‹ Histoire de la RestaurationChapitre 180 sur 325 · GAND : M. LAINE ET M. DE BLACAS · texte numérisé non relu

GAND : M. LAINE ET M. DE BLACAS

tination n’était pas pour tiand. Je suis parti de Bordeaux par mer, croyant aborder bien plus loin, mais des circonstances particulières m’ont porté à Ostende, d’où je me suis acheminé vers le but de mon voyage. Je désirerais avoir un entretien avec vous sur plusieurs objets d’intérét public. J’attends votre réponse à votre porte ; si vous n’étes pas libre de répondre, je vous prie d’écrire à l’hôtel du Lion-d'Or , chambre 9, à M. Henri Bauman ; c’est le nom c{ue je porte et à l’aide duquel je suis parvenu à me soustraire à ce qu’on exigeait de moi. Je vous répète qu’il est de la dernière importance de cacher ma présence ici. »

Cette lettre était signée Lainé.

L’entretien eut lieu et une correspondance active s’établit entre M. Lainé, qui se rendit d’abord à Anvers, puis à Amsterdam 1 , et le comte de Blacas, qui le consulta sur les errements politiques à suivre. Cette visite de M. Lainé précéda de douze jours le Rapport au Roi du 12 mai, que Louis XVIII fit paraître dans le Journal universel, et il est indiqué que les avis du président de la dernière Chambre des députés ne furent pas sans influence sur la teneur et la publication de cette pièce.

Le Roi avait alors moins de ménagements à garder avec les puissances qui , à l’occasion de l’échange des ratifications , avaient singulièrement modifié, on le verra, la position qu’elles avaient prise au début à l’égard du gouvernement royal. Les amis de l'intérieur insistaient pour qu’on donnât satisfaction aux aspirations constitutionnelles de la classe moyenne que Napoléon s’eüorçait d’attirer à lui , en préparant une constitution à peu près calquée sur la Charte et en réunissant le Champ de Mai. Ils alléguaient que le manifeste rédigé par M. de Lally-Tollendal n’avait pas porté l'attache officielle que

I . A Auialcrdani, M. Lainé avail pria le iioui de Fraxer, et recevait aes lettre* sou* le couvert (le la uiaiaon (joli et compagnie.

LES CF-NT— JOl’RS.

le Rapport au Roi recevrait par son insertion dans le Journal universel. Enfin, M. de Chateaubriand auteur du rapport, insistait sur l’opportunité de cette publication, en s’autorisant de l’expérience qu’il avait de ce qui peut influencer l’opinion pour demander avec instance qu’on ne retardât pas l’apparition de ce document *.

Le Rapport au Roi , écrit dans une langue plus littéraire que politique, était précédé d’une partie critique rédigée avec cette passion véhémente et ce style éclatant qui ont donné tant de vogue aux pages politiques sorties h cette époque de la plume de M. de Chateaubriand. 11 flétrissait en passant ceux qui, « sujets rebelles, mauvais Français, faux chevaliers, ont baisé le matin la main royale qu’ils ont trahie le soir, et qui, le serment qu’ils venaient de faire au Roi à peine expiré sur leurs lèvres, sont allés jurer pour ainsi dire le parjure. » Puis, après avoir récapitulé les actes de la politique impériale depuis le 20 mars, il la caractérisait ainsi : « Le but de Bonaparte est d’endormir les puissances au dehors par des protestations de paix , comme il cherche h tromper les Français au dedans par le mot de liberté. Cette paix c’est la guerre, cette liberté c’est l’esclavage. »

Quant aux fautes reprochées au gouvernement royal, le rapport du 1 2 mai en attribuait , non sans raison , la plus grande partie à la difficulté des circonstances , et à la brièveté

I . « Je suis désolé, monsieur le Comte, tierivait.il dans une lettre datée du 12 mai 18)5, eldonl l'original est sous mes yeux, de vous importuner encore au sujet du Rapport ou Roi. Toutes les lettres de l’intérieur proutent que, dans quelques jours, il serait extrêmement utile; mais, dans quelques semaines , la marelle rapide des événements lui ôtera tout intérêt. Veuillez donc supplier le Hoi de \ouloir bien m'indiquer les eorreclions. Je n« puis avoir ici d'autre motif que le bien de son service. Je ne suis nullement pressé de donner quelques pages de plus au publie, mais je connais, par une longue expérience, l'inOuence qui s'exerce sur l'opinion, et je suis sûr, sans être aveuglé par mon amourpropre, qu’un rapport signé de mon nom ne laissera pas les Français indifférents. » (Papiers politiques du comte de Plaças.)

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