‹ Histoire de la RestaurationChapitre 184 sur 325 · GAND : LETTRE DU DUC DE WELLINGTON SUR LE DUC D’ORLÉANS · texte numérisé non relu

GAND : LETTRE DU DUC DE WELLINGTON SUR LE DUC D’ORLÉANS

l’arbitrage d’une assemblée dont les préférences pour le duc d’Orléans et les antipathies pour la branche aînée ne pouvaient être douteuses, faisait sortir M. le duc d’Orléans de cette inaction séparée où nous le montrions tout, à l’heure, et durent inspirer des défiances profondes à Louis XVIII. Aussi, vers cette époque, madame la duchesse d’Angoulême, qui avait paru un moment à Gand, retourna-t-elle en Angleterre pour y représenter les intérêts du Roi contre les tentatives qui pourraient être faites auprès du cabinet anglais. Lord Wellington et sir Charles Stuart exprimèrent au duc d'Orléans leur désapprobation au sujet du système de conduite politique qu’il adoptait. Dans une dépêche du 20 mai, le duc de Wellington écrivait au prince de Metternich : « J’ai souvent dit à Votre Altesse, et chaque jour me conlirme dans cette opinion, que la seule chance de paix pour l’Europe consiste dans la restauration en France de la dynastie légitime des Ilourbons, et que tout autre établissement, soit dans la personne de *** (sans doute le duc d’Orléans), soit dans une régence au nom du jeune Napoléon, soit sous la forme républicaine, doit conduire au maintien de grands établissements militaires, établissements ruineux pour l’Europe, jusqu’au jour où il conviendrait au gouvernement français de recommencer la lutte contre vous ou contre d’autres Je suis convaincu que la pénétra-

tion de Votre Altesse lui a déjà montré le danger de toutes ces combinaisons, et que vous les ferez échouer, en adhérant fermement, et d’accord avec nous, à une ligne de conduite qui, en définitive, assurera le rétablissement du seul gouvernement qui puisse maintenir la paix en Europe, du gouvernement légitime. »

Ces recommandations pressantes n’étaient pas sans utilité. Peu de jours après, le czar demanda tout à coup en plein congrès s’il ne conviendrait pas d’examiner en quoi M. le duc d'Orléans pourrait convenir comme roi à la France et à l’Eu-

LES CENT— JOURS

« rope Lord Clancarty fit échouer la proposition russe en répondant qu’il n'avait pas de pouvoirs pour traiter une question aussi grave. « Quant à moi, dit-il, en opinant comme simple particulier, je pense que mettre M. le duc d’Orléans sur le trône de France serait remplacer une usurpation militaire par une usurpation de famille, plus dangereuse aux monarques que toutes les autres usurpations. »

Ainsi échoua cette intrigue , mais en échouant elle laissa dans l’esprit de Louis XVI 11 de longs souvenirs et une pensée de juste surveillance sur M. le duc d’Orléans.

Lne autre affaire retentit à Gand, ce fut une nouvelle intrigue de Fouché. Il nouait partout ses fils, comme un homme qui, ne pouviuit prévoir d’une manière certaine l’avenir, jouait sur toutes les chances pour être sûr de gagner. Pendant qu’il était en correspondance avec le duc d’Orléans, comme on vient de le voir, et qu’il envoyait un émissaire au prince de Metternich, comme on le verra bientôt, pour traiter de l’établissement d’une régence napoléonienne, moyennant une abdication qu’il espérait arracher à l’Empereur, il envoyait à Gand M. Gaillard, ancien oratorieu et son ami intime, afin de se faire accepter comme le seul homme capable d’assurer la restauration de Louis XVIII. L’ambassadeur de Fouché avait été précédé à Gand par de nombreuses lettres venues de France, dans lesquelles on louait le ministre de la police du mal qu'il ne faisait pas etde celui qu'il empêchait l’Empereurde faire. «Quand je me rendais chez Monsieur, dit M. de Chateaubriand, son entourage m’entretenait, à paroles couvertes et avec maints soupirs, d’un

I . « C’est peut-être une des choses les plus surprenantes de ces temps extraordinaires, dit M. de Chateaubriand, et peut-être est-il plus extraordinaire encore qu’on en ait si peu parlé. M. de Talleyrand rendit compte h Louis XVIII (dans une dépêche que j’ai vue et qui portait le n° 25 ou 27) de l’étrange séance dn congrès; il se croyait obligé d'informer S. M. d’une démarche aussi exorbitante, parce que cette nouvelle, disait-il, ne tarderait pas à retentir aux oreilles du Koi. » [Mémoires il outre-tombe } tome III, page 340.)

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