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KXCÈS RÉVOLUTIONNAIRES DANS LE MIDI

taires royalistes du Gard, des Bouches-du-Rhftne, de Vaucluse, en se retirant après la capitulation de la Palud, avaient été, on l’a vu, traqués comme des bétes fauves; un assez grand nombre d’entre eux avaient été tués ou blessés en traversant les villages dont la population professait des opinions opposées1 2. Ce ne fut pas la fin de leurs tribulations. Ceux qui arrivèrent dans leur pays trouvèrent leurs vignes arrachées, leurs oliviers coupés par le pied, leur maison pillée, dévastée, quelques-uns leur famille victime de violences plus graves. Les passions politiques, dont les flammes étaient attisées par celles des passions religieuses, ne furent point satisfaites par ces premiers excès. Les fédérés, composés des hommes les plus révolutionnaires de chaque département, dominaient par la terreur les majorités désarmées.

A Toulouse, deux royalistes accusés d’avoir arraché les proclamations du gouvernement furent immédiatement mis à mort, sans autre forme de procès*. Il y eut, en outre, de nombreuses arrestations opérées parmi les personnes notoirement connues par leurs opinions royalistes, et surtout parmi les volontaires royaux. La population était opprimée et vexée par une minorité violente et armée. A ces arrestations, à ces avanies vinrent se joindre des ordres d’exil. M. Gleizes, avocat royaliste distingué, fut interné dans un autre département. Un des grands

1 . Nous avoua sous les yeux un tableau nominatif de9 victimes du Gard, dressé par M. de Survillc, père du dernier député de ce nom à l’Assemblée législative de 1849, un des hommes les plus considérables elles plus honorés de Nîmes. La date et le lieu des assassinats sont relatés. A Arpaillargues seulement il y eut, dans les journées des 1 1 et 12 avril, vingt-quatre personnes tuées ou blessées grièvement. A la tin de cet étal nominatif de trente-neuf personnes, on lit ce qui suit: u II y a encore bien des individus qui ont péri, dont il a été impossible de constater la mort. » J’ai donné plus de détails dans les Souvenirs de lu Restauration.

2. Ce fait, qui eut lieu le 4 mai, et les faits suivants- qui se passèrent dans la ville de Toulouse, ont été notés par SI. de Villèlesur sou curnet, oii il consignait les événements de chaque jour. Ce ne furent pas les seuls meurtres commis A Toulouse.

LES CENT-JOURS

vicaires fut enlevé par les ordres des autorités et transféré à Dijon. Il y eut, en outre, des emprunts forcés levés sur les plus forts contribuables ; les moins taxés le furent ;'i 1 1 ,000 fr.; les plus taxés à 13,000.

A Marseille, ville d’un ardent royalisme, il y eut des destitutions en masse, des arrestations multipliées, des exils. Une liste de personnes suspectes fut dressée, et ceux dont les noms y furent inscrits, anciens magistrats, avocats, commerçants, personnes notables, durent s’éloigner de leur domicile. Ce ne fut pas tout. La ville fut déclarée en état de siège par le maréchal Brune, nommé par Napoléon gouverneur des départements du Midi. Un contemporain, qui vit de près ces événements, décrit ainsi l’état de la cité : « A défaut de respect et d’amour, on voulut au moins obéissance et résignation ; un grand appareil militaire fut déployé; Marseille est aussitôt convertie en place de guerre, il devient le quartier général de l’armée du Vur. La ville est déclarée en état de siège, et par là l’autorité civile et municipale se trouve annihilée. Dès ce moment, les soldats, à demi contenus jusqu’alors, cessent dise contraindre, et traitent les habitants en peuple conquis1. »

Les troupes impériales, dont les sentiments bonapartistes s’exaltaient en raison même de la froideur des habitants, firent, le 26 mai, une démonstration politique à laquelle on donna le «loin de Champ de Mai. Le 35' régiment de ligne et le 1 i' chasseurs à cheval défilèrent sur le cours. Unescadronde chasseurs achevai, le sabre au poing, s’élança vers un poste de grenadiers de la garde nationale et lui enjoignit de crier vive l'Empereur. La garde nationale refusa. Les sabres se levèrent et les baïonnettes se croisèrent ; on put craindre un engagement meurtrier. A la fin du jour, une espèce de cohue formée de sous-ol-

I. M. Hilarion Dcaoliers, Marseille depuis 1*89 jusqu'en 1815, par un vieu.e Murseilluis (Marseille, 1844), tome II, page 385.

T0U1.01SE. — MAIlSEII.LF.. — MMES.

liciers, de mameluks et de nègres (ces mameluks et ces nègres égyptiens, lie de la population marseillaise, avaient accompagné notre armée à son retour de l’expédition d’Égypte, et habitaient des masures), promenèrent en triomphe un buste de Napoléon. Cette troupe obligeait les passants à se découvrir et à crier vive l'Empereur. On ordonna ensuite une illumination générale, et ceux qui tardèrent à céder à cette injonction eurent leurs vitres cassées. Le sang coula. Un vieillard royaliste fut tué dans un quartier solitaire, et des femmes royalistes furent blessées. Le 27 mai, le désarmement général des habitants fut ordonné; une proclamation annonçait que ceux qui n’auraient pas déposé leurs armes avant la lin du jour seraient traduits devant un conseil de guerre. Pendant toute la durée des Cent-Jours, la ville fut ainsi tenue en alerte par les soldats qui jour et nuit parcouraient la ville, en insultant et en molestant les habitants. Des trésors de colère s’amassaient dans le cœur des classes populaires de Marseille soumises à mille avanies, et les haines du présent venaient raviver celles du passé, dans une ville où, comme à Toulouse, les souvenirs des excès de la première révolution étaient encore récents.

Avignon eut aussi sa part.de souffrances, mais ce fut surtout dans le département du Gard que les violences furent poussées aux derniers excès.

Là, comme on l’a dit, les antipathies religieuses étaient en présence. Les protestants abattirent des croix, les cimetières catholiques furent profanés. Des bandes armées parcoururent les campagnes et les dévastèrent, brûlant les maisons et mettant les propriétaires à mort quand ils les rencontraient ; des hommes appartenant aux classes moyennes sortaient armés de leur carabiue pour faire la chasse aux miquelets1, comme

t . C’cjt ainsi qu'on appelait les volontaires qui revenaient do l’armée du duc d'Angouiême.

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