CONCESSIONS ET RÉSERVES DE L'ACTE ADDITIONNEL
le gage qu’on lui demandait, tout impuissante que fût cette garantie contre la mobilité de l’opinion et l'omnipotence des événements, ou peut-être parce qu’elle était impuissante. L’acte additionnel se termina donc par cet article qui proscrivait en bloc le retour de la maison de Bourbon et de la féodalité, calomnie politique doublée d’une calomnie historique, car la féodalité n’était plus, depuis longtemps, qu’un souvenir, et c’était la maison de Bourbon qui , par la main de Henri IV, de Louis XIII aidé de Richelieu et par celle de Louis XIV, en avait effacé les derniers vestiges. Mais il s’agissait peu dans l’acte additionnel de faire de la justice ou de l’histoire.
Les réserves que Napoléon avait maintenues dans la discussion de cet acte sont remarquables. Il avait cédé sur les idées, et il avait proclamé en principe toutes les libertés ; mais, dans la pratique, il avait gardé plusieurs positions très-fortes qui pouvaient, après une bataille gagnée, lui rendre tout le reste. Il avait défendu opiniâtrement les communications entre le premier Empire et le second , de manière , comme le disaient Fouché, Carnot et Caulaincourt lui-même, à remonter au pouvoir absolu qui était dans toutes les constitutions et tous les sénatus-consultes de 1804 à 1814. La Constitution impériale de 1 8 1 3 n’étant qu’une annexe pouvait être modifiée dans le sens du système auquel elle venait s’ajouter. 11 avait refusé de soumettre cet acte à une assemblée constituante, et il avait gardé pour juge de l’acte additionnel, comme pour générateur des assemblées délibérantes, le corps électoral viager et bureaucratique du premier Empire, auquel il pouvait tout demander, sûr d’être obéi s’il était heureux sur le champ de bataille. Il conservait l’anne redoutable de la confiscation dont il tenait la pointe au corps de ses adversaires. Enfin il niait la souveraineté du peuple en la proclamant, puisqu’il lui refusait la faculté de rappeler la maison de Bourbon.
L’opinion publique ne s’y trompa pas. Quand le 24 avril 1815
LES CENT-JOlinS.
le Bulletin des lois publia l’acte additionnel, suivi du décret qui réunissait le corps électoral en Champ de Mai, afin de voter solennellement les soixante-sept articles ajoutés aux constitutions de l’Empire, et qui annonçait l’ouverture des registres destinés à recevoir les votes individuels , la surprise et le mécontentement furent universels. Un témoin peu suspect, Thibaudeau, a dit 1 : « L’effet fut prompt comme la foudre ; à l’enthousiasme des patriotes succéda incontinent un froid glacial; ils tombèrent dans le découragement, ne prévirent que malheurs et s’y résignèrent. » Un Anglais, présent alors à Paris, et qui, en sa qualité d’étranger, était un spectateur impartial du mouvement des idées et des faits, M. Hobhouse, d’ailleurs favorable à Napoléon, rend le même témoignage : « Je ne mè rappelle pas, dit-il , avoir vu dans l’opinion un changement pareil à celui qui eut lieu à Paris, lorsque parut l'acte additionnel. » Le parti constitutionnel et le parti révolutionnaire se montrèrent également déçus dans leur attente, également mécontents. Les royalistes profitèrent des armes qu’on leur donnait , et reproduisirent contre l’acte additionnel les reproches qu’on avait naguère élevés contre la Charte de Louis XY1IJ . Les bonapartistes demeurèrent déconcertés par L’unanimité de cette réprobation. Le général La Fayette, à peu près seul, témoigna à Joseph Bonaparte , qui lui demanda son opinion sur l’acte additionnel, sa satisfaction relative à ce sujet. « Je lui dis que cet acte était apprécié fort au-dessous de sa valeur réelle, écrit-il dans ses Mémoires*, non que je n’eusse des objections à lui faire. J’exprimai entre autres mes sentiments sur le dernier article, qui était une insulte au droit de la nation de se choisir des chefs; je demandai pourquoi la confiscation n’était pas abolie. Je lui dis que les préventions