‹ Histoire de la RestaurationChapitre 153 sur 325 · INFLUENCE CROISSANTE DE CARNOT · texte numérisé non relu

INFLUENCE CROISSANTE DE CARNOT

l’efficacité des moyens qu’il avait employés avec succès dans sa jeunesse , proposait décrets sur décrets pour faire lever en masse les populations, armer les gardes nationales et les ouvriers. C’était en effet un de ces hommes de 1789 qui, avec l’éternelle jeunesse de leur esprit , oubliaient que l’enthousiasme qui avait alors produit des merveilles s’était éteint dans le sang des générations dont tant de guerres avaient moissonné la fleur héroïque, et que l’expérience qui finit les révolutions ressemble peu àl'espérance qui lescommence. Napoléon décréta la formation de trois mille cent trente bataillons de grenadiers et de chasseurs de gardes nationales actives, destinées à protéger les frontières et à défendre les places. C’était plus de deux millions d’hommes qu’il s’agissait de mettre sur pied. 11 décréta aussi la formation de corps francs appelés à faire la guerre de partisans. Ces organisations, restées presque partout à l’état de théorie, servirent peu. Ce qu’on ne pouvait décréter, c’était cette ardeur et cette confiance de 1792 qui donnaient uno âme à la résistance nationale. Cette redoutable puissance d’unité et de direction qui s’était centralisée dans le comité de salut public ne manquait guère moins. Chose étrange! Carnot, l’un des anciens membres de ce formidable comité, ne s’apercevait point que son impulsion, contrariant celle de l’Empereur, le privait de la condition de force qui avait fait le salut de la République. Napoléon paralysé, d’un côté par les scrupules et les convictions politiques de Carnot, de l’autre par les intrigues de Fouché, perdait la moitié de sa force dans ce continuel frottement.

Il faut ajouter que connue l’unité manquait dans le conseil suprême, elle ne manquait pas moins dans l'ensemble de l’administration, frappée à la triple effigie de Napoléon, Carnot et Fouché. En effet, ce second Empire était au fond un consulat bien moins absolu que le premier; car, cette fois, l’Empereur n’avait pas choisi ses deux collègues, il les avait subis. Les

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