I.ES CE.NT-JOURS
s’il se fût agi de bûtes fauves. Dans les villes, les personnes notoirement connues pour leurs opinions royalistes ne pouvaient se montrer dans les rues sans être insultées, poursuivies, menacées par les fédérés. Apercevait-on une jeune lille parée d’un ruban blanc ou vert, elle était aussitôt décoiffée, souffletée et souvent soumise à une correction encore plus humiliante 1 . On arrachait la croix du col des jeunes femmes, et l’on allait jusqu'à insulter les prêtres portant le viatique aux malades. 11 y eut enfin de déplorables profanations commises; des têtes furent arrachées de cercueils récemment enfouis dans la terre, et jetées devant la porte de deux églises. Si l’on ajoute à cela les meurtres dont, on l’a vu, le nombre fut considérable , on aura l’idée d’un pays livré au pire des despotismes , celui de l’anarchie , et dans lequel le sang versé préparait une moisson de sanglantes représailles.
Dans les provinces de l’Ouest, les choses se passèrent différemment. On avait pris d’abord à leur égard une mesure qui rappelait les violences de l’époque révolutionnaire. Tous les gentilshommes avaient été mandés à Nantes avec injonction de prêter serment à l’Empereur. Ceux qui manqueraient à cet appel devaient être considérés comme émigrés, et à ce titre, bannis du royaume ou incarcérés! au choix du préfet, et leurs biens confisqués. Cette mesure avait excité une si grande fermentation, qu’un ordre envoyé à la hâte de Paris l’avait révoquée. Mais l’effet était produit. En outre, l’impulsion donnée aux campagnes au moment de la venue du duc de Bourbon subsistait ; la nouvelle inopinée du départ du Roi pour Lille et de l’arrivée de Bonaparte à Paris avait pu suspendre le mouvement ; mais elle n’avait pas changé les dispositions du pays. Des symptômes d’agitation se manifestaient sur plusieurs points. Les paysans refusaient de payer l’impôt aux percep-