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L'EMPEREUR CONTRAINT DE CONVOQUER UNE ASSEMBLÉE

naire et le parti constitutionnel, au point que les ministres menaçaient de donner leur démission si l'Empereur ne cédait pas ; que les hommes les plus dévoués , comme Régnault, tenaient le même langage, et que Joseph Bonaparte, son frère, s’était mis à la tête de la ligue qui réclamait cette mesure avec une insistance toujours croissante, à titre de nécessaire.

La nécessité, c’était là le mot qui tranchait la question. Nécessité périlleuse sans doute, car l’unité de la direction morale et politique allait se trouver scindée. Appeler une Chambre dans l’état où se trouvaient les esprits et en face des éventualités du lendemain, c’était un commencement d’abdication. Mais toute périlleuse que fût celte nécessité, elle n’en était pas moins impérieuse, et puisque Napoléon devait être contraint de l’accepter, il eût été politique de mieux cacher sa répugnance et de moins prolonger sa résistance, qui était tout le prix de son sacrifice, et excitait contre lui des défiances nuisibles. On sait peu de gré, en effet, aux gouvernements des concessions qu’on leur arrache. Napoléon céda donc, et Benjamin Constant put écrire à La Fayette, à la date du 1" mai !8fS. le billet suivant: « Enfin, le décret ordonnant la réunion des députés a passé. Voilà donc, dans trois semaines, la nation maîtresse de faire marcher la Constitution. Ce sera certes sa faute si elle n’eu profite pas , car il n’y en a jamais eu de plus libérale. Je suppose que vous allez, mon cher général , vous faire élire, et je regarde votre élection comme un grand pas vers notre ordre constitutionnel. Si, quand vous et tout ce qui vous intéresse avant moi sera nommé, il reste une place, je la réclame parce que je serais bien content d’être votre collègue. Je m'en remets à votre amitié et à votre connaissance de moi pour cela, s’il y a possibilité. J’aurai moins de moyens que je n’en aurais eu si la présidence des collèges électoraux eût été conservée aux nominations de l’Empereur. Mais je suis . charmé qu’on ait rendu ce droit de plus au peuple. Ce n’est

LES CENT-JOURS

pus que je sois sans inquiétude. Si les Chambres sont trèsdivisées, si le Midi nous envoie beaucoup de royalistes, et il nous en enverra, je crains bien des orages. Mais au moins nous aurons fait notre devoir. Adieu, mon cher général, il me semble avoir un poids de moins sur le coeur depuis que je vois l’époque des élections. Oh ! si j’étais sûr que nous donnerons à l’Europe un grand et imposant spectacle! Écrivez-moi si vous êtes satisfait. »

Benjamin Constant avait raison de douter que l’Assemblée qui allait être convoquée donnât à l’Europe un noble spectacle. Ce sont les grands sentiments qui font les grandes assemblées comme les grands hommes, et, dans ce conflit de calculs contradictoires et de prétentions rivales, dans cette lutte entre deux arrière-pensées : celle de l’Empereur qui attendait la victoire pour secouer le joug des partis et rentrer dans la plénitude de sa puissance, et celle des partis qui attendaient le concours des événements pour achever de dominer l’Empereur, la véritable grandeur manquait partout.

Le général La Fayette ne tarda pas à répondre à Benjamin Constant pour se féliciter avec lui de la victoire qui venait d’être remportée sur Napoléon : « Oui, je suis content, lui répondit-il, et j’aime à vous le dire. La convocation immédiate d’une assemblée de représentants me paraît, comme à vous. Tunique moyen de salut. On y joint la nomination des présidents par les collèges, des officiers municipaux par les communes. Ceux qui ne veulent que le bien et la liberté de notre pays doivent convenir que cette direction est sur la ligne droite. J’aurai beaucoup plus de plaisir à m’en mêler que je n’en aurais eu il y a deux jours. »

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POLITIQUE EXTÉRIEURE ESSAIS DE TRANSACTION AVEC L'EtKOPE. — RÉSOLUTIONS DES PU I SS A VERS.

Les difficultés de la situation intérieure seule n’auraient pas déterminé Napoléon à cette grave concession. La situation du dehors , que nous avons laissée un moment à l’écart, pour ne pas troubler l’unité du récit et ne point interrompre l’exposition des difficultés intérieures et de la politique avec laquelle Napoléon essaya de les conjurer, pesa d’un poids plus lourd encore sur sa répugnance et le força à plier. Avant même d’arriver à Paris, et à peine entré dans les murs de Lyon, l’Empereur, comptant dès lors sur le succès de son entreprise, .et prévoyant que le grand obstacle viendrait du dehors, essaya de préparer l’Europe au second Empire. Sou frère Joseph, alors retiré à Zurich, fut chargé défaire connaître officieusement aux ministres d’Autriche et de Russie près la Diète, que Napoléon s’avançait vers Paris avec la ferme résolution d’adhérer au traité du 31 mai et d’accepter la France réduite à ses frontières de 1792. Aussitôt arrivé à Paris, l’Empereur profita de ce que les ambassadeurs d’Autriche et de Russie n’avaient pu quitter cette ville, faute de passe-ports, et chargea M. de Caulaincourt de leur exprimer ses intentions pacifiques.

Sous l’influence de la déclaration du 13 mars, qui mettait Napoléon hors des relations sociales, les deux ministres étrangers ne voulurent voirM. de Caulaincourt ni au ministère des affaires étrangères, ni dans leurs hôtels, mais ils consentirent à se rencontrer avec lui en maison tierce. Le baron Vincent reçut les communications de M. de Caulaincourt sans observation, et promit de les porter à la connaissance de sa cour à titre de

LES CF.NT-JOLKS

renseignement ; seulement il laissa entrevoir, dans le courant de la conversation, que l’Autriche, opposée d’une manière absolue au renouvellement du règne de Napoléon, n’exclurait peut-être pas d’une manière aussi positive celui de son fils. Ces paroles murmurées à l’oreille de M. de Caulaincourt étaient-elles une promesse ? Ne devenaient-elles pas plutftt un leurre en autorisant les alentours de l’Empereur, dans une circonstance donnée, à le pousser à une abdication qui, en sacrifiant sa cause, paraîtrait sauvegarder les intérêts des personnages influents de l'Empire ?

Auprès de M. Houdiakeen, ambassadeur de Russie, M. de Caulaincourt était chargé de faire valoir un argument puissant. Dans le désordre et le trouble d’un départ précipité, plusieurs papiers secrets et précieux avaient été oubliés sur la table du Roi, entre autres l’exemplaire authentique du traité de triple alliance signé entre l'Angleterre, l’Autriche et la France, traité défensif qui, dans un cas prévu, pouvait devenir offensif contre la Russie. M. Houdiakeen laissa paraître une vive émotion à l’aspect de cette preuve authentique d’un fait soupçonné par la Russie ; il reçut une copie certifiée de la convention du 3 janvier 1815, et promit de la remettre à son maître. Le lendemain il partit, ainsi que le baron Vincent. Les deux diplomates avaient hâte de s’éloigner d’un gouvernement frappé d’une excommunication européenne et dont le contact leur paraissait en quelque sorte contagieux.

Napoléon suivait au dehors, vis-à-vis des puissances étrangères, la même politique qu’il suivait à l’intérieur à l’égard du parti révolutionnaire et du parti constitutionnel : c’était une politique d’atermoiement, de transaction et de concession. Il parlait de paix au dehors, de liberté au dedans, c’était pour lui une double nécessité ; il avait besoin que la France crût qu’il allait garantir, d’une manière plus sûre, la liberté politique, et que son retour ne compromettait pas une paix deve-

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