‹ Histoire de la RestaurationChapitre 146 sur 325 · INFLUENCE DE LA SITUATION EXTÉRIEURE SUR NAPOLEON. 3H · texte numérisé non relu

INFLUENCE DE LA SITUATION EXTÉRIEURE SUR NAPOLEON. 3H

proposition ministérielle, qui ne demandait que des préparatifs éventuels. Quelques membres de l’opposition répondirent et tirent valoir, ceux-ci les protestations pacifiques de Napoléon, ceux-là le décret d’abolition de la traite des noirs. Mais le bon sens britannique, aiguisé par la clairvoyance de la haine, ne pouvait se laisser prendre à ce leurre. Deux cent vingt voix contre trente-sept votèrent, en réponse au message, une adresse de confiance au régent. Après les paroles si vives et si péremptoires de lord Castlereagh, un pareil vote, rendu à une majorité aussi forte dans les communes, annonçait que la guerre ne rencontrerait pas plus d’obstacles au Parlement d’Angleterre que dans les conseils politiques de Vienne. Ainsi la tentative que Napoléon avait faite sur l’opinion en Angleterre échouait comme celles qu’il avait faites sur les cabinets. Dès le milieu d’avril, la guerre apparaissait donc comme inévitable, et si les puissances laissaient du temps à Napoléon, c’était pour en prendre elles-mêmes, attendu qu’avec les ressources immenses dont elles disposaient, comparées à ses ressources si réduites, le temps leur profitait plus qu’à leur adversaire.

C’est sous le coup de cette situation extérieure que l’Empereur avait consenti à faire aux constitutionnels la concession la plus considérable qu’il put leur faire, celle de la convocation d’une assemblée qu’il laisserait derrière lui en partant pour une campagne dont l’imminence commençait à frapper tous les yeux. 11 était venu en cherchant à persuader à la France que sa présence ne troublerait pas la paix et ajouterait des garanties à ses libertés. 11 ne pouvait pas, dans l’état de l’opinion, refuser les concessions qu’on réclamait au nom de la liberté, surtout au moment où il devenait clair pour tous que son retour rapportait la guerre à la France. En effet, on en aurait conclu qu’incapable de rien faire pour la paix, et résolu à ne rien faire pour la liberté, il n’avait, en quittant file d’Elbe,

LES CENT-JOLRS.

qu'un but égoïste, le rétablissement de sa puissance personnelle. 11 avait, par les publications faites au Moniteur les 13 et 1 i avril ', à peu près confessé son impuissance à conserver au pays le premier de ces deux biens que la Restauration lui avait rendus. Dans la revue de la garde nationale qu’il passa le 16 avril, et dans laquelle il lui annonça que le télégraphe de Lyon venait de lui apprendre que le drapeau tricolore flottait à Antibes et à Toulon depuis le 12 avril, il ajouta : « Cent coups do canon tirés sur toutes nos frontières apprendront à l’étranger que nos dissensions civiles sont terminées. Je dis l’étranger, parce que nous ne connaissons pas encore d’ennemis. » C’était avouer que l’on s’attendait à en connaître bientôt. Napoléon avait espéré que l’acte additionnel suffirait aux exigences du parti constitutionnel et du parti révolutionnaire, et leur ferait accepter l’imminence de la guerre, qu’il renonçait à cacher. Quand il vit l’acte additionnel soulever une réprobation presque unanime, il comprit la nécessité de faire une concession de plus. Alors il signa la convocation des collèges électoraux appelés à nommer la Chambre des représentants, et marqua la session de cette Chambre immédiatement après le Champ de Mai, qui avait lieu le f" juin, et auquel elle était invitée h assister. Il était dit dans le préambule de ce décret que, si le temps l’eût permis, l’acte additionnel eût été discuté et délibéré par les assemblées électorales des départements, que « le désir de ne pas prolonger la dictature dont les circonstances et la confiance du peuple l’avaient investi pouvait seul décider l’Empereur à abréger les formes qu’il se proposait de suivre, et que l’acte additionnel déterminant le mode de la formation de la loi, cet acte contenait dès lors en lui-même le principe de toute amélioration conforme au vœu de la nation. »

I . l.a délibération du conseil d'Élat sur la déclaration du 1 3 mars, el le rapport du duc de Yicence sur la situation extérieure.

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