‹ Histoire de la RestaurationChapitre 116 sur 325 · Mémoires de la Fayette , tome V, page · texte numérisé non relu

Mémoires de la Fayette , tome V, page

2. Il a lui-même raconté à sa manière la conversation qu'il eut avec l'Empereur, ou plutôt il a reproduit ainsi les paroles que ce dernier lui adressa .

* La nation s’est reposée douze ans de toute agitation politique, et depuis une année , elle se repose de la guerre. Ce double repos lui a rendu un besoin d’activité. Elle veut ou croit vouloir une tribune et des assemblées. Elle ne les a pas toujours voulues. Elle s’est jetée à mes pieds quand je suis arrivé ail gouvernement. Vous «levez vous en souvenir, vous qui essayâtes de l’opposilion. Où élait votre appui, votre force? Nulle part. J'ai pris moins d’autorité qu’on ne m’aulorisatl à en prendre. Aujourd’hui tout est changé. Un gouvernement faible, contraire aux intérêts nationaux, a donné à ces intérêts l’habitude d’être en défense cl de chicaner «l’autorité, I a: goiK des constitutions, des débats, des chartes leur est revenu. •

léon avait résumé et terminé la conversation par ces mots qui, d’après le récit du publiciste, déterminèrent son adhésion « Voyez ce qui vous semble possible; apportez-moi vos idées. Des discussions publiques, des élections libres, des ministres responsables, la liberté de la presse, je veux tout cela, la liberté de la presse surtout; l’étouffer est absurde; je suis convaincu sur cet article. Je suis l’homme du peuple ; si le peuple veut la liberté, je la lui dois. J’ai reconnu sa souveraineté; il faut que je prête l’oreille à ses volontés, même à ses caprices. Je n’ai jamais voulu l’opprimer pour mon plaisir. J’avais de grands desseins, le sort en a décidé. Je ne suis plus un conquérant; je ne puis plus l’être. Je sais ce qui est possible et ce qui ne l’est pas. Je n’ai plus qu’une mission, relever la France et lui donner un gouvernement qui lui convienne. Je ne hais pas la liberté. Je l’ai écartée lorsqu’elle obstruait ma route ; mais

je la comprends; j’ai été nourri dans ses pensées Aussi

bien l’ouvrage de quinze années est détruit, il ne peut se recommencer ; il faudrait vingt ans et deux millions d’hommes

à sacrifier D’ailleurs je désire la paix, et je ne l’obtiendrai

qu’à force de victoires. Je ne veux pas vous donner de fausses espérances, je laisse dire qu’il y a des négociations; il n’y en a point. Je prévois une lutte difficile, une guerre longue. Pour la soutenir il faut que la nation m’appuie; mais, en récompense, je le crois, elle exigera de la liberté; elle en aura

La situation est neuve. Je ne demande pas mieux que d’être éclairé. Je vieillis. On n'est plus à quarante-cinq ans ce qu’on était à trente. Le repos d’un roi constitutionnel peut me convenir. 11 conviendra plus sûrement encore à mon fils. »

Après avoir abordé ainsi lui-même Benjamin Constant, Napoléon fit faire, un peu plus tard, le 19 avril, une démarche auprès du général La Fayette par son frère Joseph Bonaparte, qui avait eu avec l’ancien commandanten chef de la garde nationale des relations d’amitié. La Fayette était moins facile àcon-

Page 1