PROTESTATION DE M. I.AINÉ
suis tenu dans le pays qui m'a député, que j'v suis à mon poste sous les ordres de madame la duchesse d'Angoulôme, occupé à conserver l'honneur cl la liberté d'une partie de la France, en attendant que le reste soit délivré de la plus honteuse tyrannie qui ait jamais menacé un grand peuple. Non, je ne serai jamais soumis à Napoléon Itonaparle, et celui qui a été honoré de la qualité de chef des représentants de la France aspire à l'honneur d’être la prepiièrc victime de l’ennemi du Hoi , de la patrie et de la liberté, s'il était réduit (ce qui n'arrivera pas) à l'impuissance de les défendre. » •
Cette protestation, empreinte de la passion ardente du temps, ne pouvait rien empêcher, elle n’empêcha rien. Le cours irrésistible des événements emportait tout , et le 2 avril , au moment où la duchesse d’Angoulême s’embarquait à Pauillac, le général Clausel entrait à Bordeaux. La démonstration du 28 mars n'en était pas moins un de ces actes de courage individuel que M. Lainé demandait en en donnant l’exemple. Cet homme intrépide demeura quelque temps dans les environs de Bordeaux sans se cacher, puis il quitta la France.
La chute de la cause royale à Bordeaux détermina, par un contre-coup facile à prévoir, sa chute à Toidouse. La duchesse d’Angoulême, avant de quitter la France, avait envoyé M. Berthier de Sauvigny à M. de Yitrolles, pour l’adjurer de tenir aussi longtemps que possible, afin de seconder et de couvrir M. le duc d’Angoulême. Mais M. de Yitrolles était déjà aux abois. Le cercle se rétrécissait autour de lui. Les nouvelles de Paris , des départements du centre et de ceux de l’Ouest , «m le gouvernement impérial était reconnu, arrivant successivement, refroidissaient le zèle et épouvantaient le courage des fonctionnaires. Ils craignaient pour leur place, pour leur fortune , quelques-uns pour leur vie. L’influence irrésistible de Paris, et l'habitude invétérée de se soumettre à tout ce qui s’y établit, frappaient d’impuissance les efforts de M. de Yitrolles. Il en était déjà réduit à ces moyens extrêmes et arbitraires qui prolongent à peine de quelques heures la vie factice.