‹ Histoire de la RestaurationChapitre 138 sur 325 · I.F.S CENT-JOURS · texte numérisé non relu

I.F.S CENT-JOURS

La suite de la délibération du conseil d’État était un appel au droit, étrangement placé dans la bouche d’un chef militaire (jui avait tranché toutes les questions par la force. On y rappelait que, « d’après les lois des nations, le prince le moins fort par l’étendue et la population de ses États jouit, quant à son caractère politique et civil, du droit du monarque le plus puissant; » l’on y oubliait comment l’Empereur, aux jours de sa toute-puissance, déclarait que les Bourbons de Naples avaient cessé de régner, détrônait les Bourbons d’Espagne ep leur tendant le guet-apens de Bayonne, annexait par un décret les États du pape à son Empire et retenait Ferdinand à Valençav, Pie Vil lui-même captif à Fontainebleau. Puis venait un parallèle entre les Bourbons qui, le 9 mars, avaient mis Bonaparte hors la loi, et Bonaparte qui avait laissé les Bourbons sortir du territoire, sans rien entreprendre contre leur personne ; parallèle maladroit, qui éveillait dans toutes les mémoires le tragique souvenir du duc d’Enghien, non pas mis verbalement hors la loi, mais réellement mis à mort.

Le fond de l’argumentation du conseil d’État reposait sur cette allégation que ce n’était pas Napoléon, mais l’Europe, qui avait violé les conditions du traité de Fontainebleau. On avait séparé violemment de l’Empereur, l’Impératrice et son fils ; Napoléon savait déjà à quoi s’en tenir sur cette prétendue violence faite à l’Impératrice. Puis venait une longue liste de griefs jetés pêle-mêle ensemble, quelques-uns réels, d’autres supposés, l’affaire deMaubreuil, les insultes populaires auxquelles Napoléon avait été en butte à Orgon , en allant s’embarquer pour nie d’Elbe, le séquestre mis sur les biens de sa famille au mois de décembre 1814, au moment où les intrigues bonapartistes commençaient déjà à attirer les yeux du gouvernement; de prétendues tentatives d’assassinat pratiquées contre lui à l’Ue d’Elbe ; le retard du payement des sommes qui lui avaient été allouées à lui et aux siens , il est vrai , mais sans

RÉPONSE A J.A DÉCLARATION Dli 43 MARS.

qu’il fût clair par le traité que le payement de ces sommes incombât complètement à la France; les duchés de Parme et de Plaisance donnés à d’autres qu’à l'Impératrice; enfin la résolution prise parle congrès de l’enlever lui-mérae de Plie d'Elbe et de le reléguer dans une Ile plus éloignée. Puis, comme il comprenait que ces griefs personnels, vrais ou supposés, parmi lesquels ses intérêts d’argent et ceux de sa famille tenaient une si grande place, ne l’autorisaient point à commettre l’existence de la France dans une lutte inégale avec l’Europe entière , il cherchait à trouver dans une sphère plus élevée et plus générale des motifs à son retour. Louis XVIII n’avait pas respecté la souveraineté du peuple; il n’avait pas accepté la Charte du Sénat , il en avait imposé une ; il n’avait pas même gouverné conformément aux principes de cette Charte.

L’étrangeté de ces reproches, la nouveauté du spectacle que présentait Napoléon s’érigeant en défenseur de la souveraineté du peuple, de la Constitution du Sénat et de la liberté politique contre Louis XVIII, et revenant de Elle d’Elbe probablement pour que la Charte de 1 814 devint une vérité, ne fut pas ce qui frappa le plus les esprits. Ce qu’on lut par-dessus tout, ce fut la déclaration du 13 mars, par laquelle le congrès mettait Napoléon hors des lois civiles et sociales , et que le Moniteur publiait entre le rapport de Fouché et la délibération du conseil d’Etat. Rien n’infirmait la valeur de cet acte. Le retour de Napoléon , c’était la guerre. Que ce retour eût trouvé un prétexte dans l’inexactitude des puissances européennes ou du gouvernement français à exécuter plusieurs des clauses du traité de Fontainebleau, ou qu’au contraire le gouvernement français et les puissances eussent pu se croire autorisés à suspendre l’exécution du traité par les menées du parti bonapartiste, le résultat pratique était le même : la guerre universelle, inévitable, imminente, inégale, de tous les peuples contre la France. Au point de vue moral, on pouvait reeher-

LES CENT-JOl'RS.

cher si, alors môme que les clauses du traité de Fontainebleau eussent été inobservées , il était licite de troubler la paix du monde et de compromettre la sécurité et l’existence de la France dans l’intérét d’un seul homme; et si d’ailleurs cet homme n’eût pas dû, préalablement, adresser ses réclamations à l’Europe réunie au congrès de Vienne et au gouvernement français, avant de prendre une résolution grosse de désastres. Napoléon, qui se plaignait qu’on eût manqué aux conditions du traité, les avait-il observées? Avait-il quitté le trône et lu France saus esprit de retour? N’avait-il pas, au contraire, entretenu des agents et des correspondances en France, pour préparer l’exécution de ses desseins? Ses frères, la reine Ilortense restée à Paris, n’avaient-ils pas travaillé dans ce sens ? Si l’on avait songé à l’éloigner de l’ile d’Elbe , n’était-ce point parce que, de l’île d’Elbe, il menaçait Paris? 11 y avait là des vraisemblances voisines de l’évidence. Mais le public s’en occupa peu, absorbé par la question de guerre, qui dominait à ses yeux toutes les autres questions.

11 est d’une haute probabilité que Napoléon n’avait jamais eu le plus léger doute sur ce point. On a vu qu’en arrivant il avait cherché à donner le change à ses ministres en leur affirmant qu’il revenait de concert avec l’Autriche et la Russie. Carnot, caractère ferme, mais esprit naif, prit au sérieux ces assurances, et il attendait de jour en jour l’Impératrice et le roi de Rome*. Le duc de Vieence, moins crédule, parce qu’il connaissait mieux la situation de l'Europe et le caractère de Napoléon, ne crut qu’un instant à cette fable. Néanmoins, Napoléon prolongea le plus longtemps qu’il put l’illusion de la paix, et affecta de la partager pour la donner. D’abord, à Lyon, dans sa proclamation du 13 mars, il annonça l’arrivée de l’Im-

I . « Noire persuasion générale, dit Carnol, était que l’Empereur n'avait pu quitter l'tle d'Elbe qu'avec l'assentiment d'une partie des membres du congrès de Vienne, et que «oui peu de jour» nou« reverrions l'impératrice et «on fil». •

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