‹ Histoire de la RestaurationChapitre 15 sur 325 · BRUITS ALARMANTS VENUS DE VIENNE · texte numérisé non relu

BRUITS ALARMANTS VENUS DE VIENNE

Napoléon de l'ile d’Elbe, qui lui avait été assurée par le traité de Fontainebleau. Alexandre, d’ailleurs désintéressé dans la question par l’éloignement de ses États, avait une élévation d’esprit et une chevalerie de caractère qui lui faisaient considérer avec une vive répugnance le projet d’aggraver la situation de l’Empereur déchu. 11 lui semblait que la victoire de la coalition, due surtout aux armes russes, serait moins belle si elle était moins généreuse; comme le disait Napoléon luimècne : Alexandre craignait la postérité *.

Les bruits de la proposition qui, controversée dans les convocations intimes, ne pouvait manquer d’étre bientôt produite dans les séances officielles du congrès, arrivèrent à l’ile d’Elbe par plusieurs voies à la fois. Pauline Borghèse, partie de Naples où ils étaient parvenus, les apporta à son frère. Un officier étranger, naguère au service de la France, sc trouvant à Vienne au moment où l’on agitait cette question, partit exprès pour l’ile d'Elbe, afin d’avertir Napoléon; le prince Eugène, à qui Alexandre avait confidentiellement communiqué le fait, le fit, dit-on, connaître aussi à son père adoptif. Cette nouvelle, confirmée par tant de témoignages, devait naturellement exercer une grande influence , non sur la résolution de Napoléon, elle était-déjà prise, mais sur le choix du moment où il la mettrait à exécution. Le temps pendant lequel il conserverait la liberté d'agir était limité. S’il tardait, son entreprise, facilitée par le voisinage, deviendrait impossible par l’éloignement. En même temps , les fonds que Napoléon avait apportés à l’ile d’Elbe finiraient par s’épuiser, et sa pension n’étant pas encore payée, parce qu’aucun arrangement n’avait été pris pour l’accomplissement des stipulations financières du traité du 1 i avril, il verrait venir le moment où il ne pour-

I . Parole* de Napoléon à M. Fleury de Chaboulon, lor* du voyage de celul-el A l’ile d'Elbe, en février 1814.

RETOUR DE L’iLE d’EI.BE

rait conserver le petit corps de vieux soldats qui l’avaient suivi. Il avait encore des fonds, sans doute; outre ce qu’il avait emporté à l’ile d’Elbe, La Valette lui avait fait passer récemment par le prince Eugène 800,000 francs sur une somme de 1,600,000 francs que l’Empereur lui avait laissée en dépôt1; mais il lui fallait des capitaux considérables pour tenter son expédition ; aussi, sous prétexte de payer le dernier mois de solde de ses grenadiers, il contracta un emprunt avec les banquiers de Gênes et de Livourne, et profita en même temps de cette circonstance pour en licencier un certain nombre qui, atteints de la nostalgie, allèrent porter en France à leurs compagnons d’armes les nouvelles récentes de l’Ile d’Elbe. Tout concourait à pousser Napoléon à précipiter son entreprise. Ses confidents lui faisaient savoir de Paris qu’il y avait d’autres projets en voie d’exécution : s’il ne se hâtait, il trouverait une régence napoléonienne proclamée par ceux qui voulaient l’Empire sans l’Empereur, ou une révolution faite au profit du duc d’Orléans.

Les choses en étaient là lôrsque, le 22 février 18J5, M. Fleury de Chaboulon, ancien auditeur au conseil d’État, envoyé par le duc de Bassano pour donner à Napoléon des notions précises sur la situation des esprits et l’opportunité de son retour en France, arriva à l’île d’Elbe. La conversation qu’il eut avec Napoléon acheva de fixer la résolution de celui-ci sur le moment de son départ 2. À travers les artifices de style et les calculs de l’esprit de parti qu’on retrouve à chaque ligne de la relation de ce voyage, qui avait été un acte de conspiration contre la première Restauration, et dout le récit devint encore un acte

1 . La Valette fail mention de ce! envol dan* ses Mémoires, toine II, page 121.

2. M. Fleury de Chaboulon publia des Mémoires h Londres, en 1820, sous

le pseudonyme du colonel Z tué à Waterloo. M. Fleury de Chaboulon avait

imaginé celte fiction pour ne point avoir à répondre devant la justice du pays d’un voyage fait pour provoquer le retour de l'Kmpereur.

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