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ÉMISSAIRES ENVOYÉS PAR FOUCHÉ

homme qui, il fallait en convenir, se conduisait à merveille : il entravait toutes les opérations de F Empereur , il défendait le faubourg Saint-Germain. » Quelques lignes plus bas, M. de Chateaubriand ajoute : « Un jour une voiture s’arrête à la porte de mon auberge ; j'en vois descendre madame de Yitrolles ; elle arrivait chargée des pouvoirs du duc d'Otrante; elle remporta un billet écrit de la main de Monsieur, par lequel le prince déclarait conserver une reconnaissance éternelle à celui qui sauverait M. do Yitrolles. Fouché n’en voulait pas davantage. Armé de ce billet, il était sûr de son avenir eu cas de restauration. »

Ainsi l’on abusait du bon cœur du comte d’Artois, et l’on spéculait sur la crainte légitime qu’il éprouvait pour la vie d’un serviteur dévoué. Cependant le roi Louis XVI 1 1 n’avait pris aucun engagement, quoiqu’on parlât beaucoup autour de lui des immenses obligations que l’on avait au duc d’Otrante, et de la difficulté, presque de l’impossibilité de rentrer en France sans ses bons offices. « L’embarras , selon le mot de Chateaubriand, était de faire goûter au Roi le nouveau rédempteur de la monarchie. » Ce qu’on n’eut pas de peine à obtenir de Louis XYI1I, ce fut qu’il mît à la disposition de madame de Vitrolles les moyens nécessaires pour acheter la liberté de son mari', si l’argent pouvait ouvrir les portes de sa prison *. Le Roi ne s’engagea à rien au delà.

1 . M. de lilacas adressait , à la date du G mai, à madame du Vitrolles, une lettre remplie des témoignages de l’iutérét du ltoi pour sou mari. Plus lard , madame de Vitrolles recevait l’engagement suivant : « l.e comte de Itlavas, après avoir pris les ordres du Koi, déclare que S. M. a mis à sa disposition la somme du I Gu.ooo fr., qui seront pavés à vue par M. Harman cl Compagnie à Londres, aussitôt que M. de Vitrolles , mis en liberté cl sorti de France, pourra indiquer la personne qui devra toucher ladite somme.

« Garni, lî juin I 8 15.

« Glaças u’Allps ,

• Maistre de lu maison du Hoi. »

LES CENT-JOURS

Au milieu de ces sollicitudes, les deux questions que l’on a vues surgir dès l’arrivée du Roi à Gand, la question de la conduite politique à tenir, et celle du choix des hommes appelés à diriger les affaires , au moment où la Restauration s’accomplirait, continuait à occuper les esprits.

Sur la première, M. de Blacas prenait, en dehors du ministère, les avis de M. Laine, avec lequel il était en correspondance suivie. 11 est curieux de retrouver, dans cette correspondance intime, les idées agitées dans le secret du conseil du Roi à Gand, pendant que les puissances coalisées d’un côté et Napoléon de l’autre organisaient les masses armées qui allaient se heurter sur les champs de bataille.

Dans le premier de ces mémoires, envoyé d’Anvers et qui ne porte point de date, mais dont il est facile de lixer approximativement l’envoi par les faits auxquels il fait allusion et qui se passèrent dans la première quinzaine de mai, M. Laîné résumait ainsi son opinion sur ce qu’il y avait à faire dans la situation : « Si le Roi rentre en France avant que les Chambres de Bonaparte soient organisées, ne convient-il pas, en fermant les yeux sur la conduite de quelques membres, de convoquer les Chambres faites selon la Charte? Si le Roi rentre plus tard, ne convient-il pas de gouverner par ordonnance comme la Charte y autorise, en s’entourant des conseils généraux, jusqu’à ce que la situation des choses soit plus fixe et plus sûre? Au premier moment favorable, on convoquera une nouvelle Chambre en vertu de la Charte, qui a établi des conditions pour être électeur et éligible, et conformément à ses dispositions. Peut-être le Roi pourrait-il convoquer eu outre les députés des cours de justice , des principales chambres de commerce, des universités ou académies et de quelques corporations libérales. Il rentrerait ainsi un peu dans la formation des états généraux, véritable constitution de la France. Si ce moyen n’était pas jugé assez populaire, on pourrait convo-

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