‹ Histoire de la RestaurationChapitre 16 sur 325 · ÉMISSAIRE ENVOYÉ A NAPOLÉON · texte numérisé non relu

ÉMISSAIRE ENVOYÉ A NAPOLÉON

d’opposition contre la seconde, on voit percer les grandes préoccupations de Napoléon. « Que feront les Bourbons? M’attendront-ils? Que fera la garde nationale? Me combattrat-elle? Que feront les maréchaux? Quelles sont les dispositions du peuple et de l’armée? Les puissances étrangères me ferontelles immédiatement la guerre, ou accepteront-elles mon rétablissement? » Voilà les questions qui se pressent sur les lèvres de Napoléon.

A côté de ces questions, où se reflètent fidèlement les pensées de l’Empereur, viennent ses déclamations habituelles contre les traîtres qui font perdu, les trahisons qui out livré la France et Paris à l’étranger : ce n’est plus là ce que Napoléon croit, c’est ce qu’il veut faire croire 1 . 11 se présente comme trahi, pour ne pas s’avouer vaincu. Puis arrivent les récriminations contre les Bourbons a. C’est lui qui les a donnés à la France; ils gouvernent mal le pays, et c’est à lui de le délivrer de princes qui veulent rétablir l’ancien régime. Il est l’homme du peuple contre les protecteurs de la vieille noblesse. On sent ici à chaque mot le rôle que l’Empereur veut prendre et celui qu’il essaye de donner à ses adversaires. Ce n’est plus l'homme

1 . • San» l'infâme défection du duc de Raguse, les alliés étaient perdus. J'étais maître de leurs derrières, il n’en serait pas échappé un seul. Ils auraient eu aussi leur 29* bulletin. » Kl plus loin : • J'excepte du pardon général Talleyrand, Augercau et ie duc de Raguse , ce sont eux t|ui ont causé tous nos malheurs. •

2. » J’ai choisi l’iled'Klbe. Oeile position me convenait. Je pouvais veiller sur la France el sur les Bourbons. Je crovais, lorsque j'abdiquai, que le Roi gouvernerait en bon homme : c'était le seul moyen de sc faire pardonner de vous avoir été donné par les étrangers. Depuis que les Bourbons sont rentrés en France, leurs ministres n’ont fait que des sottises. Si j'avais voulu signercomme eux la ruine de la France, iis ne seraient point sur mon trône. J'aurais mieux aimé me trancher la main. »

On sait que Napoléon avait autorisé, depuis la rupture du congrès de CMtillon, le duc de Viuenee A signer toutes les conditions qu’on lui imposait, et qui étaient encore plus dures, puisqu'elles comportaient l'occupation d'une |iartie des forteresses de la France et qu'elles la renfermaient strictement dans les limites de 1192, sans les annexes du côlé de la Savoie.

ItETOt'R DE L’iLE D’ELUE.

qui ouvre son âme; c’est le politique qui calcule, et l’acteur qui pose. Mais au milieu de ce flux de paroles, destinées à séduire et à enivrer celui qui les écoute et à en faire un séide, et parmi ces mots prononcés pour être répétés, il y a quelques grandes révélations qui jaillissent. L’Empereur se lie, pour la traversée, à sa fortune. Pour arriver du rivage à Paris, il compte sur le prestige de son nom, sur l’espèce de fascination qu’il exerce sur l'imagination de la multitude, sur la rapidité de sa marche, sur l’enthousiasme de l’armée pour celui avec qui elle a vaincu *. 11 appréhende trois choses : que les Courbons se défendent, en s’appuyant sur les classes moyennes 2; que les puissances coalisées lui déclarent la guerre sans lui laisser le temps de se reconnaître ; que l’on proclame uue régence napoléonienne pour se passer de lui 5.

Avant la fin de cette conférence * il a fixé son départ pour

I . « Celle entrc|>ri.«c est grande, difficile , périlleuse, mais elle n’est point au-dessus Uc moi. I.a fortune ne m'a jamais abandonné dans les grandes occasions — E'arméo me sera toujours dévouée; nos vicloires cl nos malheurs ont établi entre nous un lieu indestructible. »

?. • t'arriverai si vite à l’aria qu'ils n'auront point le temps de savoir où donner de la télé. »

3. • C.rojei-vous que les Kourbons oseront m'attendre? Que fera la garde nationale? Croyez-vous qu'elle se battra pour eux? Et mes maréeliaux , que fteronl-ils? •

4. • Comment pensez-vous que les étrangers prendront mon retour? C'est là le grand point. — l.cs étrangers, Sire, ont été forcés de se réunir contre nous, permettez -moi de vous le dire... ( l'Empereur : Dites, dites!], pour se soustraire aux effets de votre ambition et aux abus de votre force. Aujourd'hui que I Kurope a recouvré son indépendance et que la France a cessé d'élre redoutable , les étrangers ne voudront pas probablement courir les chances d'une nouvelle guerre qui pourrai! nous rendre l'ascendant que nous avons perdu. — Tout cela est bien beau, dit l’Empereur en secouant la télé. Cependant je regarde comme certain que les rois qui m'uni fait la guerre u'onl plus la même union , les mêmes vues, les mêmes intérêts. Que feriez-vous si vous chassiez les Bourbons? Etabliriez-vous la république? — 1. a république , Sire, on n'v songe point. Peut-être élablirait-ou une régence. — (Avec véhémence et emprise. ) Une régence! et pourquoi faire? Suis-je mort? — Mais, Sire, votre absenee... — Mon absence n'y fait rien; en deux jours je serais eu Franco si la nalion me rappelait. •

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