‹ Histoire de la RestaurationChapitre 19 sur 325 · ROUTE CHOISIE PAR NAPOLÉON · texte numérisé non relu

ROUTE CHOISIE PAR NAPOLÉON

pleine d’une rhétorique éloquente et passionnée, pleine aussi d’injustice contre les Bourbons qui avaient apporté au pays la liberté politique, avaient adopté l’armée, et s’étaient noblement confiés à elle en lui laissant ses ohefs-, ses honneurs, ses cadres, en ajoutant de nouvelles décorations et de nouvelles faveurs à celles dont ses généraux étaient couverts. Mais ce n’était point la plume de l’histoire que Napoléon prenait pour écrire un jugement , c’était un boulet qu’il lançait contre un gouvernement qu’il venait renverser. Il était impossible de parler un langage plus propre à remuer les colères , les répugnances, les antipathies, à raviver toutes les flammes des anciennes discordes sous les cendres du passé pour allumer dans le présent un nouvel incendie. Les griefs réels ou imaginaires étaient savamment groupés ; les blessures rouvertes, la solidarité des victoires et des malheurs habilement rappelée, dans ce manifeste où les grandes images qui parlent à l’imagination, les récriminations, les invocations et les appels qui exaltent les âmes, les souvenirs historiques, les passions généreuses et les passions mauvaises étaient jetés péle-méle et exprimés dans cette langue un peu déclamatoire qui ne déplaît ni au peuple ni au soldat.

Un long cri de vive C Empereur suivit la lecture de la proclamation. La petite troupe de Napoléon avait établi son bivouac sur le rivage, dans un champ entouré d’oliviers. Amère ironie de la fortune, que l’Empereur affecta de prendre pour un présage. Pour se rendre à Lyon, Napoléon avait le choix entre deux routes. La première s’étendait à travers les vallées de la Durance et du Rhône, c’était la plus facile; mais il fallait traverser des populations ardentes et hostiles h l’Empire , Napoléon en avait fait l’épreuve par les dangers personnels qu’il avait courus en traversant cette partie de la France méridionale pour se rendre de Fontainebleau à l’ile d’Elbe. La seconde, plus pénible, plus accidentée, était la plus courte pour ée porter

RETOUR DE L'iLE D’ELBE.

sur Grenoble où l'Empereur avait des intelligences, et sur Lyon où il comptait de nombreux partisans dans les classes populaires. Une fois qu’on avait franchi Antibes, dont l’action ne s’étend pas au delà de ses glacis, on cheminait sans obstacle par le pied des Alpes, à travers une contrée montueuse et pauvre, mais dont la population était en général favorable aux idées et aux souvenirs de la révolution, et l’on pouvait arriver sans difficulté jusqu’à Sisteron. Là, il y avait un obstacle à vaincre. Si le pont était militairement gardé, ou si on l’avait fait sauter, le passage devenait difficile. Mais, une fois maître de cette situation, on avait gagné deux marches sur les troupes qui pouvaient être envoyées de Marseille pour arrêter la colonne qui suivrait cette direction. Ce fut cette route que Napoléon choisit; c’était la plus pénible, mais la plus favorable et la plus sûre.

NAPOLÉON EN FRANCE. - CANNES. —ANTIBES. - DIGNE.— SISTERON. — GRENOBLE.

Le 1er mars, à onze heures du soir, il quitta son bivouac à la tête de ses grenadiers. Ou commença dès lors à distribuer la proclamation adressée au peuple français; c’était le pendant populaire de la proclamation militaire; elle contenait les mêmes allégations, les mêmes injustices, les mêmes imprécations contre la trahison , les mêmes récriminations et les mêmes appels , exprimés avec le même ait, d;uis cette langue éloquente des passions qui remue profondément les multitudes. La voici :

« Français! la défection du duc de Casliglione livra Lyon sans défense à nos ennemis; l’armée dont je lui avais confié le commandement était.

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