GAND : ATTITUDE DU DUC D'ORLEANS
cacher , lorsqu’elle alla visiter les casernes de Bordeaux 1 . » Si le rapport du 12 mai fut l’acte principal de Louis XVIII à Gand, trois autres affaires assez importantes cependant vinrent le chercher dans son exil. On a vu que le nom de M. le duc d’Orléans s’était trouvé mêlé dans la conspiration qui avait mis en mouvement les garnisons du Nord. Ce prince avait protesté devant le Roi contre toute participation et contre tout consentement de sa part à ces menées séditieuses. Cependant une ombre était restée dans la pensée de plusieurs sur la conduite de M. le duc d’Orléans dans cette circonstance, surtout à cause de la proposition laite par Fouché de le nommer lieutenant général du royaume, comme si c’eût été le seul moyen de lutter efficacement contre Bonaparte. Aussi, au moment du départ du comte d’Artois pour Lyon, on lui avait adjoint M. le duc d’Orléans, sur la proposition du baron de Vitrolles, qui représenta l’inconvénient de laisser à Paris, dans ces circonstances critiques, un prince dont le nom se retrouvait dans la bouche des factieux et des ennemis de la royauté. Quelques jours plus tard, Louis XVIII avait emmené avec lui le duc d’Orléans à Lille, et en quittant cotte ville le 23 mars, le premier prince du sang avait adressé au maréchal Mortier et aux autres généraux une lettre pour leur recommander, en leur témoignant son regret de se séparer d’eux, de faire «tout ce que leur jugement et leur patriotisme leur suggéreraient de mieux dans l’intérêt delà France. » On avait dit à Paris que, dans cette lettre, il avait délié les troupes du serment de fidélité. Le journal officiel de Louis XVIII démentait ce bruit « comme une irnpos-
1. Voici le passage (lu Moniteur (avril 1815) : « I.a duchesse d’Angoulémc , en proie à une terreur (|u’elle ne pouvait cacher , promit au général Clsusei qu'elle quitterait Bordeaux dans la matinée du I •* avril. C'est ce qui détermina le général à s'arrêtera la Bastide. Elle prollla de ce délai pour ne pas tenir sa parole. Elle se porta aux casernes et lit réunir les troupes... La duchesse se retira l'effroi tlana filme et la nienaee à la Uuuuhe. Elit» était tremblante. •
LES CENT-JOURS
ture absurde. » Cependant on remarquait à Gand, avec un sentiment de défiance, cette affectation à séparer le nom de M. le duc d’Orléans du nom des princes de la branche aînée, affectation à laquelle celle que semblait mettre M. le duc d’Orléans à rester éloigné de Gand donnait une nouvelle importance. Le prince n’avait point consulté le Roi sur le projet qu’il avait d’aller chercher un asile en Angleterre, et la nouvelle de son arrivée à Londres avait mécontenté Louis XVIII '. Les ministres anglais eux-mêmes l’avaient désapprouvé ; il leur avait paru que sa présence en Angleterre1 2 ferait un mauvais effet en France et sur le continent : lord Castlcreagh refusa même d’envoyer à Helvoershey le petit bâtiment que le duc demandait pour se rendre à Londres. En outre, le langage de celuici, qui affectait toujours la forme de la critique et du blâme quand il s’agissait du gouvernement du Roi, n’était pas de nature à servir la cause royale. Il laissait dire autour de lui, s’il ne le disait pas lui-même, que les choses n’en seraient pas venues au point où elles en étaient si Louis XVIII avait mis plus de confiance en lui, et le bruit de ces paroles d’opposition, traversant les mers, allait accroître les inquiétudes et les défiances de la.petitc cour de Gand. 11 faut ajouter qu’un jour-
1 . « Le voyage du duc d’Orléans à Londres, fait sans demander l'assentiment du Rni et contre la marche évidente des circonstances, m’a fort affligé, » (Lettre du comte de lllacas au prince de Castclcicala. Gand, 1 avril 1815.)
2. Lettre du prince de Castclcicala, 30 mars 1815. Voici le passage textuel de la lettre du prince de Castclcicala : • Quant h M. le duc d'Orléans , sans aller trop loin sur son compte, car je souhaiterais de toute mon âme lui voir rendre des services au ilol, et pouvoir lui en rendre moi-même, car il est l’époux de la fille de mon maître, et vraiment d’une vertueuse princesse, ce système de blâme et de censure générale attache à lui tout ce qui blâme et censure le gouvernement du Roi, ce qui ne s’appelle pas du tout le soutenir. Le duc de Kent est venu dire devant moi à madame la duchesse d'Orléans qu’il était fâcheux que le Roi n’eût pas placé plus de confiance dans M. le duc d’Orléans, car sans cela tout ne serait pas allé ainsi. Lord Casllereagh a fait dire à madame la duchesse d'Orléans qui lui avait envoyé la lettre de son mari, qu’il n’approuvait pas ce voyage, et qu’il ne lui enverrait |>as de bâtiment, a