‹ Histoire de la RestaurationChapitre 124 sur 325 · I.ES CENT-JOIHS · texte numérisé non relu

I.ES CENT-JOIHS

son secours. Ils avaient regardé comme une calomnie l’imputation d’avoir trempé dans le retour de l’ile d’Elbe, à tel point que la Quotidienne leur ayant reproché ce tort, ils l’actionnèrent devant les tribunaux comme les ayant diffamés. La cause était pendante devant les juges quand arriva le 20 mars, et, avec cette inflexibilité honorable et candide qui, dans nos temps de révolution et de changement à vue, fait naître le sourire sans diminuer l’estime, ces deux esprits tout d’une pièce exigeaient la réparation à laquelle ils avaient droit, sans comprendre que les juges qui allaient rendre, le 21 mars, Injustice au nom de l’Empereur, hésitassent à déclarer le 19 que c’était une diffamation que d’avoir accusé à tort deux écrivains de complicité dans son retour. Ils persistèrent même après le 20 mars dans cette prétention. Ce seul trait suffit à les peindre avec ce culte des idées qui était leur grandeur, et cette ignorance ou ce mépris des faits qui était leur côté défectueux.

Us devenaient dans la presse un grand embarras pour le gouvernement impérial. Comme ils n’avaient d’attache avec aucun parti, on ne pouvait les atteindre sous prétexte de royalisme, et comme ils avaient toujours revendiqué les principes constitutionnels et libéraux sous les auspices desquels on était obligé de se placer, ils trouvaient dans la situation une force avec laquelle on était obligé de compter, et dans les hommes mêmes du parti constitutionnel que le gouvernement avait appelés pour lui servir de caution devant l’opinion, un concours forcé. Fouché, disposé à prendre le niveau des coeurs à la hauteur du sien, et encouragé peut-être par la facilité avec laquelle on avait séduit Benjamin Constant, les manda devant lui et leur proposa d’abord la direction du Moniteur , puis une place à leur choix dans l’administration ou la magistrature. En même temps, avec cet art des insinuations et des réticences dans lequel il excellait, il leur faisait sentir, à travers les phrases les plus caressantes, la pointe d’une menace.

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Fouché s’était mépris. Les deux publicistes déclinèrent toutes les propositions et demandèrent à continuer leur œuvre. Le cinquième cahier du Censeur devait paraître le 6 avril , dirent les deux stoïques, et ils n’avaient pas un moment à perdre pour donner la dernière main à la correction de leurs épreuves.

Ce jour-là même, on saisit l’édition tout entière, et les deux publicistes furent invités à se rendre dans le cabinet du préfet de police, le comte Réal, puis envoyés par lui, après beaucoup d’exclamations sur sa douleur et sur sa surprise , chez le ministre de la police, avec lequel il les supplia de transiger. Comte et Dunoycr répondaient à cela : « Si nous nous sommes trompés, qu’on nous réfute; si nous sommes coupables, qu’on nous juge. » Après un long débat, ils consentirent à subir quelques suppressions, mais à la condition expresse qu’ils seraient autorisés à faire connaître au public le fait de la saisie et des retranchements exigés d’eux. Ce n’était point là l’affaire du gouvernement impérial, qui ne voulait pas être accusé devant l'opinion d’avoir exercé la censure après l’avoir supprimée. L’arrangement tomba donc, et la saisie fut maintenue. Alors les deux publicistes s’adressèrent aux partisans de l’Empereur, qui s’étaient rendus auprès d’eux les cautions du libéralisme de leur maître. Ceux-ci, au nombre desquels était Labédoyère, comprirent la responsabilité morale qu’ils encouraient, et s’entremirent avec tant d’ardeur, qu’ils firent révoquer la saisie. Le gouvernement impérial pensa sans doute, et avec raison, que la situation étant donnée, il y avait encore moins d’inconvénients pour lui à laisser paraître le Censeur, sauf à ajouter quelques idées de plus aux idées qui gênaient sa route, qu’à mécontenter profondément, en suspendant ce recueil, le parti constitutionnel dont on avait besoin.

L’article qui avait excité les susceptibilités du gouverne-

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