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des gouvernements destinés à périr. 11 cachait à ses administrés la véritable situation des choses, et pour cela il faisait arrêter les malles-poste et emprisonner les courriers, de peur cju'ils ne parlassent, et supprimait les correspondances dans la crainte qu’elles n’éclairassent les populations sur l’état réel du reste de la France. Ou commençait à murmurer contre ces moyens violents et vexatoires, dont les intérêts particuliers et les rapports de famille souffraient, et les royalistes eux-mêmes, avides d’apprendre ce qu’on leur cachait, fût-ce la ruine de leur cause, se plaignaient d’être conduits un bandeau sur les yeux. 11 y eut à Montauban un commencement d’émeute populaire, et l’on entendait retentir ce cri : « A bas le dictateur de Toulouse! » M. de Yitrolles ne rencontrait pas dans les hommes les mieux posés du pays un concours décidé pour soutenir l’aventureuse gageure qu’il poursuivait comme une de ces affaires d’honneur que l’on conduit jusqu’au bout, quel qu’en puisse être le dénoùment. D’après l’avis de M. de Saint-Aulaire , il voulut voir M. de Villèle, encore inconnu à Paris, mais déjà l’homme le plus influent de son département, dont il présidait le conseil général. Ces deux hommes si différents sortirent de cette conférence assez peu contents l’un de l’autre. M. de Yitrolles, esprit ardent aux aventures, qui cherchait à dominer les circonstances par l’audace, et qui aimait la difficulté parce qu’elle mettait les ressources de son caractère eu relief, trouva M. de Villèle froid et circonspect. M. de Villèle, esprit pratique et prudent , qui se plaçait toujours au point de vue des choses possibles, trouva M. de Yitrolles téméraire, et, jugeant dès lors qu’il s’engageait dans une entreprise sans issue, il ne lui parla que de la difficulté qu’éprouvaient les étrangers à réussir dans le département, et repartit pour sa terre de Morville.
Si la persistance passionnée de M. de Yitrolles avait son côté généreux, l’appréciation de M. de Villèle était raisonnable; les événements ne tardèrent pas à le prouver. M. de Yitrolles lui—
TOULOUSE : VAINS EEEOHTS DE M. DE V1TROLLES. 5il
même , à mesure qu’ils se succédèrent , sentit le terrain de la résistance se dérober sous ses pieds. La nouvelle du départ du Roi, obligé de quitter Lille et de se réfugier en Belgique, diminua ses espérances. 11 avait cherché à conserver l’illusion que le Roi était encore sur le territoire français, afin d’avoir le droit de la répandre au moyen de son Moniteur. Le démenti donné à l’espoir qu’il avait conçu et accrédité affaiblit sa confiance et son crédit. 11 ne songeait plus à envoyer au duc d’Angoulême les compagnies de volontaires qui s'organisaient d’ailleurs lentement; il fallait désormais les garder pour la défense de Toulouse. Les points les plus voisins de celui où il avait essayé d’établir le centre d’un gouvernement royaliste commençaient à se détacher de lui. Le préfet d’Albi fit, d'accord avec les autorités militaires, un mouvement qui rangea cette ville sous le gouvernement de l’Empereur. M. deVitrolles comprit que si cet exemple voisin demeurait impuni, il deviendrait bientôt contagieux pour Toulouse. Il résolut donc d’envoyer un corps expéditionnaire de volontaires royaux pour rétablir l’autorité royale à Albi. Il se préparait à faire saisir et enlever le général et le préfet , afin de les envoyer devant une des commissions militaires qu’il avait instituées pour juger prévôtalement les crimes politiques, seul moyen, dans ces circonstances extrêmes , dans des temps de violence et dans des localités passionnées, d'empêcher les populations ardentes du Midi de se faire justice de leurs propres mains.
Ce fut au milieu de cette crise qu’il reçut la nouvelle du départ de madame la duchesse d’Angouléme et de l’entrée du général Clausel à Bordeaux. Cette nouvelle donna le coup de grâce à son autorité. Le préfet du département, M. de Saint- Aulaire, qui, ainsi que M. de Malaret, maire de la ville, lui avait prêté jusque-là un concours froid , mais loyal , lui remontra que si les gardes nationaux ne s’étaient pas battus à Paris pour le Roi , à Bordeaux pour Madame , à plus forte
RETOUR DE L’iLE d’ELBE.
raison ne se battraient-ils pas à Toulouse pour soutenir M. de Vitrolles. Le commissaire du Roi s’était lui-même convaincu de l’exactitude du raisonnement en interrogeant les chefs de la garde nationale sur ses dispositions , et ceux-ci lui avaient unanimement répondu que leurs hommes étaient dévoués, qu’ils combattraient s’ils étaient soutenus par d’autres forces, mais que, dans le cas contraire, ils se borneraient à maintenir l'ordre.
A partir de ce moment, M. de Vitrolles ne s’occupa plus que d’une chose, c’était de tomber avec dignité. M. de Saint- Aulaire s’était entremis pour amener une transaction entre le commissaire du Roi et le général Delaborde, qui avait reçu par le général Chartran, nouvellement arrivé de Paris et clandestinement entré à Toulouse, les instructions de 1 Empereur; mais on ne put parvenir à s’entendre. M. de Vitrolles attendit donc les événements. Mais tout concourait à précipiter sa chute.
Le duc d’Angoulême venait de renvoyer à Toulouse un régiment d’artillerie dont les dispositions lui étaients suspectes, et M . de Vitrolles, craignant à son tour la présence de ce régiment, avait fait ordonner par M. le maréchal de Pérignon an général Delaborde de l’éparpiller, par petits détachements, à Narbonne . et dans les environs de cette ville. Le général envoya au contraire des officiers au-devant du régiment pour hâter sa marche vers Toulouse. Il voulait se procurer de l’artillerie pour imposer à la population, dont la grande majorité était royaliste. Dans la nuit du 3 au 4 avril, les hôtels qu'occupaient M. de Vitrolles, le maréchal Pérignon , et M. de Damas-Crux, chef des volontaires royaux, furent cernés par la troupe, et ces trois personnages arrêtés. C'était, comme à Paris et à Bordeaux, un coup de main militaire exécuté contre l’opinion des populations. Le traitement réservé à chacun de ces trois prisonniers devait être très-différent. Le maréchal de Pérignon fut libre, dès le lendemain, de retourner dans sa terre ; M. de Damas-Crux dut seule-
LE DL'C.d’aNGOILÈME A MMES.
mont sortir de la ville ; mais M. de Vitrolles, arrêté par le général Dclaborde en personne, fut retenu captif dans une caserne de la ville, jusqu’à ce que l’Empereur eût disposé de son sort. On craignait l’activité et l’esprit entreprenant de cet homme do parti. Menacé d’abord d’être fusillé puis conduit à Vincennes, il devait passer toute la durée du secondEmpire dans des prison' d État, où la sollicitude de sa famille et de ses nombreux amis, dont les inquiétudes étaient justement éveillées, s’employa à le faire oublier. Ce coup de main s’exécuta sans obstacle, mais la population y était évidemment contraire, et M. de Saint- Aulaire, qui avait donné sa démission, reprocha, saus hésiter, au général Delaborde d’avoir pris des mesures violentes qui amèneraient inévitablement de sanglantes réactions. La ville se trouvait en effet placée sous le joug d’une minorité turbulente, appuyée par la force armée et les officiers à demisolde; et l’émotion des esprits était si vive, que M. de Saint- Aulaire crut devoir, quelques jours après, adresser à la population une proclamation, bien qu’il eût résigné ses fonctions préfectorales. 11 cherchait à la convaincre que les Botirbous étaient pour toujours descendus du troue, afin de lui ôter toute idée de résistance, 'en lui enlevant tout espoir de succès; démarche qui n’était ni dans le droit d’un ancien fonctionnaire royal, ni dans ses devoirs, et qui compromettait sa situation dans l’avenir.
Bordeaux, Toulouse, étaient retombés sous le régime impérial; au commencement d’avril, il ne restait plus qu’un drapeau blanc levé en France, celui du duc d’Angoidême. Le duc d’Angoulêrae, en quittant Bordeaux, s’était porté à Mont-
I . « 31. Ici dur de Vieence, qui était présent quand cet ordre lut donné , lit observer que les Bourbons avaient régné prés d’un an sans verser une goutte de sang , et que le premier qu’on ferait couler sans légalité, sans nécessité, serait reproché au pouvoir comme un acte de violence odieux. • (Mémoires inédits de M. de Vitrolles.)
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pellicr, puis à Mmes, où il avait établi son quartier général. Il avait formé avec discernement son état-major. Il était diflicile qu’il échappât entièrement à l’erreur commune qui avait déterminé tous les chefs militaires à chercher leur principal appui dans les forces régulières. Cependant la petite armée dont il disposait contenait, à côté de l’élément militaire, l’élément fourni par l’enthousiasme populaire du Midi. Marseille avait à lui seul levé cinq cents volontaires royaux; Mmes, Montpellier, Béziers, Montauban avaient envoyé les leurs. L'effectif des forces sous les ordres du duc d’Angoulème se montait environ à treize mille hommes. Le plan conçu par le prince était un plan d’offensive. Son armée devait se concentrer au l’ont- Saiut-Esprit, petite ville située sur la rive droite du Rhône, et là se partager en trois corps. Le premier, opérant sous les ordres directs du prince, devait se diriger sur Valence, et, par Valence, sur Lyon, en continuant à suivre la rive gauche du Ilhùne, et en traversant successivement deux cours d’eau, la Drôme et l’Isère, qui viennent se jeter dans ce lleuve. Il devait être flanqué sur sa gauche par le corps aux ordres du général Rev, dont la mission était de le protéger de ce côté contre les attaques de flanc en longeant la rive droite du Rhône. Un autre corps marchant plus avant encore sur la gauche, sous les ordres du général Compans , devait s’acheminer à travers le Cantal, la Haute-Loire et la Loire, et donner la main, s'il y avait lieu , à la prise d’armes de l’t tuest . Pendant ce temps, une colonne devait se réunir à Sisteron, sous les ordres du général Eruouf, de là remonter vers Grenoble, et, Grenoble une fois occupé, marcher sur Lyon, qui était le point objectif de toutes les opérations.
Dans ce moment de rapides changements de scène, les plans vieillissaient vite. Celui du duc d’Angoulème était, on le voit, d’occuper derrière Bonaparte toutes les villes et tous les départements que l’Empereur avait traversés, de manière à le prendre
MARCHE Dl DUC d’aNGOULÈVE SUIt VALENCE.
eu queue, tandis que les forces envoyées de Paris l'attaqueraient de front, et que les populations de l’Ouest l’inquiéteraient sur son flanc droit. Mais toutes les conditions étaient changées, quand, le 27 mars, le prince put commencer son mouvement. Le Roi avait quitté Paris depuis sept jours et avait passé la frontière; la prise d’armes de l’Ouest était manquée ou au moins avait été suspendue; Napoléon était maître de Paris et delà plus grande partie de la France. Enfin le général Compatis, qui devait prendre le commandement du corps destiné à agir sur l’extrême gauche, était allé rejoindre l’Empereur. Le duc d’Angoulème n’en donna pas moins l’ordre au général Ernouf de marcher sur Grenoble» et se dirigea lui-même vers Valence.
Le corps d’armée du général Ernouf, parti de Sis teron le 27 mars, ne s’avança pas beaucoup au delà de Gap. Dès que le, 08e et le 83’ de ligne, seules forces régulières dont il se composât, furent en contact avec les forces bonapartistes, ils passèrent au drapeau tricolore avec le général Gardanne qui les commandait. Trois mille volontaires marseillais, conduits par le général Loverdo, voulurent combattre malgré cette défection; mais, attaqués par les troupes venues de Grenoble avec du canon et les gardes nationaux de l’Isère, ils 11e purent tenir devant des forces supérieures, et furent dispersés après un engagement assez vif qui leur coûta cent cinquante hommes mis hors de combat. Les généraux Ernouf et Loverdo, demeurés fidèles, se retirèrent à Marseille.
Le duc d’Àngoulême avait commencé au même moment son mouvement vers Pont-Saint-Esprit en remontant la rive gauche du Rhône. Ses forces, qui s’élevaient à quatre mille hommes environ, se composaient du 10" de ligne commandé par le comte d’Àmbrugeac, du 1" régiment étranger formé {Kir Napoléon dos débris de l’armée de Condé rentrés en France, c’est-à-dire de soldats allemands ou belges commandés
||i»t. de la Ri itiur, II. |
HKTOlll DE L’iLE D’ELBE.
par dos officiers émigrés, et qui ue comptait sons le drapeau qu’un petit bataillon, enfin de volontaires spontanément levés dans les départements du (lard, de l’Hérault et de Vaucluse, et formant un corps d'environ quinze cents hommes. Les régiments de ligne qui se trouvaient dans le Midi ne cachaient pa.leur disposition à passer au drapeau tricolore. Mais le royalétranger et le 10” de ligne faisaient exception. Ce dernier corps , guidé par son colonel, le comte d’Ambrugeac, annonçait hautement sa résolution de combattre pour la cause du Roi. Venu de Perpignan, et accueilli sur sa route avec enthousiasme par les populations royalistes du Roussillon et du bas Languedoc, ce régiment arrivait le 28 mars à Nîmes où il fut acclamé et fêlé par le peuple de cette ville, si ardente dans ses iiffections comme dans ses inimitiés. L’esprit de la population agissant sur celui de la troupe, le duc d’Angoulcme se hâta de diriger ce jour même son avant-garde sur Montélimart. Il en avait confié le commandement au colonel vicomte Des Cars, son aide de camp ; elle était composée de huit petits bataillons de volontaires de l'Hérault, du (îard et de Vaucluse, montant ensemble à quinze cents hommes; de quatre compagnies du royal-étranger , commandées par le colonel de Moutferré ; de quarante volontaires royaux à cheval, commandés par le marquis de Moutculm; d’un escadron du 14e régiment de chasseurs et de quatre pièces d’artillerie légère. L’avant-garde était le 28 mars à Donzèrcs, et le 29, le colonel Des Cars, laissant à Donzères le commandant d'IIautpoul avec quatre cents hommes et deux pièces de canon, occupait sans violence Montélimart. Il s’établit militairement en avant de cette ville, et ayant appris que le général Rebelle, qui commandait pour Bonaparte les départements de la Drôme et de l’Isère, marchait contre lui avec le 39*’ de ligue et une assez nombreuse réunion de gardes nationaux, il envoya au commandant d’IIautpoul l’ordre de le rejoindre au plus tôt. Le lendemain 30 mars, au
engagement devant montéi.im art. 237
point du jour, cet ordre était exécuté, lorsque le marquis de Montcalm, envoyé en reconnaissance sur la route de Valence, annonça, vers sept heures du matin, qu'il avait rencontré sur la grande route le corps du général Debellç, formant une longue colonne qu’il évaluait à deux ou trois mille hommes de toutes armes. Ce corps marchait sur Montélimart , il n’en était plus qu’à une lieue. Vers neuf heures, un officier d’étatmajor sc présenta en parlementaire aux avant-postes, et le colonel Des Cars s’y rendit aussitôt. L’officier était porteur d’une lettre du général Debelle qui engageait la petite armée royale a reconnaître l’Empereur pour arrêter la guerre civile. A cette lettre étaient joints les bulletins et les proclamations de Napoléon depuis son débarquement. Le colonel Des Gus répondit que la responsabilité de la guerre civile retomberait sur ceux qui l’avaient provoquée, et invita l’officier d’étatraajor à se retirer au plus vite. Peu de temps après, l’attaque commença. Les tirailleurs du général Debelle furent chaudement reçus par les tirailleurs royaux. Une colonne d’attaque lancée sur le centre du colonel Des Gare fut accueillie par le leu bien nourri de deux compagnies du royal-étranger; quelques coups de canon arrêtèrent cette colonne, et plusieurs obus éclatant au milieu des gardes nationaux de l’Isère et de la Drôme jetèrent le 'désordre dans leurs rangs. Le général Debelle, renonçant dès lors à l'espoir d’entamer les troupes royales, donna 1 ordre de la retraite, que le colonel Des Cars ne put inquiéter que faiblement, faute de cavalerie. En effet, vers le milieu de l’action, l’escadron du 14* chasseurs, qui au lieu d être sur les ailes avait été mis en réserve k l'entrée de la ville, parce que ses dispositions étaient suspectes, abandonna son poste à l’instigation de deux officiers, traversa au galop la ville de Montélimart derrière la ligne de l'armée royale, et rejoignit le général Debelle dans la nuit suivante. N’ayant plus que les quarante cavaliers du marquis dè Montcalm, le vicomte
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Des Cars dut attendre le duc d’Angoulème qui émit au Pont- Saint-Esprit.
Le 1" avril, le duc d’Angoulêmc était à Montélimart. Jl \ isita l’avant-garde dans ses bivouacs, décerna des éloges à ceux qui avaient bien mérité, dist ribua des décorations et des grades et nomma le colonel Des Cars maréchal de camp. Le J O1' régiment de ligne étant arrivé ce jour-là même de Pont-Saint- Esprit , et montrant les meilleures dispositions , le prince mit en mouvement son petit corps d’armée, le 2 avril, à la pointe du jour, dans la direction de Valence. Le maréchal de camp Des Cars prit les devants avec son avant-garde suivie du \ 0* de ligne. Le général Debelle avait reçu des renforts. 11 se trouvait en position à trois lieues de Montélimart avec le 39e de ligne, une colonne de gardes nationaux de la Drôme et de l'Isère, deux pièces de canon servies parle 4e régiment d’artillerie à cheval, de la gendarmerie, le dépôt du V hussards et un certain nombre de jeunes gens du pays. A l’approche de l’avant-garde . de l’armée royale, le général Debelle se retira sur la rive droite d< la Drôme, couvert par une forte arrière-garde qui cédait le terrain en tiraillant. A onze heures du matin, l’avant-garde royale arrivait sur la Drôme, après avoir occupé le bourg de Loriol, à un kilomètre sud de la Drôme, et elle put apercevoir les forces impérialistes occupant le bourg de Livron, situé sur le penchant méridional d’une colline que la Drôme côtoie, et défendant le pont de cette rivière avec deux pièces de canon, soutenues par un bataillon d'infanterie. Le pont de la Drôme est large, bien construit et remarquable par deux rangées d’arbres qui, formant allée, l’abritent dans toute sa longueur. Le due d’Angoulème, qui s’était arrêté auprès de Loriol pour donner aux soldats le temps de faire la soupe, vint eu personne reconnaître le pont. Jugeant qu’on pouvait y éprouver une vive résistance, il envoya le colonel Montferré avec son bataillon du royal-étranger et un bataillon de volontaires royaux passer la
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Drôme à un gué situé à deux kilomètres au-dessus de Livron, pour menacer de tourner la gauche de l’ennemi, pendant que le 10* de ligne et le reste des volontaires royaux tenteraient d'enlever le pont de vive force. Un de ces hasards de guerre qui souvent remplacent ou déconcertent les combinaisons termina l'affaire d'une manière différente, plus rapide et inattendue.
Pendant les deux heures de repos que le prince donnait aux troupes pour laisser au colonel Mont-ferré le temps de passer la Dr Ame et d’arriver sur le point où il devait agir, trois compagnies d’élite du 10* de ligue viurent fortilier l’avant-garde affaiblie par cette diversion; c'étaient deux compagnies de grenadiers commandées par les capitaines Dupuy et Mouton, et une compagnie de voltigeurs commandée par le capitaine Isnard. Les deux premières furent placées derrière un moulin touchant au pont sur la 'rive gauche de la Drôme, et attenant à la culée. Les voltigeurs avaient engagé quelques-uns de leurs hommes sur le pont -, et comme les arbres étaient déjà assez gros pour servir d’abri, ils s’avancaient d’arbre en arbre sans courir île grands risques et se rapprochaient ainsi insensiblement de la rive droite. Le capitaine Isnard les faisait appuyer successivement par d’autres voltigeurs tirés de la réserve , et peu à peu les plus avancés se trouvèrent à portée d’échanger des paroles avec les troupes opposées qui les invitaient à venir fraterniser avec elles. Le capitaine Isnard, s’apercevant qu’il avait laissé ses soldats aller trop loin, s’avança lui-même sur le pont pour les rappeler et mettre un terme à des communications qui pouvaient devenir dangereuses.
Dans' ce moment le vicomte Des Cars, qui venait de prendre les ordres du duc d’Angoulème, arrivant à l’extrémité opposée du pont, aperçut et entendit les voltigeurs qui, de l’autre côté, parlaient à très-haute voix d'une manière animée avec les artilleurs impériaux et les soldats du •W. Il jugea la circon-
IŒTOIR DK l'iLE d'eI.BK.
stance critique, et appelant les capitaines ltupuy et Mouton, il leur dit : « Vos camarades les voltigeurs sont trahis sur la rive opposée; formez promptement vos sections sur lé pont et allons les délivrer. » Cet ordre fut rapidement exécuté. Quatre sections se formèrent à demi distance sur le pont, les tambours battirent la charge, et les grenadiers du 10e, sous la conduite du maréchal de camp Des Cars, marchèrent au pas accéléré. A mesure qu’ils avançaient, ils entendaient les officiers impériaux leur crier : « Venez, camarades, réunissezvous à nous et crions : Vive C Empereur ! » Au milieu de ce tumulte, on démêlait la voix du capitaine Isnard, qui, prisonnier des impériaux, criait à ses soldats : «Voltigeurs, vengeonsnous de ces traîtres. » La colonne du vicomte Des Cars arriva rapidement de l’autre côté du pont. La résolution avec laquelle elle engagea l’aflaire consterna les impériaux. Ils firent peu de résistance. Les deux pièces de canon furent prises. Les voltigeurs, dont plusieurs étaient déjà entourés et désarmés, reprirent l’offensive. Quelques artilleurs furent tués sur leurs pièces. Le colonel Noël , leur chef, fut grièvement blessé. Le corps entier du général Debelle, déconcerté par la promptitude et par la vigueur de cette attaque, fut mis en déroute, et l’avantgarde royale poursuivit les impériaux la baïonnette dans les reins à travers la grande rue de Livron. Cependant le général Debelle réussit à rallier les fuyards à la sortie du village, et l’avant-garde royale dut attendre des renforts pour continuer la poursuite.
Le colonel d’Ambrugeac, qui était au repos avec son régiment à un kilomètre du pont, entendit battre la charge et avertit le duc d’Angoulême qu’il se passait quelque chose d’extraordinaire. Le prince mit immédiatement sa colonne en marche, arriva au pont qu’il trouva évacué et y rencontra un officier envoyé pour le prévenir de ce qui venait d’arriver. Le pont fut traversé au pas accéléré. La colonne
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réunie reprit l’offensive sous le commandement du duc d’Angouléme, qui fit son devoir en brave soldat, et les troupes impériales en désordre se mirent en retraite. Plusieurs charges furent exécutées sur cette masse désorganisée, tant par les volontaires à cheval de M. de Moutcalm, auxquels se joignirent plusieurs officiers d’état-major, que par un détachement de vingt-cinq chasseurs du M”, qui servait d’escorte à M. le duc d’Angoulême, et qui demeurèrent fidèles jusqu’au dernier moment. Dans ces charges, les royaux ramassèrent plusieurs centaines de prisonniers. Le commandant de Laborde y fut grièvement blessé, et le vicomte Des Pars y eut un cheval tué sous lui : il se releva promptement, protégé par le comte de Montcalm, officier des gardes du corps, et par le comte Gaston de Lévis, son aide de camp. Si le duc d’Angouléme avait eu assez de cavalerie pour couper la retraite aux impériaux, il ne se serait pas échappé un seul homme de ce corps d’armée. La poursuite dura jusqu’à la nuit et ne s’arrêta qu’à deux lieues de Valence. Ce bit là que le détachement du comte de Montferré, qui avait été fort retardé par la difficulté des chemins, rejoignit les bivouacs de l’armée royale '.
Le 3 avril, le duc d’Angouléme occupa Valence évacuée par le général Debelle, qui s’était replié derrière l’Isère, en emmenant avec lui les bacs qui servaient au passage. Le pont le plus rapproché du point où se trouvait la petite armée royale était celui de Romans. Le vicomte Des Cars y fut envoyé avec son avant-garde , et réussit à s’en emparer au moment où l’on allait y mettre le feu. Le duc d’Angoidérae se trouvait maître
I . Nous sommes cntn’s dans quelques détails sur relie allai re du pont de la Drftme parce qu'il était resté de l’obscurité sur ce fait historique. Ou fil mémo une euquêle pendant les Cent-Jours sur la conduite du 10', accusé d’avoir agi par traldson. La relation qu’on vient de lire , cl qui a élé écrite avec les notes qu'a bleu voulu nous communiquer M. Des Cars (aujourd'hui duc Des Cars), présente celle affaire dans son vérilnble jour. Du reste, l'enquête de 1815 se termina par un hommage rendu à la loyauté militaire du 10'.
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du passage de l'Isère par la possession de ce pont, qui lui était essentielle pour continuer sa marche vers Lyon.
Ainsi le prince, parti du (lard, avait traversé l'Ardèche et la Drôme en poussant devant lui les impériaux. 11 avait eu de brillants engagements. II avait fait battre la troupe de ligne sous le drapeau blanc contre le drapeau tricolore. Il était maître de la route de Lyon, et il venait d'être rejoint à Valence par trois escadrons du 14*' chasseurs. Ce début était satisfaisant; mais il fallait, pour que le duc d’Angoulême pût continuer mis» nnablement son mouvement offensif, que la colonne d’expédition qui s’était dirigée de Sisteron sur Grenoble fût arrivée à la hauteur de cette ville. 11 attendit le 4 avril de ses nouvelles, et reçut avis, dans la nuit du 4 au S, de la défection des troupes de ligne du corps du général Kruouf et de la dispersion des volontaires marseillais. Dès lors, son succès était entraîné dans la déroute générale de la cause royaliste. Son liane droit n’était plus protégé, et déjà le 58e et le 83p de ligne, venus de Grenoble, descendaient le cours de l'Isère pour le menacer, tandis que des levées de gardes nationales faites à Lyon et dans le Rhône, Saône-et-Loire et le Jura, et marchant avec cet entrain qu’excite le succès, s’avançaient, sous les ordres du général Groucby, pour l'attaquer de front. L’avant-garde de cette armée parut dès le ;i avril sur les bords de l’Isère, et commença à tirailler avec les troupes royales. La marche sur Lyon devenait impraticable, et les nouvelles tpii arrivaient de tous côtés ne tardèrent pas à convaincre le prince que le séjour à Valence, où il avait d'abord concentré ses troupes après avoir détruit le pont qui unit à Romans les deux rives de l’Isère, n’était pas moins impossible. Gcs nouvelles étaient désastreuses. Outre la défection des troupes de ligne du général Ernouf et la dispersion de toute sa colonne, le prince apprit, le 6 avril au matin, par les dépêches du général qu’il avait laissé avec quelques troupes à