GAND : NÉGOCIATIONS SECRÈTES AVEC L' ANGLETERRE. 3ÜS
vifs pour les intérêts du Roi. Le 1" avril, à midi précis, je me rendis chez lord Castlereagh, j’y trouvai lord Liverpool. Je vis bien (pie l’objection principale était celle-ci : Qui nous assurera, si on aide le Roi à reconquérir ses Etats , que, dans un an, pareille chose n arrivera pas? Je tâchai d’y répondre. Le 2 avril, je fus conduis par lord Castlereagh chez le prince régent. Je restai avec ce prince depuis deux heures et demie jusqu’il plus de six heures. Je le trouvai dans les meilleures dispositions, plein de dévouement pour le Roi, convaincu qu’avec Bonaparte il n’y avait plus de repos pour l’Europe, mais partageant avec son conseil l'idée de l'impossibilité de s’assurer qu’une crise nouvelle ne se renouvellerait pas après le retour du Roi. »
Quand ce premier moment de stupeur que causa à Londres la nouvelle du 20 mars fut passé, et que le gouvernement anglais, convaincu comme le Régent qu’il n’y avait pas de repos à espérer avec l’empereur Napoléon, se fut décidé à lui faire la guerre, Louis XVII I fit suivre à Londres auprès du cabinet de Saint-James, ou suivit lui-même en Belgique avec sir Charles Stuart et le duc de Wellington, plusieurs négociations particulières, sans préjudice des rapports publics qu’il continua à entretenir, par l’entremise de M. de Talleyrand, avec la réunion des grandes puissances assemblées à Vienne. 11 convient d’énumérer ici ces négociations. La première qu’il suivit avec le duc de Wellington en personne avait un objet analogue à celui pour lequel il avait noué une négociation en Espagne. L’esprit des départements du Nord était, comme celui des départements du Midi, très-favorable à la cause royale ; le Roi y avait conservé de nombreuses intelligences, et il aurait désiré que, sans attendre l’effet général de la coalition, le duc de Wellington mit à sa disposition une force auxiliaire à l’aide de laquelle on pût développer un mouvement royaliste dans l’Artois, la Flandre et la Picardie, ce ff11* aurait permis de
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faire intervenir la France dans le rétablissement de la royauté. Fn même temps, le Roi faisait négociera Londres, afin d’obtenir des armes et des munitions pour la Vendée. En outre, il faisait faire au cabinet de Saint-James des représentations énergiques et réitérées , afin qu’on prit des mesures pour rendre la guerre le moins onéreuse possible à la France. Enfin il se trouvait amené , par une publication que Napoléon fit dans le Moniteur du ff> avril, à donner des explications à l'Angleterre sur l’origine des pièces qui avaient motivé l’acquiescement secret du cabinet de Saint-James à la déchéance de Murat. On ne saurait entrer que dans des détails très?somraaircs sur ces diverses négociations, sur lesquelles il importe cependant de jeter quelque lumière.
La négociation que le comte de Blacas ouvrit avec le duc de Wellington pour obtenir une force auxiliaire qui favorisât une levée de boucliers dans les départements du Nord datait d’Ostende même; continuée à Gand, elle ne put aboutir. En vain le ministre de Louis XVI II assura que les rapports qu’on recevait de ces contrées et les intelligences qu’on y avait nouées donnaient la certitude qu’en fournissant au pays un point d’appui, on obtiendrait un soulèvement général. En vain lui écrivait-il, à la date du 15 mai 1815 : « Des députés des communes d’Armentières, d’Aire, d’Hazebrouck , de Cassel, sont venus offrir au Roi leur sang et leur fortune. Les habitants de ces fidèles contrées sont impatients d’arborer le drapeau blanc. Ils se sont cotisés pour avoir une caisse; ils ont des cartouches, des fusils; ils s’engagent à former, au premier signal, un corps de quinze mille hommes. Je reçois également du Boulonnais, de l’Artois, de la Picardie, une correspondance qui m’apprend que la présence de trois régiments suffirait pour soulever tout le pays. Vous concevez combien il serait important que ce mouvement précédât l’entrée des armées allié.-s, quelle impulsion il donnerait au parti royal, et, je
«AND : NÉGOCIATIONS SECRÈTES AVEC I.’aNGCETERRE. 357 le dirai avec confiance au duc de Wellington, quelle force ret appui prêterait à Sa Majesté dans ses relations avec les autres cours. Je n’hésite donc pas, mylord, à vous demander cinq à six mille hommes, et j'ose vous protester que l’autorité légitime sera bientôt proclamée dans deux ou trois provinces. » Dans une lettre écrite le lendemain, le comte de lîlacas proposait de faire déclarer Calais et Dunkerque, eu insistant toujours sur les avantages que la cause royale tirerait de ees manifestations faites en France en sa faveur.
A ces considérations politiuues, le duc de Wellington opposait des considérations militaires : « Je n’entre pas en discussion, écrivait- il à la date du 20 mai 1815, sur l’état intérieur «le la France. Quel qu'il soit, il est impossible de risquer l’entrée d’un corps de troupes étrangères, à moins qu'il ne soit assez fort, non-seulement pour se soutenir, mais pour continuer des opérations majeures sans s’arrêter. Le retard des troupes est malheureux, mais il est dans la nature des choses. On ne peut faire venir des troupes de tous les points de l’Europe sans qu’il se passe du temps. Pour les places fortes, il faut que je m’explique : si une place forte de première ligue se rendait au Roi par les efforts de la population ou de la garnison, je mettrais mon armée en mesure de l’appuyer, et je lui donnerais tous les secours en mon pouvoir. Je puis promettre la même chose pour une place qui est port de mer, mais il m’est impossible de prendre le même engagement pour une place de seconde ligne. » Au fond, le duc de Wellington, avec sa raison froide et son esprit sans illusion, sa confiance dans la force organisée et son dédain pour la multitude, croyait peu à la possibilité de faire quelque chose d’utile avec le concours de la population contre l’armée. « Je vous prie de réfléchir, écrivait- il encore à M. de Blacas, sur l'axiome que je vais poser : la puissance de Napoléon en France est fondée exclusivement sur le militaire; il faut détruire ou comprimer le mili-