‹ Histoire de la RestaurationChapitre 173 sur 325 · I.KS CENT-JOURS · texte numérisé non relu

I.KS CENT-JOURS

taire avant que le peuple puisse ou même ose parler. Pour

opérer efficacement contre le militaire français en France, il faut des armées nombreuses, qui ne laissent pas un doute sur l’issue de la lutte : alors le peuple pourra parler et agir sans craindre d'être écrasé. Si, pour favoriser une insurrection dans les communes ou même dans les provinces dont vous me parlez, j’entrais maintenant en France, même soutenu et aidé par l’armée prussienne, j’aurais tout de suite sur les bras* quatre corps d’armée, peut-être cinq, et la garde, c’est-à-dire uniforce évaluée de cent dix à cent vingt miilehommes, sans compter les gardes nationales. Croyez-moi, pour faire les affaires du Roi, il lui faut non-seulement les cœurs et les bras de son peuple, mais, pour que celui-ci se déclare, il lui faut toute la force que l’Europe alliée peut faire marcher à son secours. »

La négociation nouée avec l’Angleterre pour obtenir une force militaire qui devint le pivot d’un soulèvement de la population échouait donc, comme la négociation ouverte avec l’Espagne pour le même objet. Louis XVIII, qui prévoyait tous les inconvénients d’une restauration dans laquelle une force nationale ne serait pas intervenue, se débattait encore contre la fatalité de la situation. Soit que le duc de Wellington craignit, selon ses paroles, de se commettre devant un général comme Napoléon, en engageant en France, sur l’espoir qu’on lui donnait d’une prise d’armes royalistes, un corps de troupes trop faible pour se maintenir par sa propre force; soit qu’il entrêt dans les idées des puissances de tout faire par l’ascendant des armes de la coalition, pour ne pas avoir à compter avec Louis XVI II , toujours est-il que l’Angleterre opposait unifin de non-recevoir aux propositions du Roi. Tout ce qu’il put

I. Nous transcrivons celle curieuse letlrc sur l'original dalé du 19 mai, rl qui est au nninlire des Papiers politiques laissas par M. de Illaeus. Il y a uirtne quelques idiotismes dans celte letlre, écrite en français. Leduc dcWellinglon ilil : ” J'aurais tout de sulle sur les mains, » pour : sur les brus.

GAÎSO : NÉGOCIATIONS SECRÈTES AVEC I. ANGI.ETF.RRE. 359

obtenir, dans ce sens, fut un envoi d’armes et de munitions en Vendée, envoi qui, sur ses instances, partit de Londres dans le commencement de mai ', avec une flottille qui devait jeter M. de La Rochejaquclein et plusieurs officiers royalistes sur la côte.

Concurremment avec cette négociation, le comte de Tîlacas en suivit de bonne heure une autre par les ordres du Roi. Les grandes puissances avaient désiré que Louis XVIII adhérât au traité du 2o mars qui, par ce fait même, prenait le caractère d’un traité offensif contre Napoléon et la force militaire qui l'avait acclamé, et que l’on distinguait de la nation, regardée comme involontairement replacée sous la puissance napoléonienne. En partant de cette donnée, qui mettait le Roi dans une position favorable pour stipuler plus tard au nom des intérêts de la France, le prince régent eut l’idée de. faire appeler dans chaque grande armée européenne un prince français *, pour montrer clairement aux populations que la guerre n’était point faite à la France, mais à Napoléon et à son armée. Louis XVI II chercha à tirer de cette pensée ce qui pouvait en sortir d’utile pour son peuple. Il fit écrire aussitôt au prince de Castelcicala de ne rien négliger « pour faire comprendre aux Anglais combien il serait inconséquent d’admettre qu’il y a un parti royaliste en France, et de maltraiter indistinctement tous les Français, surtout si l’on prétend placer un prince de France auprès de chacune des armées qui doivent vivre aux dépens de la France. Ruiner la France an nom du souverain légitime n’est pas le moyen d’y éteindre les factions. Le dessein du Roi étant de demeurer en France, les puissances coalisées ne peu-

1. « M. de La Iloclicjaquelein a appareillé hier malin de PorUmouth |>our la Vendée sur la frégate VAslicn. (Lettre du 3 mai IfllS.l

2. « l.e prince régent a fait écrire pour qu'un prince français soit dans tonies le» armées , Idée que j'ai forl approuvée. » (l.etlrc du prince de Castrlcjeala au comie de lllaca». Londres, 21) avril ISIS.)

LES CKNT-JOl'RS.

vent l’aider à y rentrer qu’en se présentant comme des libérateurs, et en se montrant les véritables alliés d’un monarque dont la rentrée doit être un bienfait ; mais pour cela, il faut éviter avec un soin extrême de blesser la nation. 1 »> Le prince de Castelcicala remplit avec zèle la mission qui lui était confiée. Dès les premiers jours du mois d’avril 18 lîî, il avait eu une conversation avec le prince régent à ce sujet, et lui avait exprimé, de la part de Louis XVIII, la crainte que lui faisait éprouver une ouverture de M. de Lieven, d’après laquelle il semblait que l’Angleterre voulût refuser des subsides aux puissances alliées, dès lors obligées de faire la guerre comme Bonaparte la faisait, aux dépens du pays occupé. « Je représentai au prince de Galles les inconvénients de ce système, continue le prince de Castelcicala. Il commença par me dire qu’il croyait qu’il y avait une équivoque. Lorsqu’on 1814 le duc de Wellington entra en France, il paya tout argent comptant, croyant par là mieux servir la cause du Roi : on était maintenant décidé à suivre un autre système. Il fallait faire voir à la France le tort qu’elle avait eu d’embrasser le parti de Bonaparte, et l’en punir. Les armées qui entreraient sur son territoire vivraient à ses dépens; on payerait les réquisitions avec des billets que le Roi remettrait aux puissances et qui seraient payables par la France. Mais il n’en résultait aucunement qu’on ne donnerait pas aux troupes étrangères les subsides nécessaires pour entrer en campagne et pour arriver aux frontières de France. » Après avoir rapporté sa conversation avec le prince de Galles, le prince de Castelcicala ajoutait, non sans raison : « Voilà le système; il mérite une sérieuse attention, car il tend à ruiner et à désespérer la France. »

Par les ordres du Roi, le prince de Castelcicala aborda de nouveau cette question dans une conférence avec lord Castle-

I. I.cllre du comie de Rlaca* an prince de de Caalelcicala. Avril 18 If».

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