera déposée dans des archives à l'abri des atteintes du tyran, pour y avoir recours au besoin.
« Comme le duc d’Otrante, se disant ministre de la police , m’outrage assez pour me faire savoir que je puis rester en sûreté à Bordeaux et vaquer aux travaux de ma profession, je déclare que si son maître et ses agents ne me respectent pas assez pour me faire mourir pour mon pays , je les méprise trop pour recevoir leurs outrageants avis. Qu’ils sachent qu’uprès avoir lu, le 20 mars, dans la salle des séances, la proclamation du Boi, au moment où les soldats de Bonaparte*enlraient dans Pari?, je