SITUATION MILITAIRE DE NAPOLEON
où se trouvait l'Europe au moment de cette réduction. En calculant les non-valeurs ordinaires et les pertes que la dislocation du gouvernement, à l’époque du 20 mars, avait fait subir à l’armée , on pouvait l’évaluer entre cent soixante-dix et cent soixante-quinze mille hommes. Malgré les efforts de Napoléon, il ne put, dans le court espace de temps qui sépara le 20 mars du mois de juin, époque où il entra en campagne, porter le chiffre de l’armée au delà de deux cent soixante-seize mille hommes, dont cent quatre-vingt-dix-huit mille disponibles pour la guerre : encore la garde elle-même n’était-elle pas complètement équipée. Cependant, l’Empereur avait voulu former sous ses yeux cette puissante réserve de son armée. 11 décréta la formation de quatre régiments de grenadiers et de quatre régiments de chasseurs à pied de vieille et de moyenne garde. Les deux beaux régiments du corps royal des grenadiers et chasseurs à pied de France devinrent le noyau de ces huit régiments. Pour compléter leur personnel, Napoléon ordonna que chaque régiment de ligne ou d’infanterie légère dirigerait à marches forcées, sur Paris, vingt-cinq à trente hommes, choisis parmi les sous-ofliciers ou soldats ayant au moins douze ans de service. Les soldats de la vieille garde rentrés dans leurs foyers furent également rappelés. Chacun de ces régiments eut deux bataillons ; chaque bataillon , trois compagnies, dout l’effectif variait de cent cinquante à deux cents hommes. Un formait en même temps douze régiments de la jeune garde '. La garde, ainsi recrutée et augmentée, s’éleva à un effectif total de vingt mille cent-vingt hommes, dans lequel on comptait treize mille fantassins, trois mille huit cents cavaliers, seize cents artilleurs, quinze cents sol-
chlffre total , comme le constate un étal dressé au ministère de la guerre à la date du l«r avril, à 223,000 homme».
I . Le 1) mai, un décret en créa quaire nouveau» . ee qui porta le chiffre des régiment» de lu jeune garde ii seiie.
LES CENT-JOtlHS.
dats du train, et deux cent vingt hommes du corps du génie. On n’eut le temps d’équiper complètement, dans la vieille et moyenne garde, que le premier et le second régiments dans les grenadiers et les chasseurs. Les autres régiments, à partir du troisième, présentèrent le plus singulier bariolage d’uniformes. Plusieurs portaient leur giberne suspendue à des ficelles, faute de fourniment; d’autres avaient conservé leur shako de la ligne, ou le chapeau à trois cornes. 11 ne se trouvait peut-être pas vingt hommes par compagnie , dans les deux derniers régiments , dont la tenue fût complètement uniforme Cela n’ôtait rien, sans doute, au courage de ces braves soldats ; mais ce fait témoigne de la précipitation avec laquelle on était obligé d’agir. Le temps manquait à l’Empereur. Il ébauchait au lieu d’achever.
Sa situation politique, si complexe et si équivoque, finit par peser sur son génie. « Il semblait, dit M. de Menue val, que la foi dans sa fortune, qui l’avait porté à former l’entreprise hardie de l’île d’Elbe et qui l’avait soutenu dans sa marche à travers ht France, l’eût abandonné à son entrée à Paris ; il sentait qu’il n’était plus secondé par ce zèle ardent et dévoué auquel il était accoutumé , et que son allure, gênée par les entraves qu’il s’était laissé imposer, n’avait plus la même liberté. » C’est que du golfe Juan à Paris, sa marche n’était que difficile; à Paris il venait heurter l’impossible. M. Mollien, témoin plutôt suspect de partialité favorable que de partialité contraire, ajoute : « Ses plans étaient moins arrêtés, ses commandements moins absolus et moins énergiques. Dans les conseils, au lieu de notifier ses résolutions en style de consigne, il proposait des doutes, il présentait des questions. On trouvait peu de traces
1 . Les Derniers Joins de ta grande armée, par le capitaine Mamluil, Ionie I*r, page 331 . L’auteur faisait, à cette époque, partie «le la garde impériale, et fit la campagne de Waterloo.