‹ Histoire de la RestaurationChapitre 140 sur 325 · MISSIONS CLANDESTINES · texte numérisé non relu

MISSIONS CLANDESTINES

Napoléon. 11 faut que le pouvoir soit bien cher à ceux qui l’ont exercé pour qu’ils l’achètent à ce prix ! A cette première humiliation vint s’en ajouter une seconde, non moins profonde. M. de Montrond, que l’Empereur avait jadis exilé deux fois de Paris, parce qu’il le regardait comme un des agents les plus actifs des intrigues de M. de Talleyrand, était en ce moment chargé d’une mission de Fouché pour M. de Metternich; l’F.mpereur le savait ou le soupçonnait, et, quoiqu'il se défiât autant de Fouché que de M. de Montrond, il acceptait cet ambassadeur indivis dans l’espoir que cette seconde mission faciliterait la première, et ouvrirait au négociateur le chemin de Vienne: Ce fut en effet l’ambassadeur de Fouché qui fit passer l’ambassadeur de Napoléon. Telle était l'extrémité jusqu'à' laquelle l’ancien dominateur de l’Europe était descendu!

M. de Montrond, qui, avec son esprit sceptique, était le premier à se moquer de son ambassade, aborda M. de Talleyrand en lui disant qu’il avait trouvé piquant d’étre envoyé par l’Empereur à Vienne pour y porter des nouvelles de Frauee. Puis, avec cette loyauté moqueuse de l’avocat d’une cause perdue, qui donne les arguments qu’il y a à faire valoir sans avoir l’air de compter lui-méme sur leur succès , il exposa la rapidité du succès de l’Empereur, maître incontesté de tout le territoire de France, rappela les efforts et les sacrifices qu’il faudrait faire désormais pour le renverser. Enfin, arrivant à la question personnelle , il répéta avec affectation que Bonaparte regrettait beaucoup que M. de Talleyrand ne fût pas à Paris, parce qu’il le regardait comme « l’homme qui, après tout, connaissait le mieux ce siècle et le monde , les cabinets et les peuples. » Napoléon , en effet, dans le désarroi de sa fortune, avait eu soin de placer plusieurs fois l’éloge de M. de Talieyrand dans ses conversations, pour donner cet argument à M. de Montrond. Les Mémoires d’un de ses ministres, M. Mollien , en font foi : « Parmi tous les personnages avec qui

LES CF.NT-JOCnS.

Napoléon avait ou des rapports suivis, dit-il, M. de Talleyrand était celui dont il aurait le plus désiré la présence pendant les Cent-Jours , celui dont le nom revenait le plus souvent dans ses entretiens , je dirai môme dans ses regrets. » Le prince de Talleyrand écouta quelque temps son ancien agent, qui semblait chercher à se convaincre lui-même, plutôt qu’à persuader le diplomate près duquel on l’avait envoyé ; puis, il l’arrêta tout court par ces paroles, mêlées d’indulgence pour l’ambassadeur et de sévérité pour la mission : « Mon cher Montrond, lui dit-il, prenez garde de vous tromper do porte comme Bonaparte s’est trompé d'heure. 11 n’y a ici qu’une indomptable et facile volonté d’attendre un dénoùment infaillible, qui ne tardera pus trois mois '. »

On a parlé souvent des outrages qu’essuya Napoléon dans sou trajet de Fontainebleau à l’He d’Elbe, quand il traversa la Provence. A bien peser les choses, il semble que ceux qui lui étaient réservés après son retour de l’ile d’Elbe étaient encore au-dessus. A Orgon, les injures venaient le chercher sans être arrêtées par la grandeur de son \ ictorieux passé et lu profondeur de sa chute; ici, il semblait venir de lui-même s’offrir aux dédains.

Après tant de démarches inutiles, il ne pouvait plus se faire illusion à lui-même, et il renonçait à peu près à faire illusion au public sur la possibilité de maintenir la paix. 11 résolut donc de faire au moins connaître à la France les efforts qu’il avait tentés dans ce sens. Le Moniteur publia par son ordre, dans le numéro du 13 avril 1813, la délibération par laquelle le conseil d’Etat répondait à la déclaration du 13 mars. Le numéro du lendemain contenait un long rapport du duc de Vicence, qui énumérait toutes les démarches tentées pour le maintien de la paix , publiait le texte de plusieurs dépêches

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