SITUATION DES PROVINCES DE L’OUEST
tours impériaux; ils plaçaient des drapeaux blancs sur le faîte des arbres, et les gendarmes ne pouvaient se hasarder dans la campagne sans essuyer des coups de fusil. Partout les prêtres refusaient de prier pour l’Empereur.
Le général Travot, envoyé dans ce pays où il avait déjà fait la guerre, le traversa à la tête d’une colonne mobile en poursuivant une bande de déserteurs. Il fut frappé de l’attitude hère et menaçante des populations, et annonça à Paris l’imminence d’un soulèvement.
Vers la fin du mois d’avril et avant de passer sur la rive droite de la Loire, M. d’Andigné s’était concerté avec MM. Auguste de La Rochejaquelein, de Suzannet et de La Besnadière.
Il avait été convenu qu’on agirait sur les deux rives avec ensemble; que l’on préparerait les hommes en silence, tout en réunissant le plus de munitions possible : dans le cas où des circonstances imprévues obligeraient l’un des chefs à prendre les armes , les autres suivraient immédiatement son exemple. C’était la solidarité des deux rives de la Loire qui venait d’être arrêtée dans cette conférence. Deux motifs retardèrent la prise d’armes. Le premier fut le manque de fusils et de munitions ; jamais les deux rives de la Loire n’avaient été aussi au dépourvu. Le second fut la crainte d’attirer toutes les forces impériales sur les provinces de l’Ouest , si elles levaient le drapeau avant que la guerre extérieure eût éclaté. Le retour de l’tle d’Elbe, en effet, avait fait perdre à la France cette unit»* que le premier Empire semblait avoir rétablie; Napoléon devait avoir fait entrer ce péril dans ses prévisions lorsqu’il était venu ressaisir le sceptre. La Loire n’était point sûre derrière lui. Les provinces de l’Ouest ne pouvaient renoncer facilement à la royauté, pour laquelle elles avaient jadis si longtemps combattu et qui leur avait été récemment rendue; pour ces populations, aux yeux desquelles le succès ne constitue pas le droit, Napoléon était un ennemi. Le 13 mai, le marquis Louis do
LES CENT-JOUnS.
La Rochejaqudein envoya aux chefs vendéens un officier pour leur annoncer qu’il arriverait sous peu de jours d’Angleterre avec un premier convoi de munitions et de fusils. 'Dès lors toute hésitation eessa, et du 15 au 22 mai, le tocsin sonna sur les deux rives de la Loire, appelant les campagnes aux armes a lin de protéger le débarquement.
La rive gauche de la Loire donna le signal : comme à l’époque de la grande guerre, elle était partagée en quatre divisions : la Vendée maritime, sous les ordres de M. de Suzannet; la Vendée centrale, sous M. de Sapinaud; la division du haut Poitou, sous M. Auguste de La Rochejaqudein ; la division du haut Anjou, sous M. d’Aulichamp. On évaluait à vingt mille le nombre des hommes qu’on pouvait faire lever sur la rive gauche delà Loire; mais on attendait des armes pour compléter le mouvement. L’exemple de la rive gauche fut presque immédiatement suivi sur la rive droite. Les campagnes se levèrent avec un grand ensemble : «. Ce fut un spectacle touchant, a dit plus tard le chef de ce mouvement de la rive droite, de voir paysans, bourgeois, gentilshommes, anciens officiers et soldats des armées royales ou volontaires qui n’avaient pas encore vu le feu, se lever à la fois depuis dix-sept jusqu’à soixante ans. La plupart de ces hommes, mariés et pères de famille, quittaient sans hésiter leur femme et leurs enfants, et accouraient presque tous mal armés et presque sans munitions pour obéir à la voix de l’honneur et à l’appel du Roi absent '. >» Le nombre des hommes levés sur la rive droite était à peu près égal au nombre de ceux qui avaient arboré le drapeau blanc sur l’autre rive. Ils étaient commandés par les anciens capitaines de paroisses et par les officiers sortis de la maison du Roi et de l’armée, accourus dans l’Ouest sur le conseil du duc de Berry, après le licenciement de Béthune. Au même instant, le général de Sol de Grisolles levait le dra-