GAND ; RAPPORT AU ROI (12 MAI
du temps. « Sire, disaient les ministres, vous vous apprêtiez à couronner les institutions dont vous aviez posé la base. Vous aviez déterminé une époque pour le commencement de la pairie héréditaire; le ministère eût acquis plus d’unité; les ministres seraient devenus membres des deux Chambres, selon l’esprit même de la Charte ; une loi eut été proposée afin qu’on pût être élu membre de la Chambre des députés avant quarante ans, et que les citoyens eussent une véritable carrière politique. On allait s’occuper d’un code pénal pour les délits de la presse, après l’adoption de laquelle loi la presse eût été entièrement libre, car cette liberté est inséparable de tout gouvernement représentatif. »
Le rapport se terminait par une déclaration qui en était la partie principale, puisqu’elle fixait d’avance la conduite du Roi , et donnait un gage à ces aspirations vers la liberté politique qui étaient le courant des idés de l’époque , et avec lesquelles le Roi comptait à Gand, comme Bonaparte à Paris : « Sire, disait le rapport, et c’est ici l’occasion d’en faire la protestation solennelle : tous vos ministres , tous les membres de votre conseil sont inviolablemeut attachés aux principes
d’une sage liberté Sire, qu’il nous soit permis de vous le
dire, nous sommes prêts à verser pour vous la dernière goutte de notre sang, à vous suivre jusqu’au bout de la terre, à partager avec vous les tribulations qu’il plaira au Tout-Puissant de vous envoyer, parce que nous croyons devant Dieu (pie vous maintiendrez la Constitution que vous avez donnée à votre peuple, que le vœu le plus sincère de votre âme royale est la liberté des Français. S’il en avait été autrement, Sire, nous serions toujours morts à vos pieds pour la défense de votre personne sacrée, parce que vous êtes notre seigneur et maître, le roi de nos aïeux, notre souverain légitime ; mais, Sire, nous n’aurions été que vos soldats, nous n’aurions été ni vos conseillers ni vos ministres. »
LES CEXT-Jouns.
Ce fut là l’acte décisif de Louis XVIII à Gand. Il était de nature à produire beaucoup d’impression en France; il ôtait en effet au gouvernement impérial, déjà démenti par les événements dans sa promesse de maintenir la paix, la ressource de dire qu'il était venu pour sauvegarder la liberté politique. Le retour de Bonaparte apparaissait dans son véritable jour : c’était un effet sans cause. Le gouvernement impérial comprit l’influence que devait cxercerce manifeste inséré dans \e Journal universel , et qui par là acquérait un caractère officiel ; il le fit falsifier dans un écrit qui le reproduisait par lambeaux, honneur rendu par le Directoire aux Mémoires de C/é)-y, à l’époque où ils parurent. Le rapport du 12 mai était censé proposer au roi Louis XVIII le rétablissement des droits féodaux, des dîmes pour le clergé, et le retour des biens nationaux à leurs anciens propriétaires. « On avait besoin d’un mensonge d’une heure, » a dit M. de Chateaubriand1. On eut la honte du mensonge, sans môme en recueillir les fruits. Un imprimeur de Taris, M. Lenormand, eut le courage de réimprimer le rapport du 12 mai, qui fut répandu dans toute la France. L’Empire, qui se sentait faible sur le terrain des idées contre la Restauration, avait besoin de la calomnier pour l’attaquer. Il falsifiait les pensées et travestissait les personnes. Le Moniteur publia des correspondances dans lesquelles on montrait M. le duc d’Angoulême comme ayant été sans courage dans sa rapide campagne du Midi, et où madame la duchesse d’Angoulôme, dans un récit dont les paroles, contradictoires se démentaient elles-mêmes, était représentée comme « en proie à une terreur qu’elle ne pouvait
I. tttmnires d'outre- tombe, tome 111, page 3U4. M. (le Chateaubriand ajoute: • 1.C pseudonyme chargé de ce pamphlet nous sincérité était un militaire d’un grade asseï élevé ; il fut deslitué après les Cent-Jours. Ses amis me prièrent de ni’lnteriioser pour qu'un homme de mérite ne perdit pas ses seuls moyens d'existence. J’obtiusdu ministre de la guerre une pension pour cet offleier. •