I. Mémoires inédit* du général d’Alidijiné
piuse d’armes de l’oeest.
peau dans le Morbihan , et les écoliers du collège de Vannes s’échappaient en masse des murs de leur collège pour aller verser, avec les anciens compagnons de Georges Cadoudal, leur sang au cri de vive le Roi, tandis que les élèves de l’École de droit de Paris suivaient le Roi à Gand, et que les élèves de l’École polytechnique s’apprêtaient, encore une fois, à servir l’artillerie de Paris contre les étrangers. Comme les étudiants allemands, ces jeunes Morbihannais, dont les plus vieux étaient des adolescents, avaient leur barde pour les animer au combat, et pour célébrer leurs victoires si Dieuleurenenvoyait. Un souffle d’enthousiasme passait à cette époque sur toute la jeunesse de l’Europe ; l’héroïsme, l’esprit de dévouement et de sacrifice étaient partout.
Plusieurs raisons devaient empêcher cette insurrection d’avoir une influence directe et décisive sur les événements : d’abord le manque d’armes; le tiers à peine des hommes avait des fusils. M.de La Rochejaqueleiu en avait amené deux mille seulement, et les Anglais, qui se préparaient à débarquer un convoi beuucoup plus considérable, attendaient avec leur esprit de calcul ordinaire un grand succès qui leur garantit l’utile emploi de leur argent. Les munitions ne manquaient guère moins que les armes. Sur la rive gauche, M. Louis de La Roehejaquelein , qui avait l’ardeur et l’intrépidité des hommes de sa race, put débarquer huit cent mille cartouches, mais sans pouvoir , eu faire pénétrer la plus grande partie dans l’intérieur du pays. Sur la rive droite, M. d’Àudigné n’eut à distribuer à ses hommes, pendant toute la campagne, que trois cartouches par expédition. Avec de si faibles ressources on ne pouvait rien faire de considérable. En outre, le grand nombre d’officiers et de soldats sortis de l’armée qui avaient pris place dans les rangs, entre autres le général Canuel qui voulut servir comme simple soldat, ne permit pas de suivre la tactique de 1799, qui remontait à la grande guerre. A cette époque, les Vendéens se précipitaient sur l’ennemi avant qu’il eût eu le temps
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de se reconnaître, et le poursuivaient ou faisaient prompte retraite, selon qu’ils éprouvaient plus ou moins de résistance. 11 fut impossible d’agir ainsi avec des officiers et des soldats étrangers au pays , habitués à se battre en ligne, et qui mettaient leur point d’honneur à ne pas céder le terrain. 11 faut ajoutera ces obstacles les divisions des chefs, leur défaut d’entente, la rapidité des mesures prises par le gouvernement impérial et les forces qu’il déploya.
Les troupes impériales qui se trouvaient en Vendée au début de la prise d’armes se montaient à peu près à cinq mille hommes. La meilleure partie de ces troupes , au nombre de dix-huit cents hommes, était concentrée à Chollet; le reste distribué à Bourbon-Vendée, à Chemillé, h Nantes, à Angers, à Saumur, et dans quelques autres villes. La gendarmerie départementale était la seule ■cavalerie dont on pût disposer. On pouvait ajouter à cela des détachements d’officiers à demisolde et les gardes nationaux des villes qui professaient de? opinions révolutionnaires. Le général Delaborde commandait le département; le général Travot, qui avait l’expérience de cette guerre, conduisait , nous avons dit, la colonne expéditionnaire à travers le pays. Mais quand la nouvelle de la prise d’armes arriva à Paris, Napoléon vit d’un coup d’œil le péril . militaire que lui créerait la Vendée en armes sur ses derrières, et le fâcheux effet moral que produirait pour su cause cette nouvelle répandue en Europe. 11 résolut aussitôt de former une armée de trente mille hommes sur la Loire, afin d’accabler l’insurrection à sou début, et il donna au général Lamarque le commandement de cette armée. Sa correspondance avec le ministre de la guerre atteste l’importance qu’il mettait à cette affaire : « Fuites partir pour Angers, lui écrivait-il à la date du 20 mai, sur-le-champ, de l’endroit le plus proche, deux batteries à pied que vous enverrez au général Delaborde. Qu'elles marchent en toute diligence. Envoyez en poste deux
AFFAIRES DE t’OUEST. — DEPECHES DE l'KMPEREIR. 337 officiers d’artillerie pour Saumur. Envoyez aussi de l'artillerie de l’endroit où vous en avez le plus près. Indépendamment d’une batterie qu’on fera partir de Rennes, faites-lui envoyer d’ici une ou deux batteries d’artillerie en poste. Qu’une batterie de six pièces de canon et une compagnie d’artillerie suivent le mouvement des deux régiments de tirailleurs qui vont en poste. » Chaque jour, les lettres de l’Empereur se succèdent. Le 21 mai, il écrit encore : « Envoyez trente millr fusils à Angers, Nantes, Niort, Saumur et Poitiers. Il faut à Nantes quarante canons et trente pièces de campagne. » Le même jour, il écrit de nouveau : « Il est très-important d’armer cette partie de la population sur laquelle on peut compter. Il sera formé à Nantes deux compagnies de canonniers et de gardes nationaux pour le service de la ville; il sera en outre pris à Lorient quelques compagnies de canonniers de marine pour être employées à Nantes. Quatre compagnies seront prises à Rennes pour être envoyées à Nantes et à Angers. » A la date du 22 mai vient une lettre dans laquelle on lit ce qui suit : « Il faut armer le château de Saumur et celui d’Angers. Il faut avoir un bon nombre de pièces de canon pour garnir le pont de Cé. » Le même jour, l’Empereur écrit encore : « Je vous ai fait connaître par le major général que je désirerais qu’il fût formé une armée de la Loire, commandée par le général Lamarque. Envoyez-y un général d’artillerie et un général de génie, qui partiront dans la journée pour se rendre à Angers avec des officiers de leurs armes. La garde nationale de Nantes sera complétée à quatre mille hommes. Il y aura à Angers une division de gardes nationales ayant une batterie de canons. » Enfin, le 24 mai, Napoléon résumait ainsi ses instructions : « Armer le pont de Cé ; faire une tête de pont avec fraises et palissades et un blockhaus au centre ; disposer cet ouvrage de manière que cinquante hommes puissent le garder. Armer la ville do Nantes, c’est-à-dire établir des tètes
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de pont à tous les ponts et des barricades aux avenues, y placer des canons comme si la ville devait être assiégée ; armer les Sables; prévenir la marine pour qu’elle mette son artillerie et ses munitions à l’abri d’un coup de main, en les faisant entrer à Nantes. 11 convient aussi qu’elle ait deux petits bâtiments armés dans la Loire, alin qu’on soit maître de la rivière jusqu'à son embouchure. »
La rapide succession de ces ordres, la grandeur de ces préparatifs, ces régiments de la jeune garde, ces batteries d'artillerie envoyées eu poste ,. ces fortiiications ordonnées pour protéger Nantes, Angers, le pont de Cé, cet armement de la garde nationale, tout annonce les graves préoccupations de Napoléon. L’image de la Vendée militaire de 1793 s’était levée devant lui, il n’avait pas cru pouvoir lui opposer moins de trente mille hommes commandés par un des généraux les plus distingués de son armée ; ces trente mille hommes devaient lui manquer au moment où il faisait ses préparatifs pour aller combattre la coalition formidable dont les troupes se réunissaient sur les frontières. C’était là une des fatalités de la situation qu’il avait acceptée.
La rapidité de ces mesures, jointe aux causes que nous avons indiquées, empêcha l'insurrection de prendre tout son développement. Le défaut d’ensemble entre les chefs, cet écueil contre lequel s’était brisé l’etfort des Vendéens dans les premières guerres, coutribua aussi à plusieurs échecs qu’ils éprouvèrent. Le marquis Louis de La Roehejaquelein était arrivé du dehors avec le titre de général en chef, et voulait diriger les opérations comme dans les guerres régulières. Les choses n’avaient jamais été ainsi en Vendée, pays d’initiative individuelle, d’indépendance de caractère et d’action, où tout se fait plutôt par persuasion etcontiauce que par commandement et par obéissance. Les contradictions que ce chef militaire éprouva le portèrent à se jeter seul dans le Marais avec son