‹ Histoire de la RestaurationChapitre 141 sur 325 · IMMINENCE DE LA GUERRE. — MANIFESTE DE MURAT · texte numérisé non relu

IMMINENCE DE LA GUERRE. — MANIFESTE DE MURAT

envoyées pour assurer les puissances étrangères des dispositions paciiiques de Napoléon, enfin le texte de la lettre autographe qu'il avait adressée aux souverains. C’était, en même temps, le seul moyen qui lui restât de la faire parvenir sous leurs yeux , car les frontières européennes, fermées devant les courriers, restaient ouvertes au Moniteur.

Le duc de Yieence, dans ce rapport, daté du 1 i avril, ne dissimulait guère que toutes les espérances de paix étaient évanouies. « Quoique aucune notion positive, disait-il, ne constate jusqu’à ce jour, de la part des puissances étrangères, une résolution formellement arrêtée qui doive nous faire présager une guerre prochaine, les apparences autorisent suffisamment une juste inquiétude. Des symptômes alarmants se manifestent de tous côtés à la fois. La voix de Votre Majesté n’a pu encore se faire entendre. Un inconcevable système menace de prévaloir chez les puissances, celui de se disposer au combat sans admettre d’explications préliminaires avec la nation qu’elles paraissent vouloir combattre. » Le duc de Yiceuce relatait ensuite tous les efforts faits, depuis le 20 mars, pour entrer en communication avec les puissances européennes, et constatait leur inutilité. Il annonçait qu’en Autriche, en Russie, en Prusse, dans toute l’Allemagne, en Italie, partout enfin il y avait d’immenses armements. Le prince régent venait en outre de déclarer qu’il donnait des ordres pour augmenter les forces britanniques sur terre et sur mer. Enfin la guerre maritime avait recommencé sans déclaration préalable. Le duc de Yicence citait les rapports des commandants de port qui annonçaient la perte de plusieurs navires attaqués à l'improviste par les Anglais, et pris en vue de la côte.

Après cette publication, il u’y avait plus à en douter, c’était la guerre.

Le moment est venu, après avoir exposé l’état des choses en France, de reporter les regards vers l’Europe et vers le con-

LES CENT-JOimS.

grès de Vienne, où sa pensée était en ce moment centralisée. Dix jours après l’arrivée de Napoléon à Paris, il s’était produit en Italie un fait grave, qui, sans être le motif déterminant de la résolution de l’Europe, puisqu'il fut postérieur la déclaration du 13 mars et au traité du 2a, la confirma dans la voie où elle était entrée. Murat, qui en 1814 s’était séparé de la fortune de Napoléon à son déclin, et avait espéré, au milieu du mouvement de restauration de tous les trônes, fonder sa propre dynastie à Naples, avait complètement perdu cet espoir au commencement de 181 a. Avec cette mobilité d'esprit et cette faiblesse de caractère qui s’alliaient chez lui à une éclatante bravoure, il se jeta dans l’idée opposée. Il avait noué des relations avec l’ile d’Elbe, et il fut un des premiers instruits du départ de Napoléon et de son arrivée sur le sol de la France. Alors il n’hésita plus. Il était dans sa destinée de nuire presque autant à l’Empereur en 181a, en se ralliant à sa cause, qu’il lui avilit nui en 1814 en l’abandonnant. En effet, au lieu d’attermoyer et d’attendre les événements comme Napoléon allait le faire en France, il se précipita dans la guerre, tandis que l’Empereur cherchait à faire croire à ses intentions pacifiques. Dès le 31 mars, il lançait une proclamation pour appeler l’Italie à l’unité, à la liberté et à l’indépendance, et convoquait d’avance les députés de l’Italie affranchie, pour le 8 du mois de mai, dans la ville de Rome, destinée.» devenir la capitale du royaume Italique. Il était impossible que les puissances ne vissent pas dans ce décret daté de Naples un écho du décret daté de Lyon, par lequel Napoléon convoquait la France au Champ de Mai. L’accord, le concert entre Napoléon et Murat se dénonçaient ici d’eux-mémes, et la proclamation du second, qui déclarait l’indépendance et l’unité de l’Italie et avait ainsi la valeur d’une déclaration de guerre contre l’Autriche, achevait d’ôter tout crédit aux déclarations pacifiques de Napoléon, trop invraisemblables d'ailleurs pour être crues.

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