CARACTÈRE ANORMAL DE CETTE EPOQUE
cependant plus analogue aux circonstances... Il nous semble que l’ordre du sabre aurait ce double avantage. » Puis, on lisait quelques lignes plus loin : « Un rédacteur du Mercure s’occupe d’un ouvrage qui, vu les circonstances, ne peut manquer de faire une grande sensation. Il a pour titre : De l'influence de la moustache sur le raisonnement et de la nécessité du salre dans l’administration. »
On aurait une très-fausse idée de cette époque si l'on concluait de ces hardiesses de paroles risquées d'un côté, subies de l’autre, que la France jouissait alors d’une liberté complète et réglée. Il y avait certaines choses qu’on pouvait dire parce qu’elles étaient dans le courant général d’une opinion que le gouvernement avait intérêt à ménager. Il y avait certaines personnes qui pouvaient dire des vérités hardies, parce qu elles tenaient au parti constitutionnel dont le gouvernement ne croyait pas pouvoir se passer. Mais ce n’était point là un droit commun, c’était un privilège de position. Dans cette époque pleine de constrastes et mêlée de despotisme et d’anarchie , où les extrêmes se touchaient, il y avait, à côté de décrets et d’actes profondément arbitraires, une liberté, presque une licence soufferte plutôt qu’autorisée , et qui résultait de la force de la situation et de la faiblesse du gouvernement.
Fouché, dans une conversation qu’il eut avec M. de La Valette, expliquait assez bien cette situation : « Demain, disait-il, je pourrais faire pendre devant ma porte vingt personnes que l’opinion réprouve, et je ne pourrais faire mettre en prisou pendant vingt-quatre heures une personne que l’opinion favo- . rise '. » Mais Fouché ne disait pas devant M. de La Valette ce qu’il ajoutait d’obstacles par ses intrigues aux difficultés déjà si grandes qui entouraient l’Empereur. 11 s’ouvrait plus facilement quand il se trouvait en tète à tête soit avec un adversaire
I. Mémoire. » île Lu Valent. lome II, 184. Hiet. de te RreUur. II.
lus CF.vr-Jorns.
du gouvernement impérial, soit avec un indifférent ou avec un politique. Cet oiseleur de police mettait alors une forfanterie cynique à laisser apercevoir les mailles du filet dans lequel il enveloppait sa grande proie. « Cet homme-ci est revenu plus fou qu’il n’était parti, » disait— il dans une de ces conversations rapportées par un contemporain, et quiüontient la substance de toutes. « 11 s’agite beaucoup, mais il n’en a pas pour trois mois. C’est un calcul d’arithmétique morale ; il a choisi pour son expédition le moment le plus malencontreux. Toute l’Europe est toujours en armes; il n’y avait pas un soldat licencié, et les rois et les ministres siégeaient encore en séance de congrès. On a changé le mot d’ordre, on a refait les feuilles de route, et il y a maintenant sept cent cinquante mille hommes qui sont de premier enjeu en marche pour la France, outre la Vendée que j’ai priée d’attendre en lui disant que ce ne serait pas long. Cet homme fera comme il l’entend et de son mieux : il recevra l’ennemi à la frontière, ou bien il ira le chercher en Belgique, dans nos faubourgs. Il peut gagner une ou deux batailles, finalement il ne peut pas vaincre, il uura, outre les défections, les retards, les défauts de zcle qui ne manquent jamais quand le maître faiblit, quatre ou cinq armées sur le dos, et il éprouvera que le Dieu des armées est toujours pour les gros bataillons quand ils ne sont pus trop follement menés. En attendant, nous le surveillons uationulement. Fendant qu'il fouille les arsenaux appauvris, qu’il bat le rappel, on lui prépare une chambre de représentants où il . v aura de tout. Je ne lui épargnerai pas même Barrère et Cnmbon, ni, comme vous le pensez bien, La Fayette. Cela forme le caractère. Le temps des exclusions est passé, et aujourd’hui de pareils hommes sont une garantie pour nous autres hommes avancés de lu première révolution '. »
l. tju Cent-Joun, par M. Villsuiain. M. Duvergler «la llaurarme , achetant