DEBATS DE PARLEMENT ANGLAIS
l’influence est toujours prépondérante, 1 sur le cabinet, de Saint- James, on tourne plutôt le principe qu’on ne le heurte de front. Le ministère anglais, pour ne point laisser à l'opposition l’argument qu’elle aurait pu tirer, dans le Parlement, du texte du traité du 25 juillet, prescrivit à lord Clancarthv, un de ses plénipotentiaires à Vienne, chargé d’échanger les ratifications du traité du 25 mars, de faire ses réserves sur l’article 8. D’après cette réserve, l'article 8, en vertu duquel Louis XVIII était invité à accéder au traité, « devait être entendu comme liant les puissances contractantes, sous des principes de sécurité mutuelle , à un commun effort contre la puissance de Napoléon Bonaparte, en exécution de l’article 3 du traité; mais il ne devait pas être entendu comme obligeant S. M. Britannique à poursuivre la guerre, dans le but d’imposer à la France aucun gouvernement particulier. Quelque sollicitude que le prince régent doive apporter au rétablissement de S. M. T.-C. sur le trône, et quelque désir qu’il ait de contribuer avec ses alliés à un événement aussi heureux, il se croit néanmoins appelé à faire cette déclaration , au moment de l'échange des ratifications, tant par considération de ce qui est dû aux intérêts de S. M. T.-C. en France, que conformément aux principes sur lesquels le gouvernement anglais a invariablement réglé sa conduite. »
Armé de cette réserve, le ministère anglais ne craignit point de paraître devant le Parlement, dès le 7 avril, avec le message du prince régent, qui annonçait « qu’en vue des événements qui menaçaient la tranquillité et l’indépendance de l’Europe, il avait donné des ordres pour l’augmentation des forces de terre et de mer de S. M. Le prince régent avait cru pareillement de son devoir de ne pas perdre de temps pour entrer en
1. Toul récemment encore, en 1 8S2, dans la lutte entre le* «leux \irince* de la tnai*on <i»î lîraganco, don iVdro i»t dou Miguel.
LES CENT-JOl RS.
communication avec les alliés de S. M., afin de former tel accord qui pût garantir efficacement la sécurité générale et permanente de l'Europe. »
Chaque gouvernement a ses servitudes : dans le gouvernement parlementaire , le contrôle légal des assemblées entrave quelquefois la rapidité d’action nécessaire dans les circonstances impérieuses et pressantes;' alors, comme il faut avant tout que les affaires soient faites à leur heure, les ministres prennent sur eux la responsabilité de l’action, sauf à demander plus tard un bill d’indemnité. C’est ce que faisait le ministère anglais dans cette grave occurrence. 11 se contentait d’indiquer comme possible la guerre déjà arrêtée, et comme en voie de négociation le traité défensif et offensif déjà signé. Ce fut sur ce terrain que lord Livcrpool se plaça devant la Chambre des pairs pour répondre à ceux qui attaquaient la politique ministérielle.
11 rappela que l'Angleterre, qui n’avait jamais reconnu Napoléon comme Empereur, n’avait qu’un lien avec lui, le traité de Fontainebleau, qui lui reconnaissait la souveraineté de l’tle d’Elbe, sous la condition expresse et absolue qu’il reuonçait pour lui et sa famille au trône de France; et ce traité, Napoléon venait de le briser, et d’après ses proclamations mêmes, il n’était pas possible de douter qu’il l’eût brisé, non pour l’inexécution de quelques-unes de ses clauses , mais par la volonté bien arrêtée de remonter sur le trône auquel il avait renoncé. La France, si elle l’avait rappelé, se trouverait complice de cette violation. Mais, tout au contraire, pour reprendre le pouvoir. Bonaparte avait agi contre toutes les autorités qui sont l'expression légale des volontés de la nation. Dans toutes les révolutions précédentes , il y avait eu au moins , sinon la réalité, au moins l’apparence d’une autorité civile et légale. Ici, tout s’était passé militairement, c’était au moyen de la force année que Bonaparte s’était emparé du pouvoir au mépris de