‹ Histoire de la RestaurationChapitre 18 sur 325 · PROCLAMATION DE NAPOLÉON A L’ARMÉE · texte numérisé non relu

PROCLAMATION DE NAPOLÉON A L’ARMÉE

voix qu'il tenait à la main, que tout; les officiers, sous-officiers et soldats faisant partie du détachement des différents corps de troupe de la garde, au départ de Fontainebleau , étaient nommés chevaliers de la Légion d’honneur, et que les ofliciers déjà décorés jouiraient d’un grade d’avancement dans l’ordre. Aussitôt après, le général Drouot, à la tête d’un détachement de soldats, descendit sur le rivage désert; Napoléon, porté par un canot, le rejoignit un instant après, et à cinq heures le débarquement était terminé. Le point avait été bien choisi ; c’était le plus favorable de toute la côte de Provence.

Dès que la troupe fut à terre, elle quitta le drapeau blanc parsemé d’abeilles qu’elle portait à l’ile d'Elbe, et arbora le drapeau tricolore. Un ban fut ensuite battu , les rangs se formèrent, et chaque capitaine lut à sa compagnie la proclamation suivante, écrite dans cette langue militaire qui remue le cœur du soldat , et que Napoléon savait si bien parler :

* Soldais, nous n’avons pas été vaincus. Deux hommes, les ducs de Castiglionc et de Raguse, sortis de nos rangs, ont trahi nos lauriers, leur prince et leur bienfaiteur.

« Ceux que nous avons vus pendant vingt-cinq ans parcourir l’Europe pour nous susciter des ennemis ; qui ont passé leur vie à combattre contre nous dans les armées étrangères, maudissant notre belle France, prétendraient-ils commander et enchaîner nos aigles, eux qui n'ont jamais pu en soutenir les regards? Souffrirons -nous qu’ils héritent du fruit de nos glorieux travaux; qu’ils s’emparent de nos honneurs, de nos biens, qu’ils calomnient notre gloire? Si leur règne durait, tout serait perdu, jusqu’au souvenir de ces immortelles journées. Avec quel acharnement ils les dénaturent! Ils cherchent à empoisonner ce que le monde admire, et s’il reste encore des défenseurs de notre gloire, c'est parmi ces ennemis que nous avons combattus sur le champ de bataille!

« Soldats! dans mou exil, j'ai entendu votre voix ; je suis arrivé à travers tous les obstacles et tous les périls.

« Votre général , appelé au trône par le vœu du peuple et élevé sur vos pavois, vous est rendu; venez le rejoindre!

« Arrachez ces couleurs que la nation a proscrites, et qui, pendant vingt-cinq ans, servirent de ralliement à tous les ennemis de 1a France.

nifct. Uc la Rt’ttaur. II. ;i

34 RETOIR DE l’|I.E D’ELBE

Arbore* celte cocarde tricolore : vous la portiez dans nos grandes journées!

< Nous devons oublier que nous avons été les maîtres des autres nations , mais nous ne devons pas souffrir qu'aucune se môle de nos affaires. Qui prétendrait être maître chez nous? Qui en aurait le pouvoir? Reprenez ces aigles que vous aviez à Uim, à Austerlitz, à iéna, à Eylau, à Friedland, à Tudéla, à EckmUhl, à Essling, à Wagram, àSmolensk, à la Moskowa, à l.utzen, à Wurtschen , à Moutmirail! Pensez-vous que cette poignée de Français, aujourd'hui si arrogants, puissent en soutenir la vue? Ils retourneront d’où ils viennent, et là, s'ils le veulent, ils régneront comme ils prétendent avoir régné pendant dix-neuf ans.

• Vos biens, vos rangs, votre gloire, les biens, les rangs et la gloire de vos enfants n'ont pas de plus grands ennemis que ces princes que les étrangers nous ont imposés; ils sont les ennemis de notre gloire, puisque le récit de tant d'actions héroïques qui ont illustré le peuple français combattant contre eux pour se soustraire à leur joug est leur condamnation.

« Les vétérans des armées de Sambre-et-Mcuse , du Rhin, d'Italie, d’Égypte, de l’Ouest, de la grande armée, sont humiliés! Leurs honorables cicatrices sont flétries; leurs succès seraient des crimes ; ces braves seraient des rebelles, si, comme le prétendent les ennemis du peuple, les souverains légitimes étaient au milieu des armées étrangères! Les honneurs, les récompenses, leurs affections, sont pour ceux qui les ont servis contre la patrie et contre nous.

• Soldats! venez vous ranger sous les drapeaux de votre chef! Son existence ne se compose que de la vôtre; ses droits ne sont que ceux du peuple et les vôtres ; son honneur, son intérêt et sa gloirè, ne sont autres que votre intérêt , votre honneur et votre gloire. La victoire marchera au pas de charge; l’aigle, avec les couleurs nationales, volera de clocher en clocher, jusqu'aux tours de Notre-Dame. Alors vous pourrez vous vanter de ce que vous aurez fait; vous serez les libérateurs de la patrie !

• Dans votre vieillesse, entourés et considérés de vos concitoyens, ils vous entendront avec respect raconter vos hauts faits; vous pourrez dire avec orgueil ; « Et moi aussi , je faisais partie de cette grande armée qui est entrée deux fois dans les murs de Vienne, dans ceux de Berlin , de Madrid, de Moscou , et qui a délivré Paris de la souillure que la trahison et la présence de l'étranger y ont empreinte!

• Honneur à ces braves soldats, la gloire de la patrie , et honte éternelle à ces lâches Français, dans quelque rang que la fortune lésait fait naître , qui combattirent pendant vingt-cinq ans avec l’étranger pour déchirer le sein de la patrie! »

Telle était cette proclamation habile , ardente , colorée ,

Page 1