‹ Histoire de la RestaurationChapitre 186 sur 325 · GAND : CORRESPONDANCE DE MM. DE BLACAS ET LAINE · texte numérisé non relu

GAND : CORRESPONDANCE DE MM. DE BLACAS ET LAINE

quer, comme vient de le faire Bonaparte, les collèges des départements, ceux d’arrondissements et les chambres de commerce. Ce serait aussi un grand moyen de popularité que de suivre les formes de la constitution de l’an IY pour la convocation du conseil des Cinq-Cents. Il n’en fut guère de plus libre et de plus national. »

A ces conseils qui regardaient l’avenir, M. Latné en ajoutait d’autres qui regardaient le présent. Il serait bon que le Roi fit une ordonnance pour interdire à tous les Français de se réunir sous le nom de Chambre des pairs ou de représentants, sous peine d’étre regardés comme complices de la rébellion et punis comme tels. Ceux des pairs nommés par le Roi qui rempliraient des fonctions publiques du gouvernement impérial cesseraient de plein droit d’être pairs. Les mesures de rigueur conseillées par un tel homme, dans la suite de cette note, annonçaient l’in- <lig nation profonde qu’inspiraient les dernières défections aux esprits vraiment libéraux et le sentiment du droit comme du devoir de les punir, et elles arrivaient d’Anvers toutes libellées en ordonnance : « Nous faisons interdiction à tout fonctionnaire, était-il dit dans le projet de M. Lainé, d’exécuter les actes qualifiés de décrets, arrêtés, contre aucuu de nos sujets pour avoir favorisé la restauration de notre pouvoir. Ceux qui auraient exécuté de tels actes seraient poursuivis selon la rigueur des lois. Les ministres de Bonaparte, les commissaires généraux qui ont accepté leurs commissions, seront déclarés rebelles et poursuivis selon la rigueur des lois. » M. Lainé ajoutait en note l’observation suivante : « Quelque chose de plus utile, ce serait que les alliés proclamassent en leur nom que les biens des ministres, conseillers d’État, commissaires généraux désignés dans les départements , généraux en chef, membres des deux Chambres de Bonaparte, seront affectés aux dépenses de la guerre que nécessite la violation des traités et l’invasion du territoire. Il sera facile de motiver cette réso-

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lution et d’expliquer pourquoi on la borne à ceux-là ; les autres, militaires ou civils, sont considérés comme réduits à l’obéissance passive. Si les ;dliés ne font point cette déclaration , le lloi ne devrait-il pas la faire en entrant en France? Il y donnerait, entre autres motifs, celui que le poids delà guerre doit retomber sur ceux qui l’ont rendue nécessaire. »

Ainsi M. Laine, dont l’âme généreuse s’élevait naturellement, en raison de sa profession même, aux idées de justice comme aux idées de liberté, se montrait préoccupé d’une double nécessité : celle d’assurer à la France la jouissance des institutions libérales qui lui avaient été promises, et celle de poursuivre le châtiment de ceux qui se maintiendraient en rébellion contre le gouvernement royal. C’était là le point de départ de toute une politique qui est développée dans une suite de lettres, témoignage des idées de M. Laiué sur les principes à suivre, et de son entente complète avec M. de Dlacas. « Les notes que vous m’avez fait passer me paraissent remplies d'idées justes, » écrivait celui-ci à son correspondant d’Amsterdam, à la date du 21 mai, et M. Lalné écrivait de sou côté à M. de Rlacas, à la date du 17 juin : « Votre lettre me parait d’une prudence consommée. » Tous deux reconnaissaient que, dans la confusion où l’on se trouverait au moment du rétablissement du gouvernement royal, il n’y aurait qu’un terrain solide sur lequel put se placer la Charte. S’il était possible de conserver les Chambres de la première Restauration, on les rappellerait. Si parmi leurs membres il y en avait trop qui eussent consenti à figurer dans les Chambres du gouvernement impérial, pour qu’on pùt rappeler deux corps dépeuplés et énervés parles défections, on ferait une loi d’élection provisoire, en se tenant le plus près possible des principes posés par la Charte, et M. Lainé exprimait à cette occasion le regret que « la Charte n’admît qu’un mode d’élection de piano , car le corps intermédiaire était tellement dans son sentiment, que

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