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GA.ND : L’ESPAGNE NE DONNE AUCUN SECOURS A LOUIS XVIII. 35t
volontiers à cette guerre de délivrance. » Ces instances devaient demeurer inutiles. « J’ai fait tout ce qui était en mon pouvoir, écrivait, quelque temps après, le prince de Laval, pour réclamer, au nom du Roi , le concours d’un corps de troupes espagnoles pour soutenir les efforts magnanimes de M. le duc d’Angouléme vers les Pyrénées-Orientales; toutes mes demandes ont été inutiles. Le cabinet de Madrid avait décidé, dans sa circonspection, que les troupes espagnoles ne se compromettraient pas avant qu'il eût connaissance de ce qui se passait au congrès. »
Enfin le duc d’Angouléme, obligé de quitter la France, arriva lui-même en Espagne. Son premier soin fut d’écrire au roi son oncle, et dans sa lettre datée de Barcelone, le 20 avril 181 S, il lui disait : « Le baron de Damas porte à Votre Majesté le récit de ce qui m’est arrivé depuis le 24 mars jusqu’au 17 avril. 11 m’est essentiel de connaître le plus tôt possible, et avant d'entrer en France, les principes sur lesquels sera basé le gouvernement de Votre Majesté. La Charte constitutionnelle sera-t-elle maintenue? Que décidera-t-on relativement à l’armée? Quels seront ceux parmi les employés qui seront conservés, pardonnés ou condamnés? Quel est le plau des puissances alliées? » Une lettre écrite presqu’à la même date, et adressée par le prince au comte de Blacas, portait ce qui suit: «J'ai fait tout ce qui a dépendu de moi pour ne pas quitter notre patrie, mais j’y ai été forcé; j’espère que ce ne sera pas pour longtemps. Les sentiments des habitants du Midi sont excellents. »
Les instructions du Roi ne se firent pas attendre ; elles arrivèrent avant la fin du mois d’avril. Il renouvelait à son neveu les pouvoirs qu’il lui avait conférés , lui prescrivant « de faire tous ses efforts pour obtenir dd la cour de Madrid le commandement de quinze à vingt mille hommes. L'intention du Roi était, ajoutait-on, de maintenir les lois qu’il avait données.
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Néanmoins il prendrait, à son arrivée, les mesures de sûreté publique, en vertu de l’article 14. »
Les efforts de M. le duc d’Angoulême pour obtenir du cabinet de Madrid un concours effectif échouèrent, comme ceux du prince de Laval, contre cette force d’inertie qui est plus puissante en Espagne que partout ailleurs. 11 écrivit au roi Ferdinand, fit mettre des notes à M. Cevallos et au général Ballasteros, ministre de la guerre, auxquels il demandait qu’une armée espagnole passât la frontière en se présentant comme alliée du roi de France, qu’on envoyât deux régiments à Marseille avec le marquis de Rivière, et qu’on fixât des lieux de rassemblement pour les volontaires des provinces du Midi qui voudraient s’y organiser : Figueras ou Rosas en Catalogne , Pampelune ou Tolosa, en Navarre ou en Biscaye. 11 y avait plusieurs nuances dans le ministère espagnol : Cevallos se montrait froid, Ballasteros et le duc de San-Carlos plus chaleureux, mais le résultat était le même. Le duc d’Angoulême fut reçu à merveille à Madrid, le roi lui donna le grand cordon de Charles 111 : « Je suis comblé des bontés de Sa Majesté Catholique, écrivait le prince à (nmd, mais sans avoir pu obtenir un mot de réponse à mes notes. »
Le comte de Blacas, dans une lettre adressée au prince de Laval, à la date du 17 avril, lui expliquait le motif de l’insistance qu’il lui prescrivait : « Notre principal motif, lui disait-il , est de donner au Roi une force qui lui soit propre, dans la crainte de l'ascendant que cherche à prendre un parti dont Bonaparte a été obligé de sc faire un appui. Ce parti peut compliquer la situation d’une manière funeste, en présentant une troisième chance aux pervers et aux tièdes. » Il s’agit évidemment ic» du parti révolutionnaire. Quant aux fins de non-recevoir opposées par le cabinet de Madrid à ces vives sollicitations, on en trouve également l’explication dans les documents intimes du temps. Fn mois plus tard, le 1" juin, le comte de Damas
CiAND : NÉGOCIATIONS SECRÈTES AVEC I,’ ANGLETERRE. 353
écrivait de Madrid : « Je n’ai jamais vu un pays aussi au dépourvu de tout. Aussi est-ce une des raisons qu’ils allèguent pour justifier leur lenteur à se mettre en action. Je n’ai pas pu encore obtenir un village où je puisse ébaucher un rassemblement. En vain notre ambassadeur et ceux de Russie et d’Angleterre , de Prusse et d’Autriche , se réunissent-ils pour tirer M. de Cevallos de sa léthargie. » Cette léthargie n’était pas tout à fait volontaire ; tout manquait en Espagne : les troupes, les munitions, l’argent. Un émissaire de M. de Vitrolles en Espagne, le colonel Pyrault, lui écrivait du quartier général d’observation de l’armée espagnole à Tolosa , après une longue conversation avec le comte Juan Carlos de Arrizaga , que « les seules troupes disponibles étaient celles qui étaient placées sous les ordres de ce général , au nombre de neuf mille hommes, et que ce chef militaire ne pouvait faire aucun mouvement dans la crainte d’être coupé, Rayonne étant occupé par des troupes notoirement favorables à la cause de Napoléon. » Dans cette inertie du cabinet espagnol, il y avait donc moins de mauvais vouloir que d’impuissance.
Le cabinet avec lequel la cour de Gand eut les rapports les plus intimes et les plus suivis pendant les Cent-Jours fut le cabinet anglais. Il y avait entre Louis XVIII et le prince régent une sincère amitié; le second avait vu avec une joie véritable la restauration du prince qui avait été si longtemps l’hète de son pays, et toujours, en toute occasion, la sympathie personnelle du Régent était allée au delà du bon vouloir de son gouvernement. Aussi a-t-on vu qu’à peine arrivé à Ostende, le Roi prescrivit au comte de Blacas d’écrire en Angleterre : c’était là qu’il espérait trouver le concours le plus actif ; c’était donc là surtout qu’il s’empressait d’atténuer le mauvais effet que devait avoir produit son départ forcé de Lille. Comme le Roi le prévoyait, l'impression produite à Londres par la nouvelle de sa sortie de France fut d’abord très-défavorable. Le priuce de Cas-
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telcicala écrivait de Londres à M . de Blacas, à la date du 30 mars : « On souhaitait primitivement, quand je sais arrivé ici, que le le Hui ne vint pas en Angleterre, et lord Bathurst déclarait que tout serait perdu s’il commettait cette faute. On souhaitait qu’il s’établit à Lille ou dans quelque autre place forte de son royaume, et lord Bathurst avait dit : Nous ferons tout pour le Roi pourvu qu'il ne sorte pas de France. 11 parait maintenant qu’on veut soutenir la légitimité sans condition; mais il importe de ne pas oublier les premières vues et les premières craintes, car elles peuvent revenir. M. le prince de Galles est en vérité le pilier de la bonne cause et le plus ferme appui du Koi. Il m’a annoncé qu'il pouvait entièrement compter sur lui. » L’est dans le même sens que le comte de la Châtre, ambassadeur de France à Londres avant le 20 mars, écrivait le 28 mars 181 ü à M. de Blacas : « La perte de Lille est inappréciable. Le gouvernement anglais en est affecté sans en être abattu. Il ne craint qu'une chose, c’est que le Boi vienne en Angleterre ; lord Castlereagh vient de me le dire à l'instant : Il faut à tout prix éviter cette fausse démarche. »
On trouve une expression encore plus nette et plus vive de cette situation dans la correspondance inédite du comte Gain de Montaignac, gentilhomme dévoué, mais d’un caractère indépendant, alors agent secret du Roi à Londres; soit que, n’étant pas homme de cour comme le comte de la Châtre et le prince de Castelcicala , il écrivît plus crûment les choses, soit que le gouvernement anglais fût plus disposé à sortir avec lui de sa réserve officielle. M. Gain de Montaignac écrivait donc de Londres à M. de Blacas, à la date du 3 avril 181 o : « M. de la Châtre pensait, et j’ai vérifié depuis que cette opinion était juste, qu’il y avait incertitude parmi les membres du conseil sur le parti à prendre; que lord Liverpool penchait pour traiter; que lord Castlereagh était incertain, mais que le prince régent, le chancelier lord Harrow by, lord Bathurst, étaient très-