SITUATION INEXTRICABLE DE L’EMPEIIELR
Ainsi parlait Fouché avec ce bon sens cynique, puissant et trivial qui jetait à pleines mains la lumière sur la situation. On voit ici à l’œil nu les périls et les misères morales de Napoléon, obligé d’accepter, comme moyens, des hommes qui étaient pour lui des embarras et des difficultés, quand ils n’étaient pas des obstacles, et enlacé dans des liens qu'il ne pouvait ni délier ni rompre. Cependant on ne saurait plaindre ce puissant génie qui se débattait ainsi contre l’impossible. Il rencontrait ce qu’il était venu chercher de si loin. 11 était clair, quand il quitta l’île d’Elbe, que s’il arrivait à Paris, il y subirait les servitudes qui l’y attendaient : Fouché, Carnot, La Fayette, le parti constitutionnel, le parti révolutionnaire étaient, comme la guerre, dans la fatalité de sa situation, et cette situation, il l’avait acceptée. Il discutait avec Benjamin Constant, auquel il avait adjoint plusieurs ministres et plusieurs conseillers d’Etat, entre autres M. Simonde de Sismondi, le projet de la nouvelle constitution qu’il avait été obligé de promettre à la France. Benjamin Constant, avec cet optimisme qui était dans son rôle, affectait dans le salon de M. Suard, ouvert aux quatre vents de l’opinion, de se montrer content de son redoutable écolier en libéralisme et en constitutionnalité. Il répétait que peut-être l’Empereur n’avait été despote que par accident, et qu’il fallait s’en prendre au Sénat, au Corps législatif et au conseil d’Etat, qui avaient gâté son bon naturel par leurs Batteries. Maintenant qu’il uppelait auprès de lui des hommes en état de lui faire comprendre les vrais principes, il montrait pour le gouvernement représentatif, sinon un goût très-vif, au moins une résignation exem-
dc lever le voile dans son lliiloire purlemenlnire , révèle le nom de l'interlocuteur ou plutôt de l'auditeur de Fouché dans cette circonstance; c'était le baron Pasquicr, qui, préfet de police en 1811, refusait d'accepter des Tondions sou» le second Empire. Les tttmoircs de M. le due Pasquicr, dont M. Villeuiain a eu connaissance, confirment, dit-on, pleinement celte anecdote.