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plaire Au ton dont ces choses étaient dites par ce sceptique, il était difficile de deviner si le rédacteur de l’acte additionnel se moquait de lui -même, de son élève impérial ou de ses auditeurs. Benjamin Constant ajoutait, pour se mettre en mesure avec les événements, qu’il ne voudrait pas garantir que ces excellents principes constitutionnels tiendraient contre une grande bataille gagnée.
Il y avait eu des points sur lesquels l’Empereur avait cédé sans combat; l’acte additionnel contenait à peu près les mêmes institutions que la Charte, en y ajoutant même quelques satisfactions de plus données aux idées qui avaient dicté;, en 1814, le projet de constitution du Sénat : le pouvoir des assemblées; le vote des impôts, des levées d’hommes et des lois par les deux Chambres ; la Chambre des représentants réélue en entier tous les cinq ans, au lieu d’être renouvelée par cinquième ; la liberté de la tribune et de la presse ; la liberté des c ultes, avec la suppression de l’article qui conférait au cathoh- .cisme le titre de religion de l’État; la responsabilité des ministres, l’inviolabilité des juridictions, les délits de la presse déférés sans exception au jury, l’interprétation des lois rendue au pouvoir législatif. Mais l’acte constitutionnel avait tranché la question des collèges électoraux que la Charte avait laissée sans solution, et il l'avait tranchée de telle manière, que la Chambre élue, qui devait être la garantie de tout le reste, n’offrait ellemême aucune garantie. Les collèges électoraux à vie de l’an X, qui présentaient naguère les candidats au Sénat, et que M. Dunuyer avait attaqués avec tant de raison comme l’expression arbitraire et toute bureaucratique du choix des préfets, étaient maintenus, avec cette seule modification que les assemblées de canton devaient être appelées à remplir les vides que la
I. I'.#i conversations sont rapportées dans les l'eut -Jours , par M. Viilcmain, qui, hubiliié du salon de M. Suard, les entendit Iui-u>éine.
DISCUSSION DE l’aCTK ADDITIONNEL.
mort faisait dans leurs rangs, et que les colleges de département et d’arrondissement nommaient les députés. L’F.mpcreur n’avait pas fléchi sur ce point. Il avait opposé une assez vive résistance sur la question de l’hérédité de la pairie, et les arguments qu’il avait donnés étaient demeurés sans réponse plausihle. Les éléments d’une aristocratie , avait-il dit, n’existaient pas en France; cinq ou six noms historiques ne suffisaient pas à créer une aristocratie; sans souvenirs, sans éclat historique, sans grandes propriétés, sur quoi sa pairie héréditaire ferait-elle souche ? « Celle d’Angleterre est tout autre chose, continuait-il; elle est au-dessus du peuple ; mais elle n’a pas été contre le peuple. Ce sont les nobles qui ont donné la liberté à l’ Angleterre. La grande Charte vient d’eux ; ils ont grandi et ne font qu’un avec elle. Mais d’ici à trente ans, mes champignons de pairs ne seront que des soldats ou des chambellans; l’on ne verra en eux qu’un camp ou une antichambre 1 . » Ces raisons étaient fortes, mais ce n'étaient pas des arguments que l’Empereur avait ii combattre, c’étaient des vanités et des intérêts; il céda, pour ne pas se les aliéner.
Comme un habile général d’année, il abandonnait les positions qu’il n’espérait pas pouvoir garder, pour couvrir celles qu’il voulait conserver à tout prix. 11 y en avait d’assez importantes à ses yeux pour qu’il fût décidé à les défendre envers et contre tous. Quand on en vint à discuter l’article sur l’abolition de la confiscation , que Benjamin Constant avait emprunté à la Charte pour le transférer dans l’acte additionnel , tous les membres de la commission , ministres ou conseillers d’Etat, furent unanimes à l’appuyer. Cette unanimité n’ébranla point la résolution de Napoléon, elle l’irrita. « On me pousse, s’écria-t-il, dans une route qui n’est pas la mienne : on m’affaiblit, on m’enchaîne. La France me cherche et ne me trouve
I . Iliitoire parlementaire, par M. Duverglerde Hauranne, tome II , page 198.
LES CENT-JOtnS.
plus. L’opinion do la France était excellente; elle est exécrable. La France se demande ce qu’est devenu le vieux bras de l’Empereur, ce bras dont elle a besoin pour dompter l’Europe. Que me parle-t-on de bonté, de justice abstraite, de lois naturelles. La première loi, c’est la nécessité; la première justice, c’est le salut public. »
Le comité de la constitution n’était pas convaincu, mais il resta atterré sous cette parole passionnée, impérieuse, absolue. L’Empereur reparaissait tel qu’il était avant 1814, ne supportant pas l’objection, dictant des ordres et voulant être obéi. Le silence se refaisait autour de lui. Benjamin Constant, encore terrifié de cette allocution, disait peu de jours après à M. Beugnot, en la lui racontant : « La voix de l’Empereur était altérée, sa main se contractait et s’étendait par des mouvements convulsifs, et il me semblait voir la patte du lion qui aiguisait ses griffes. Personne ne fut de son avis, mais tout le monde se tut et l’article fut rayé. » En sortant de l’Élysée, Benjamin Constant se rendit chez le général La Fayette, et, sans doute pour se mettre en mesure avec les éventualités de l’avenir, il lui donna un avertissement officieux : « Je vois l'Empereur revenir par moments à d’anciennes habitudes qui m’affligent , lui dit-il; survoillez-le, et si jamais il vous paraît marcher au despolisme, ne croyez plus ce que je vous dirai dans la suite; ne me confiez rien, agissez sans moi et contre moi-même S » C’est ainsi que Benjamin Constant dénonçait l’Empereur aux soupçons déjà fort éveillés du général La Fayette, en excitant celui-ci à une résistance dont il lui laissait fi la fois l’honneur et le péril .
Quand il fut question de savoir par quelle autorité la Constitution serait acceptée, l’Empereur désigna les anciens collèges électoraux de l’Empire. « Une assemblée constituante n’était